P.o.l

  • Toni tout court

    Shane Haddad

    « Aujourd'hui, Toni a vingt ans. Elle se regarde dans la glace. J'ai vingt ans. Elle n'a pas l'impression d'avoir vingt ans. C'est son anniversaire et c'est jour de match. ».
    C'est l'histoire de Toni. Elle se lève un matin, s'habille, déjeune, ferme la porte et s'en va pour la journée. La journée de son anniversaire et d'un match de foot. Le match de son équipe, la sienne, celle qu'elle aime, qu'elle suit, celle à laquelle elle pense à chaque moment de son errance quotidienne. Ce soir, c'est match et toute la journée est une attente. Toute la journée est une projection de son entrée dans le stade, son entrée dans la tribune où déjà les supporters chantent son arrivée. Le tambour, l'épaisseur des fumigènes, la foule de tous ces inconnus. C'est dans cette tribune remplie d'hommes qu'elle trouvera sinon une place, du moins un espace où vivre pour un temps. Parce que la tribune est à la fois un espace qui n'imagine pas une présence féminine et à la fois un espace hétérogène, multiple, indéfinissable. C'est pour cela que Toni est un personnage qui ne veut pas se définir. Elle est entre première personne et troisième personne du singulier, entre deux âges, entre deux temporalités, entre existence et disparition, entre marche décisive et errance sans fond, entre rêve et conscience, entre tumulte et silence, entre femme et homme.
    Cette narration, à l'apparence minimaliste, est tendue comme un drame. Shane Haddad invente une voix, dans une adresse directe presque sans interruption, pour faire apparaître le portrait d'une jeune femme insoumise et perdue, banale et porteuse d'une colère intime qui traverse le corps féminin.

  • Meta donna

    Suzanne Doppelt

    Dans la petite ville de Galatina, dans les Pouilles, on peut assister à un curieux rituel de dépossession autour de l'araignée et sa morsure. Un exorcisme dansé et chanté, sur plusieurs jours, qui permet une forme de régulation de l'ordre social, de redonner un sens au désordre, de soulager les conflits individuels et collectifs. Le pseudo poison circule entre l'araignée, les musiciens, la famille et les villageois rassemblés pour la circonstance. Il faut s'identifier à l'araignée, danser comme elle le ferait puisqu'elle se déplace en dansant, pense-t-on, sur une musique effrénée puisque sa morsure est musicale. Il est question de pauvreté, de grande fatigue, d'ennui mortel, de conflits irrésolus, et de poison donc, d'envoûtement et de désenvoûtement.
    Suzanne Doppelt s'inspire de l'extraordinaire petit film en noir et blanc de Gian Franco Mingozzi, Tarantula, tourné en 1961 dans le Salento, au sud de l'Italie. À sa manière, par des textes en prose poétique et quelques images qui jouent librement avec ces différents aspects, Suzanne Doppelt tisse une toile pour rendre hommage à cette cérémonie cathartique, ce rituel joué et symbolisé dont elle se fait l'écho aujourd'hui. Elle réinvente dans sa propre écriture ce théâtre arachnéen, magnétique au plus haut point, qui représente l'un des derniers cultes de possession en Europe.

  • Le soleil est battu

    Rochelle Fack

    Le soleil est battu est le roman à la première personne d'une rencontre amoureuse, d'une passion émaillée de scènes sensuelles, crues, érotiques, mais qui naît et se nourrit d'une relation troublante à la mort. Doris est infirmière en unité de soins palliatifs à Fréjus. Le roman nous fait découvrir le sud de la France sous un jour inquiétant. Le Var sans son tourisme, ses vacances et ses plages.
    La passion amoureuse se construit au contact vivant de la mort, de son inquiétante sensualité, qu'il faut à la fois connaître, apprivoiser, pour travailler, et fuir si l'on veut aimer. Doris quittera son mari, son travail, sa région. Le roman prendra la forme d'une cavale amoureuse sans mobile autre que la nécessité pour Doris de mettre la mort à distance, et mieux la contempler.
    Pour écrire ce roman, Rochelle Fack a mené une enquête précise auprès de professionnels de la mort (garçon d'anatomie, opérateur funéraire, médecins et soignants, assistants sexuels en milieu hospitalier).
    Le livre se concentre sur leurs affects (face aux mourants, aux différents statuts des corps sans vie), et leurs gestes (toilette mortuaire, autopsie, mise en scène des morts pour les proches, dialogue avec les agonisants et leurs familles). Dans sa fuite, Doris se rendra jusqu'en Italie, de périphéries urbaines en lieux abandonnés, et parfois, interlopes : ZAC, motels, mobile-home, ancien site de maisons témoins, le quartier de Garbatella, à Rome.

