P.o.l

  • Aby

    Marie de Quatrebarbes

    • P.o.l
    • 3 Mars 2022

    Marie de Quatrebarbes s'est inspirée, pour ce premier roman, de la vie du célèbre historien d'art Aby Warburg (1866 - 1929), issu d'une riche famille de banquiers juifs. Warburg devint spécialiste de la Renaissance, s'est passionné pour la photographie, les Indiens Hopis, a constitué une invraisemblable bibliothèque de plus de cinquante mille volumes, mais sombra lentement, confronté au désastre du monde, dans l'univers de la folie.
    En s'appuyant, entre autres documents, sur le dossier clinique du patient Warburg, Aby raconte la période d'effondrement psychique qu'a traversée l'historien aux lendemains de la Première guerre mondiale, et son internement forcé en Allemagne puis à la clinique Bellevue, en Suisse, de 1921 à 1924. Le roman s'intéresse à l'expérience de la crise psychique, qui cristallise un moment décisif de la pensée de Warburg. Marie de Quatrebarbes crée un « Warburg-personnage de fiction » évoluant dans le décor de Bellevue, véritable chambre d'échos de la folie du monde. Ludwig Binswanger y met en oeuvre les techniques psychanalytiques de son confrère et ami Sigmund Freud. Hans Prinzhorn publie pour la première fois des dessins d'aliénés. Bellevue, dans le roman, est non seulement l'espace clos où Warburg est tenu apparemment à distance du monde, mais aussi la cabine du projectionniste à partir de laquelle se rêve l'époque. Le roman tente de résoudre l'énigme qui entoure la maladie et la guérison de Warburg, et de restituer son effroi devant l'énigme de l'existence, dont sa passion pour l'art et les images est un effort de conjuration.
    Aby peut être lu comme une enquête fiction sur l'imaginaire de la crise, de toutes les crises, et ce qu'elles produisent sur une existence et sur une oeuvre.
    Aby a reçu le Fonds de dotation Vendredi soir, qui récompense 6 jeunes écrivains et artistes.

  • Ceux du noir

    Marielle Hubert

    • P.o.l
    • 3 Mars 2022

    C'est en retournant par hasard sur les lieux d'une vieille anecdote enfantine que Marielle Hubert a pu écrire sur la nostalgie de l'enfance, qu'elle fait remonter dans ce roman choral aux âges sombres et lumineux des cavernes.
    « À huit ans, un garçon de mon âge m'avait fait la mauvaise blague de me perdre au fond d'une grotte du Quercy emportant avec lui la lampe de poche, seule gage de survie dans le ventre de la Terre. La nuit de l'existence qui tombe sur chacun des êtres un jour ou l'autre s'était abattue sur moi ce jour-là, à proximité des peintures et gravures des Premiers Hommes, ceux qui n'écrivaient pas encore. Pour survivre à ces quelques minutes de noir absolu, je m'étais sans le savoir, rangée de leur côté, avec un langage qui ne savait rien dire en phrases et en mots mais en images sombres. ».
    Avec Ceux du noir, la parole est donnée à deux enfants, qui font connaissance lors d'une visite familiale d'une grotte préhistorique. Ils sont tous les deux rongés par l'impatience de vivre, désespérés par l'impuissance et l'immobilité que l'enfance leur impose. En attendant l'âge adulte qui leur permettra d'aller enfin à l'assaut du monde, ils n'ont que le langage pour secours. Alors ils parlent, ils racontent. Les désirs, les fantasmes, la peur et l'excitation de la vie.

  • La fille parfaite

    Nathalie Azoulai

    • P.o.l
    • 6 Janvier 2022

    Elle a dit, c'est génial finalement, considère qu'on est les deux filles d'une seule et même famille : l'une fera des maths, l'autre des lettres. Nos parents auront le sentiment d'avoir accompli une progéniture parfaite, qui couvre tout le spectre. Tu te rends compte, où qu'ils tournent la tête, nos parents, il y a toujours une de leurs deux filles pour savoir. Ce doit être extrêmement satisfaisant pour des parents, tu ne crois pas, d'atteindre ces extrémités, des confins qui se confondent ? Et puis, nous sommes des filles, ça ne s'est jamais vu. Il y a des tas de frères célèbres, avec un grand scientifique et un grand homme de lettres, les James, les Huxley, les Flaubert, les Proust, mais tu remarqueras, chaque fois, ce que retient la postérité, c'est l'écrivain. C'est injuste mais c'est comme ça, de nous deux, c'est toi qui resteras, pas moi.