  • Yoga

    Emmanuel Carrère

    C'est l'histoire d'un livre sur le yoga et la dépression.
    La méditation et le terrorisme. L'aspiration à l'unité et le trouble bipolaire.
    Des choses qui n'ont pas l'air d'aller ensemble, et pourtant : elles vont ensemble.

  • Never(s)

    Frédérique Berthet

    Ce livre raconte une histoire d'amour épistolaire. Pendant six années (1943 - 1950), Etiennette et Georges ne sont quasiment jamais ensemble, séparés par des mers, des continents. Leur correspondance est le seul moyen qu'ils trouvent pour se bâtir un autre lieu de rencontre, pour ne jamais (never) être l'un sans l'autre.
    Etiennette, la grand-mère de l'auteure, lui a confié avant de mourir une valise de lettres dont elle n'avait jamais (never) parlé à personne. Ces lettres portent sur une période bien précise de sa vie. Les deux très jeunes époux, mariés en 1943 à Casablanca, sont immédiatement séparés par la guerre. Ils vont s'inventer un présent commun en s'écrivant. Georges est mobilisé à la Libération, puis envoyé en Indochine. Ils n'eurent donc jamais (never) « la vie d'un mariage normal ».
    Etiennette a dû quitter le soleil de Casablanca pour Saint-Benin-des-Bois, près de Nevers, où elle est accueillie en étrangère avec ses deux enfants. Elle se rend parfois à Nevers à bicyclette où l'auteure imagine alors une brève rencontre avec « la fille de Nevers » (Emmanuelle Riva dans Hiroshima mon amour, de Duras).
    Ce livre raconte un moment de l'Histoire que l'on connaît peu : la fin de la Deuxième guerre mondiale.
    La guerre se poursuit, se déplace jusqu'aux confins de l'Empire, sur un autre continent dont on ne sait pas grandchose non plus, l'Indochine. C'est l'histoire d'une très jeune mère qui se retrouve à élever seule ses deux jeunes enfants loin de sa ville natale. Le couple séparé comprend aussi qu'un de ses enfants n'est pas comme les autres (infirme).
    C'est enfin un livre sur la place de l'écriture dans la vie silencieuse d'une femme qui aura écrit pour essayer de faire survivre quelque chose de l'amour en l'absence de l'aimé, et dans un monde instable.

  • « J'ai commencé à écrire Le chant du poulet sous vide comme un conte, de la même manière que le marketing crée des contes, jusqu'à nous faire croire que les animaux que nous mangeons sont d'adorables bêtes, saines et dévouées, avec lesquelles nous avons une relation. ».
    La mère est morte. Sa fille, Paule, revient à la ferme et à son élevage de poulets. Citadine, elle se retrouve à devoir s'occuper d'eux, les tuer et les vendre au marché. Quitte à devoir négliger son mari architecte.
    Mais en mettant à mort les poulets, Paule renouvelle sans cesse le deuil de sa mère. D'autant qu'elle s'attache à eux et ne parvient à les sacrifier qu'en leur rendant hommage, en écrivant leur biographie, en leur créant des stèles. Le roman est ainsi ponctué de biographies de poulet qui deviennent de plus en plus funestes. Paule trouve pour chaque petite bête un caractère. Ces biographies précèdent de peu la mise à mort. Ecrire devient à Paule aussi nécessaire que tuer.
    Mais Paule entend améliorer l'existence des poulets. Elle retourne en ville avec un projet d'exploitation révolutionnaire. Le passage à l'échelle industrielle n'est pas sans risque, Paule commence à douter d'elle-même. Prise à son propre piège d'humaniser la viande à consommer, d'écrire des fictions sur les poulets. Le conte que Paule s'est inventé vire à l'absurde. Les personnages principaux du livre deviennent les poulets. Et l'humanité déraille doucement, victime de ses compromis entre son désir fou de consommation et de ses stratégies de dénégation d'une réalité sanglante.