  • Les idées noires

    Laure Gouraige

    • P.o.l
    • 6 Janvier 2022

    « Vous vous réveillez un matin, vous êtes noire ».
    Ainsi commence le nouveau livre de Laure Gouraige. Un message laissé par une journaliste invite la narratrice à la radio pour témoigner du racisme dont elle est victime. Assommée par cet appel, elle retourne se coucher.
    Mais voilà, embarras, interrogation. Suis-je noire ? Métisse sans doute, de père haïtien mais depuis longtemps exilé en France. Ah oui, Haïti ! Le souvenir de Sissi, une formidable grand-mère. Et quoi d'autre ? « L'île existe étonnamment vivante et morte. Jamais vous n'irez là-bas. » Devant le miroir, elle est un peu noire. Certainement plus que la veille. Et encore bien plus le lendemain.
    Pourquoi personne ne l'a prévenue ? Pourquoi ne s'est-elle jamais « vue noire » auparavant ? Espérant devenir plus noire qu'elle ne l'est vraiment, la narratrice entame une quête aux apparences absurdes, souvent irrésistibles.
    Mais en explorant son histoire haïtienne manquée, celle d'un pays pour lequel elle n'avait jusqu'alors aucune affection, elle se sent soudainement impliquée dans une continuité rompue par l'exil de sa famille. Elle, petite pièce rapportée, se met à désirer ce qu'il y a de plus laid dans l'identité. Que peut-elle créer à partir d'un héritage raté ? Une histoire familiale perdue qu'elle comble par des inventions. Cependant, malgré ses artifices, certains manques resteront à jamais béants. Malgré un drôle de voyage à Miami et un aller-retour en Haïti.

  • à l'abordage !

    Emmanuelle Bayamack-Tam

    • P.o.l
    • 4 Novembre 2021

    À l'abordage ! peut se lire comme une réécriture du Triomphe de l'amour de Marivaux, mais c'est aussi le pendant symétrique d'Arcadie, roman publié en 2018. Chez Marivaux, le philosophe Hermocrate a édifié sa petite communauté autour du refus de l'amour et de la mixité, alors que dans le roman, Arcady prêche l'amour libre et le désir sans entraves - mais dans l'un et l'autre cas, c'est une très jeune fille qui vient éprouver, ridiculiser et in fine pulvériser, l'idéologie et la rhétorique ambiantes.
    À L'Abordage ! reprend scrupuleusement la distribution de la pièce de Marivaux, il en reprend aussi le découpage et la scansion, cette alternance d'aveux, de refus et de fausses confidences qui conduit à la victoire annoncée de l'amour.

    Mais là où Marivaux situe l'intrigue dans une Grèce antique conventionnelle, À L'Abordage ! se situe résolument dans notre présent le plus contemporain, débarrassé des anachronismes, et en résonance avec des problématiques très actuelles. Le travestissement de Sasha (Phocion chez Marivaux) en garçon est davantage qu'un stratagème : il introduit un trouble dans le genre et contribue à déglinguer la machine matrimoniale propre à la comédie classique. Le dénouement, loin d'arrêter le mariage des seuls jeunes premiers comme chez Marivaux, ouvre sur un mariage pour tous, festif et féérique, encourage le désir transgénérationnel, et se conclut sur une marche des fiertés jouissive et spectaculaire. L'amour triomphe de tout : du dogmatisme sénile d'Hermocrate, mais aussi des inhibitions, des traditions, des préjugés, des normes...

    La pièce a été créée et jouée en septembre et octobre derniers, avant le confinement, au Théâtre de la Tempête à Paris, dans une mise en scène de Clément Poirée. Reprise à La Tempête du 7 au 12 décembre 21 puis dans la banlieue parisienne (Rungis, Kremlin-Bicêtre, Saint-Cloud, Fontainebleau, Fontenay-aux-Roses, Rueil Malmaison, Maison Alfort, Corbeil-Essonnes), et en province toute l'année 22 (Lannion, Viré, Toulouse, Istres, Draguignan, Amiens...).