  • Il est des hommes est un roman noir, au sens où il ambitionne de dire quelque chose du monde social, de sa dureté, de sa folie, de sa barbarie. Un roman qui se confronte aux forces du mal, qui raconte l'enfance dévastée, l'injustice, le sida, la drogue, la violence dans une cité de Marseille entre les années 80 et 2000.
    Le narrateur, Karel, est un garçon des quartiers Nord. Il grandit dans la cité Antonin Artaud, cité fictive adossée au massif de l'Etoile et flanquée d'un bidonville, « le passage 50 », habité par des gitans sédentarisés. Karel vit avec sa soeur Hendricka et son petit frère Mohand, infirme. Ils essaient de survivre à leur enfance, entre maltraitance, toxicomanie, pauvreté des parents, et indifférence des institutions.
    Le roman s'ouvre sur l'assassinat de leur père. Les trois enfants vont s'inventer chacun un destin. Karel s'interroge : « Qui a tué mon père ? » Et fantasme sur la vie qu'il aurait pu mener s'il était né sous une bonne étoile, s'il avait eu des parents moins déviants et moins maltraitants. Il se demande s'il n'a pas été contaminé par la violence, s'il n'est pas dépositaire d'un héritage à la fois tragique et minable, qui l'amènerait à abîmer les gens comme son père l'a fait. Il veille sur son petit frère et voit sa soeur réussir une carrière au cinéma.
    C'est aussi le roman de Marseille, d'avant le MUCEM et d'avant la disparition du marché de la Plaine, qui constitue la géographie sentimentale du livre. Et c'est une plongée romanesque dans toute une culture populaire dont l'auteure saisit l'énergie et les émotions à travers les chansons de l'époque, de Céline Dion à Michael Jackson, en passant par IAM , Cheb Hasni, Richard Cocciante ou Elton John.

  • L'exposition

    Nathalie Léger

    À l'occasion d'un projet d'exposition sur La Ruine, la narratrice relate sa rencontre inopinée avec une héroïne oubliée du second Empire, la comtesse de Castiglione, dont elle tente de retracer l'existence à partir d'un recueil de photographies retrouvées dans sa bibliothèque. Cette femme, célèbre pour sa grande beauté, sa fatuité, sa fin lamentable, a entretenu un rapport très étrange avec son image : plus encore qu'aucun de ses contemporains, plus encore que Montesquiou, le modèle du Charlus de Proust.
    La Castiglione a confié le sens de son existence à la photographie. Ancêtre des héros modernes de l'autoportrait, cette beauté fatale se rendait chez le photographe comme certains vont au coffre y placer leur bien. Et pourtant, la beauté semble avoir déserté ces clichés ; ne subsiste qu'une tristesse et une solitude effroyables. Croyant exposer sa seule beauté, elle demanda à la photographie de l'accompagner dans le ravissement comme dans l'abjection et surexposa l'effondrement de son existence.
    Sous les bibelots d'un Empire à son apogée, la narratrice croise quelques questions toutes contem- poraines : l'effroi de son propre corps, la peur du regard de l'autre, l'attachement à quelques vestiges qui rassurent. Une image en fait surgir une autre, une femme en rappelle d'autres : l'autre femme, cruelle ou désirable. L'écriture, comme la photographie, permet de s'avancer au seuil de l'ombre, à la recherche de la mère tant aimée et de l'enfant qu'elle fut.

  • Dans ma chambre

    Guillaume Dustan

    • P.o.l
    • 24 Janvier 2019

    « Guillaume Dustan était l'un des écrivains les plus forts de la littérature contemporaine, celle qui prend des risques parce qu'elle n'est pas formatée. » (Thomas Clerc) Dans ma chambre est le premier livre de Guillaume Dustan, paru en 1996. Il est publié pour la pre- mière fois en édition de poche.
    La chambre ici, est d'abord celle du narrateur, où tout généralement se résout en étreintes répé- tées, violentes ou non, heureuses ou pas, nulles, tragiques, qu'importe. C'est aussi le milieu homosexuel, la vie dans le ghetto à suivre les nuits et les petits matins d'un jeune parisien à la recherche désespérée de « la baise du siècle ». Sorte d'introspection pornographique, radicale mais pas sans ironie, cette chronique crépusculaire ne tait rien, n'épargne rien ni personne et encore moins son auteur.
    Peut-on faire de sa vie la matière de son art ? Peut-on le faire avec cette impudeur ? C'est en fait la question de la liberté de la littérature que pose Dans ma chambre.