  • La princesse de

    Emmanuelle Bayamack-Tam

    • P.o.l
    • 4 Novembre 2021

    Daniel a été adopté très jeune par une immigrée polonaise et son petit mari français. Fasciné par cette mère et sa plantureuse beauté rousse, il s'efforce à la fois de lui obéir et de lui ressembler : or si obéir à sa mère signifie être un homme, lui ressembler signifie être une vamp en guêpière. Pris entre ces exigences contradictoires, il relègue ses avatars féminins dans ses abysses personnels. Avec l'entrée dans l'âge adulte, les choses s'arrangent un peu : il rencontre un homme qui devient à la fois son amant, son mentor et son employeur. Grâce à lui, il va se produire sur scène, travesti en femme, ce qui permet à sa vérité intime de sortir un peu, au moins à la nuit tombée. Parallèlement, il s 'éprend d'un détenu auquel il rend visite tous les dimanches, ce qui l'amène à côtoyer des femmes dont l'homme est en prison. Et s'il y a beaucoup de « perdants » dans cette histoire, à commencer par le narrateur ; beaucoup de filles perdues, beaucoup de créatures entre deux sexes, beaucoup d'amoureux de la défonce, c'est parce que les héros d'Emmanuelle Bayamack-Tam sont du genre à cumuler les disgrâces ; ils n'arrivent à rien, ils tirent systématiquement le mauvais numéro. Parce que leurs vies sont inimaginables, ou insupportables à imaginer, il y a de la place ici pour l'imagination, et pour l'humanité.
    À la sortie de la première édition du livre en 2010, Philippe Lançon écrivait : « Bayamack-tam est un réjouissant écrivain dégénéré. Elle défait les catégories et les meilleurs sentiments. Elle le fait en écrivant des zones où les femmes sont aussi des hommes, les hommes des femmes, les Noirs des Blancs, les Blancs des Noirs, les enfants des adultes et vice-versa, les humains des animaux, bref, des lieux où ce qu'on prenait pour acquis, sous les termes génériques de nature ou de morale, est remis en cause par la vie. »

  • Journée particulière

    Célia Houdart

    • P.o.l
    • 7 Octobre 2021

    - Savez-vous qui vous a pris en photo ?
    - Non.
    - C'est Richard Avedon.

  • La cavalière

    Nathalie Quintane

    • P.o.l
    • 7 Octobre 2021

    En mars 1976, on a pu lire dans la presse : « Des partouzes chez la jolie prof de philo du lycée mixte ! Tous les honnêtes gens de Digne crient au scandale et ils ont raison. » La prof en question s'appelait Nelly Cavallero, trente-quatre ans, professeure agrégée de philosophie au lycée de Digne. Suspendue de ses fonctions par décision rectorale du 3 mars 1976, inculpée d'incitation de mineurs à la débauche par un juge d'instruction. Pour Nathalie Quintane, la Cavalière, c'est elle, Nelly Cavallero. En ce milieu des années 70, loin déjà de 68, on est bien décidé à l'éteindre, et pour cela à l'atteindre.
    Inculpation. Procès. Nelly, c'est bien plus qu'une enseignante suspendue ou radiée des cadres de l'Education nationale, en ces années où la chose n'était pas si rare. Toutes celles et ceux qui l'ont connue et que Nathalie Quintane a rencontrés pour écrire ce livre, quarante-cinq ans plus tard, s'accordent : « Elle mettait le feu - non tant pour ce dont on la soupçonna (à tort) à l'époque mais parce qu'elle fut une acharnée de la vérité ». Les témoins parlent ; ils se souviennent d'elle, mais surtout de cette époque.
    Ce livre n'est pas une simple biographie. « La vie de Nelly Cavallero ouvre bien d'autres portes, écrit Quintane, et m'a considérablement aidée à réécrire pour aujourd'hui des questions essentielles : si nous devons changer de vie, pour quelle(s) vie(s) devons-nous changer ? En quoi celles et ceux qui vécurent d'autres vies que les nôtres il y a une cinquantaine d'années ont-ils encore quelque chose à nous dire que nous puissions entendre ? » La Cavalière est un livre aimanté par le présent et nourri de mille vies vivantes, douloureuses parfois, mais traversées par ces années singulières de contestation, de colère, de moments inouïs et de découragements, et que Nathalie Quintane confronte à notre propre situation actuelle. Des vies à l'assaut d'un ciel bien réel - celui qui éclaire d'une lumière crue une petite ville de province et la France - en ce milieu des années 70, bien décidées à empêcher tout réel changement, quoi qu'il en coûte. « Mais est-ce que je cherche à comprendre ? se demande Nathalie Quintane. Des choses montent - des vues, des bribes. Je les recopie, je les consigne. J'aimerais bien savoir si vous voyez ce que je vois, si vous entendez ce que j'entends, si vous pensez que j'exagère ou au contraire que je suis en dessous de la réalité. »

  • Pas dormir

    Marie Darrieussecq

    • P.o.l
    • 9 Septembre 2021

    « J'ai perdu le sommeil. Je me suis retournée sur mes pas et il ne me suivait plus. Il s'était détaché de moi, et j'errai sans lui dans la nuit. » Marie Darrieussecq souffre d'insomnie depuis des années, comme beaucoup d'entre nous. Elle raconte dans ce livre l'aboutissement de vingt ans de voyage et de panique dans la littérature et dans les nuits. Vingt ans de recours désespérés et curieux, parfois très drôles, à toutes sortes de remèdes, pharmacopée, somnifères, barbituriques, méditation, exercice physique, tests, chamanisme, technologie, recettes et expédients divers... Mais ce livre est surtout hanté par une question magnifique : « Qui est-ce qui ne dort pas quand je ne dors pas ? ». Pas dormir est ainsi une autobiographie d'un genre nouveau : raconter « l'autre qui ne dort pas » et qui est aussi soi. Marie Darrieussecq mène évidemment l'enquête dans la littérature : « J'ouvre les livres et tous me parlent d'insomnie. Woolf ! Gide ! Pavese ! Plath ! Sontag ! Kafka ! Dostoïevski ! Darwich !
    Murakami ! Césaire ! Borges ! U Tam'si ! Sur tous les continents, la littérature ne parle que de ça. Comme si écrire c'était ne pas dormir. » Elle raconte ses voyages dans le monde entier, les chambres d'hôtel où le sommeil ne vient pas. Jusqu'au Rwanda, où la mémoire vive du génocide témoigne d'une autre insomnie : devant l'horreur.
    L'insomnie nous éveille à l'altérité du monde : présences effacées, fantômes, espèces vivantes en voie de disparition, mondes perdus : « D'autres êtres ont les yeux ouverts. D'autres yeux regardent. L'insomnie se nourrit de ce sentiment confus : il y a autre chose ».
    De nombreuses photos et reproductions de documents accompagnent le récit.

  • Ce que c'est qu'une existence

    Christine Montalbetti

    • P.o.l
    • 19 Août 2021

    Roman choral, Ce que c'est qu'une existence raconte cette mystérieuse évidence d'être au monde ensemble au même instant et de vivre des vies différentes. Plusieurs histoires sont reliées, d'une façon ou d'une autre, par la romancière, elle-même personnage de son propre livre. On suit différentes existences sur une seule et même journée, dans plusieurs lieux (un appartement, un avion, une chambre d'hôpital, un cargo sur la mer de Marmara, un taxi au sud de l'Europe, des villes turques...). Mais tout part d'un carrefour à Paris. Un père, déjà âgé, observe le quartier depuis sa fenêtre. Son fils, Tom, est sur un bateau en Méditerranée. Dorris fuit son histoire amoureuse avec Tom. Stan erre dans la ville, après avoir accompagné sa femme Magda à l'hôpital.
    Ahmad, qui vient de Syrie, s'installe chaque matin sur un carton à ce même carrefour. Et d'autres personnages encore, la gardienne de l'immeuble du père, le fils de la gardienne, une hôtesse de l'air dans l'avion que prend Dorris, une infirmière auprès de Magda, Anna et Steven, un couple de jeunes voisins qui se disputent, jusqu'à des homards furieux qu'on les plonge dans l'aquarium d'un restaurant. On suit, avec émotion, humour et empathie, comment chacun à son échelle se débrouille avec l'existence. Comment toutes ces vies se croisent, se frôlent, s'ignorent, se cherchent ou se fuient. On y parle d'amour, de l'affection père-fils, d'exil, de guerre, de prison, de la possibilité des réconciliations, des étés. Et de l'épidémie, qui s'est invitée de force dans l'histoire, puisqu'elle change le monde autour de nous. Ici ou là, se glissent des confidences intimes, des secrets douloureux. Tandis que le roman écrit les vies en train de se faire et se défaire.

  • Mausolée

    Louise Chennevière

    • P.o.l
    • 19 Août 2021

    Être amoureuse, follement, comme on peut l'être à vingt-cinq ans, et finir par être abandonnée. Connaître les doutes, les mensonges, les lâchetés, la jalousie. Histoire fatale et banale, familière. Celle des romans d'amour.
    Celle des amoureuses de tous les livres. C'est à la fois l'histoire de la narratrice du roman de Louise Chennevière, et l'objet de sa révolte. Une jeune femme indépendante, soucieuse de vivre sa liberté, se retrouve pourtant prise au piège d'une passion ardente et d'une rupture, du cliché historique et littéraire de la passion. Tout le long d'une nuit, douloureuse, cathartique, elle repasse une dernière fois par tous les souvenirs, raconte, ressasse son obsession, éprouve jusqu'à son point limite l'absence. Elle écrit, pour tout à la fois, pallier le manque et l'accepter, pour oublier et se souvenir, célébrer l'absent et le détruire, l'enterrer, l'enfouir dans un mausolée de mots. Cette voix, parfois lyrique, parfois clinique, rejoue et traverse tous les lieux communs du délire amoureux, s'inscrivant dans la lignée des plaintes des amoureuses de la littérature. Une voix qui se sait héritée, construite, contre laquelle la narratrice se rebelle, mais contre laquelle, aussi, elle ne peut rien. Et tout au bout de la nuit, le livre impossible est là : un roman d'amour, malgré tout.

  • Hors gel

    Emmanuelle Salasc

    • P.o.l
    • 19 Août 2021

    Au déclenchement de la sirène, courez immédiatement vous mettre à l'abri au point de rassemblement le plus proche. Ne téléphonez pas. Ne quittez pas le point de rassemblement sans consignes des autorités.
    Oubliez votre soeur.

  • Quelque membre de notre cercle

    Danielle Mémoire

    • P.o.l
    • 3 Juin 2021

    « La même nuit que moi, ou la veille au soir, dans la même clinique, naît le fils d'un héros local de la Résistance. Le moment venu de me donner un prénom, duquel on ne s'est jusque-là pas mis en peine, ma mère demande comment s'appelle le fils du héros local. Le prénom connaît une version féminine. On ne va pas chercher plus loin. ».
    Avec ce nouveau livre, Danielle Mémoire s'approprie le genre autobiographique en s'inspirant directement du livre My life (1980) de la poétesse américaine Lyn Hejinian. Le premier paragraphe pour la première année de vie, suivi de deux pour la deuxième, puis trois pour la troisième, et ainsi de suite jusqu'à la trente-sixième année. Puis on redescend, de manière à arriver à un unique paragraphe, d'une unique ligne (et citée de Lyn Heginian), pour la soixante-douzième année.
    Les éléments retenus peuvent être ou bien les seuls dont l'auteure est sûre pour une année donnée, ou bien ceux qui sont, ou peuvent apparaître comme étant la source de motifs dans l'ensemble de ses écrits.
    Et l'effort de scrupuleuse véracité devient le principe à la fois génératif et limitatif du livre.

  • Les vivres

    Marie de Quatrebarbes

    • P.o.l
    • 3 Juin 2021

    « Au bord parfois très pentu où je me penche, je m'en vais m'aligner sur un espoir plus grand. ».
    Les vivres est le journal recomposé (de septembre à février) d'une disparition espérant, dans l'intervalle ouvert par la disparition, appeler une autre mesure du temps que celle du deuil. Élégiaque ou projectif, le vers passe en contrebande dans la prose, la contamine comme le souvenir d'une langue maternelle résiste à l'effacement. Images d'enfance. Mots perdus et retrouvés. Souvenirs redistribués dans le langage.
    Peut-être s'agit-il d'inscrire la survivance d'un lien au revers du présent langage, et de tenter d'habiter temporairement cet intervalle comme on assemble les pièces d'un puzzle pour recomposer une figure toujours dissemblable.

  • Au secret de chacun

    Alice Roland

    • P.o.l
    • 13 Mai 2021

    Dix récits, dix vies ou destins. À une même époque, dans diverses villes d'un même pays, ont vécu un brodeur, une actrice, une photographe, un dessinateur, une choriste, un sculpteur, une danseuse, une cinéaste, un musicien et un auteur. On n'aura pas nécessairement entendu parler d'eux. Leurs noms ne sont d'ailleurs pas mentionnés. Les dix artistes dont il est question forment une société réellement secrète - méconnue de ses membres mêmes. Leurs préoccupations sont liées les unes aux autres par d'innombrables attaches invisibles, peut-être encore plus solides que celles qui lient les membres d'un même milieu. Ce livre est ainsi le récit des affinités réelles mais inconnues. Chacune de ces vies partage le même sentiment (à son insu) de se trouver à la périphérie des choses plutôt qu'en leur coeur. Ces existences forment une société ténue, insaisissable : celle, précisément, dont elles pensaient manquer.
    C'est l'histoire de cette société imperceptible, manquante, qui est racontée, à travers les aspirations et tribulations particulières de ces artistes. Une société réellement secrète, dont le secret est si bien gardé que ses membres ne font que l'entrapercevoir dans leurs moments de plus grande solitude. Comme dans À l'OEil Nu avec les témoignages de strip-teaseuses, Alice Roland essaie de penser la littérature depuis un dehors - ici, parler de l'art non pas depuis l'intérieur du milieu de l'art, mais à travers des gens qui ne peuvent pas ou préfèrent ne pas entrer dans ce milieu.

  • Méthode

    Mary Dorsan

    • P.o.l
    • 6 Mai 2021

    La narratrice de ce nouveau roman est ergothérapeute, et décide d'animer des permanences syndicales. Dès la première fois, elle se trouve désemparée. Un homme se présente, et livre son désarroi intime et professionnel. La narratrice décide de nommer Méthode ce premier homme rencontré lors de sa première permanence. Quelques jours avant, un fait divers l'a bouleversée : le calvaire vécu par Méthode Sindayigaya, paysan burundais qui, en France, à Ville-d'Avray, est esclavagisé par un diplomate pendant dix ans. Il ne sort plus, dort au sous-sol, ne mange plus à sa faim. Dix années pendant lesquelles il ne peut plus maintenir de contact avec sa famille, son pays. L'ancienne femme de ménage d'un voisin raconte avoir vu une ombre sortir les poubelles de la résidence du diplomate. Méthode pèse quarante kilos. Le voisin fait un signalement à la Police. Tente de délivrer l'esclave. Mais Méthode a peur, il ne se résout pas à briser ses chaînes. Méthode devient pour la narratrice la méthode, en quelque sorte, pour tenter de dire, dénoncer l'injustice et le désarroi humain, social. « La littérature commence souvent là où la parole devient impossible », rappelle Mary Dorsan. Tout son livre en est comme l'exploration précise. Elle rend compte de plusieurs histoires humaines douloureuses qui forment une langue de combat, de conscience, pour rendre une parole aux humiliés d'aujourd'hui. « Méthode est un homme humilié. Ce récit est sa revanche. Évidemment, il ignore tout de mon travail d'écriture », écrit Mary Dorsan.

  • Beaux et maudits

    Francis Scott Fitzgerald

    • P.o.l
    • 6 Mai 2021

    Beaux et maudits (The Beautiful and Damned) est le deuxième des quatre romans de Fitzgerald (1896-1940), et sans doute le plus mal connu. Paru en 1921, il y a exactement un siècle, il raconte la déchéance d'un jeune couple, Anthony et Gloria, de la veille de la Grande Guerre au début de la Prohibition. Avec une noirceur radicale, Fitzgerald (qui n'a pas encore vingt-cinq ans) y massacre systématiquement : les hommes et les femmes, les riches et les pauvres, l'amour, l'amitié, l'intelligence, le romantisme, l'écriture, l'espérance, les ambitions, des plus modestes aux plus nobles, la société américaine, la démocratie, l'armée, l'industrie du cinéma naissant. Aucune échappatoire possible : l'insouciance, l'alcool et la fête sont également disqualifiés. Mais ce pessimisme est un tremplin qui permet à Fitzgerald de faire surgir, sous forme de fragments éphémères, de regrets, de souvenirs impossibles, des instantanés de beauté et de poésie (la Beauté, dit-il plusieurs fois dans le roman, qui n'est poignante que parce qu'elle est condamnée) - et tout particulièrement dans ce qu'il transmet de New York (c'est son grand roman new-yorkais), de ses quartiers, de ses saisons, de sa lumière.
    Julie Wolkenstein propose une nouvelle traduction personnelle de ce roman américain à (re)découvrir : il n'existe que deux traductions françaises, l'une ancienne de 1964, l'autre de 2012 uniquement disponible dans La Pléiade.

  • Le bébé

    Marie Darrieussecq

    • P.o.l
    • 8 Avril 2021

    Qu'est-ce qu'un bébé ?
    Pourquoi si peu de bébés dans la littérature ?
    Que faire des discours qui les entourent ?
    Pourquoi dit-on « bébé » et pas « le bébé » ?
    Qu'est-ce qu'une mère ? Et pourquoi les femmes plutôt que les hommes ?

  • L'odyssée

    Homère

    • P.o.l
    • 8 Avril 2021

    « Voyez alors notre vieille. Elle passe les deux mains le long de la cicatrice, elle tâte : ça y est, elle a compris. Plaf ! le pied lui échappe des mains. Vlan ! c'est la jambe qui tombe dans la bassine ! Boum ! le bruit du bronze ! Et la voilà qui part à la renverse : et toute l'eau par terre ! Oh ! le plaisir, la douleur en même temps qui l'envahissent ! Ses deux yeux soudain pleins de larmes, sa voix chaude qui s'étrangle ! ».
    L'Odyssée, chant XIX, vers 467-472.

    Derrière tout grand roman, tout grand film, toute époque, aussi, et surtout la nôtre, il y a l'Odyssée. Alors, pour mieux voir, au cinéma de l'Aveugle Homère, les mésaventures du plus célèbre vagabond de la littérature, il faut peut-être mieux entendre, en français d'aujourd'hui, les mille bruits que fait la vieille langue grecque. C'est l'expérience de « vision vocale » que tente, dans la présente « version française », l'helléniste, récitant et musicien, Emmanuel Lascoux.

  • Certains des textes regroupés dans L'Aplatissement de la Terre ont été écrits pendant la pandémie et le premier confinement en France, d'autres non, tous donnent des nouvelles du monde, monde souvent réduit, divisé, meurtri, mais où une parole peut toujours se déployer, raconter une histoire, et chercher à sa façon la rencontre.

  • Toni tout court

    Shane Haddad

    • P.o.l
    • 7 Janvier 2021

    « Aujourd'hui, Toni a vingt ans. Elle se regarde dans la glace. J'ai vingt ans. Elle n'a pas l'impression d'avoir vingt ans. C'est son anniversaire et c'est jour de match. ».
    C'est l'histoire de Toni. Elle se lève un matin, s'habille, déjeune, ferme la porte et s'en va pour la journée. La journée de son anniversaire et d'un match de foot. Le match de son équipe, la sienne, celle qu'elle aime, qu'elle suit, celle à laquelle elle pense à chaque moment de son errance quotidienne. Ce soir, c'est match et toute la journée est une attente. Toute la journée est une projection de son entrée dans le stade, son entrée dans la tribune où déjà les supporters chantent son arrivée. Le tambour, l'épaisseur des fumigènes, la foule de tous ces inconnus. C'est dans cette tribune remplie d'hommes qu'elle trouvera sinon une place, du moins un espace où vivre pour un temps. Parce que la tribune est à la fois un espace qui n'imagine pas une présence féminine et à la fois un espace hétérogène, multiple, indéfinissable. C'est pour cela que Toni est un personnage qui ne veut pas se définir. Elle est entre première personne et troisième personne du singulier, entre deux âges, entre deux temporalités, entre existence et disparition, entre marche décisive et errance sans fond, entre rêve et conscience, entre tumulte et silence, entre femme et homme.
    Cette narration, à l'apparence minimaliste, est tendue comme un drame. Shane Haddad invente une voix, dans une adresse directe presque sans interruption, pour faire apparaître le portrait d'une jeune femme insoumise et perdue, banale et porteuse d'une colère intime qui traverse le corps féminin.

  • Meta donna

    Suzanne Doppelt

    • P.o.l
    • 3 Décembre 2020

    Dans la petite ville de Galatina, dans les Pouilles, on peut assister à un curieux rituel de dépossession autour de l'araignée et sa morsure. Un exorcisme dansé et chanté, sur plusieurs jours, qui permet une forme de régulation de l'ordre social, de redonner un sens au désordre, de soulager les conflits individuels et collectifs. Le pseudo poison circule entre l'araignée, les musiciens, la famille et les villageois rassemblés pour la circonstance. Il faut s'identifier à l'araignée, danser comme elle le ferait puisqu'elle se déplace en dansant, pense-t-on, sur une musique effrénée puisque sa morsure est musicale. Il est question de pauvreté, de grande fatigue, d'ennui mortel, de conflits irrésolus, et de poison donc, d'envoûtement et de désenvoûtement.
    Suzanne Doppelt s'inspire de l'extraordinaire petit film en noir et blanc de Gian Franco Mingozzi, Tarantula, tourné en 1961 dans le Salento, au sud de l'Italie. À sa manière, par des textes en prose poétique et quelques images qui jouent librement avec ces différents aspects, Suzanne Doppelt tisse une toile pour rendre hommage à cette cérémonie cathartique, ce rituel joué et symbolisé dont elle se fait l'écho aujourd'hui. Elle réinvente dans sa propre écriture ce théâtre arachnéen, magnétique au plus haut point, qui représente l'un des derniers cultes de possession en Europe.

  • Le soleil est battu

    Rochelle Fack

    • P.o.l
    • 5 Novembre 2020

    Le soleil est battu est le roman à la première personne d'une rencontre amoureuse, d'une passion émaillée de scènes sensuelles, crues, érotiques, mais qui naît et se nourrit d'une relation troublante à la mort. Doris est infirmière en unité de soins palliatifs à Fréjus. Le roman nous fait découvrir le sud de la France sous un jour inquiétant. Le Var sans son tourisme, ses vacances et ses plages.
    La passion amoureuse se construit au contact vivant de la mort, de son inquiétante sensualité, qu'il faut à la fois connaître, apprivoiser, pour travailler, et fuir si l'on veut aimer. Doris quittera son mari, son travail, sa région. Le roman prendra la forme d'une cavale amoureuse sans mobile autre que la nécessité pour Doris de mettre la mort à distance, et mieux la contempler.
    Pour écrire ce roman, Rochelle Fack a mené une enquête précise auprès de professionnels de la mort (garçon d'anatomie, opérateur funéraire, médecins et soignants, assistants sexuels en milieu hospitalier).
    Le livre se concentre sur leurs affects (face aux mourants, aux différents statuts des corps sans vie), et leurs gestes (toilette mortuaire, autopsie, mise en scène des morts pour les proches, dialogue avec les agonisants et leurs familles). Dans sa fuite, Doris se rendra jusqu'en Italie, de périphéries urbaines en lieux abandonnés, et parfois, interlopes : ZAC, motels, mobile-home, ancien site de maisons témoins, le quartier de Garbatella, à Rome.

  • Yoga

    Emmanuel Carrère

    • P.o.l
    • 27 Août 2020

    C'est l'histoire d'un livre sur le yoga et la dépression.
    La méditation et le terrorisme. L'aspiration à l'unité et le trouble bipolaire.
    Des choses qui n'ont pas l'air d'aller ensemble, et pourtant : elles vont ensemble.

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