  • La robe blanche

    Nathalie Léger

    • P.o.l
    • 23 Août 2018

    Il y a quelques années, Nathalie Léger découvre une histoire qui l'intrigue et la bouleverse : une jeune artiste qui avait décidé de se rendre en autostop de Milan à Jérusalem en robe de mariée, pour porter un message de paix dans les pays en conflit ou en guerre, est violée et assassinée par un homme qui l'avait prise en voiture au sud d'Istanbul. Artiste ou martyre ? Candeur ou sacrifice ? Elle voulait faire régner l'harmonie par sa seule présence en robe de mariée. Mais ce n'est ni la grâce ou la bêtise de cette intention qui captive la narratrice, c'est d'avoir voulu par son voyage réparer quelque chose de démesuré et qu'elle n'y soit pas arrivée. Et parce qu'elle découvre que cette histoire vraie qui la touche tant en accompagne ou en révèle une autre. Elle comprend que sa mère lui demande la même chose : pouvoir réparer sa propre histoire blessée en lui demandant de raconter son mariage, d'exposer l'injustice de son divorce. Le père, l'ayant quittée dans les années soixante-dix avec éclat pour une autre femme, avait réussi à faire prononcer leur divorce à ses torts exclusifs, à elle, l'épouse abandonnée. La mère demande à sa fille d'écrire l'ordinaire de ce qui s'est passé, l'échec, l'abandon, les larmes, l'injustice. Elle lui demande aussi d'écrire pour réparer. Mais si une robe de mariée ne suffit pas à racheter les souffrances de l'humanité, les mots pourront-ils suffire à rendre justice pour les larmes d'une mère ?

  • « Il faut que je raconte cette histoire. Il faut que j'essaie de comprendre en mettant les choses bout à bout. En rameutant les morceaux. Parce que ça ne va pas. C'est pas bon, là, tout ça. Pas bon du tout. » Ces mots sont parmi les premiers du nouveau roman de Marie Darrieussecq (roman qui s'est imposé à elle alors qu'elle travaillait sur un autre projet et qu'elle a écrit d'une seule traite, comme poussée par une nécessité impérieuse). De ce roman, ils indiquent la tonalité et le mode narratif.
    C'est un roman à la première personne, où l'héroïne découvre au fur et à mesure qu'elle la raconte toutes les causes et les conséquences de son histoire.
    Nous sommes donc dans une forêt (« nous » car la manière dont le livre est écrit impose une identification du lecteur). Le personnage principal, une femme qui fut autrefois psychothérapeute, s'y cache avec d'autres. D'autres ? Des compagnons de fuite, loin d'un monde qu'on devine menaçant pour eux et qui les traque. Mais aussi avec des êtres étranges, comme flottants, mais qui leur ressemblent de manière frappante, des sosies ? Leurs clones, en fait qu'ils ont emmenés avec eux dans leur fuite.
    Cette dystopsie, qui se situe dans la postérité de Le meilleur des mondes, comme dans celle de 1984 ou de Fahrenheit 451, nous raconte une histoire de trafic d'organes, de gérontocratie, de totalitarisme sanitaire et politique.
    Marie Darrieussecq, avec ce personnage très légèrement en retard sur les événements, et à ce titre bouleversant, renoue avec la veine de Truismes.

  • Ethan Frome

    Edith Wharton

    • P.o.l
    • 6 Mars 2014

    Les montagnes du Massachusetts à la fin du XIXe siècle. Ethan Frome est un jeune homme pauvre qui aime les livres et rêve de voyages. Il a hérité d'une ferme et d'une scierie qui ne rapportent rien, épousé une vieille cousine hypocondriaque. Et, sans comprendre ce qui lui arrive, il tombe amoureux pour la première fois. En trois jours, sa vie va basculer. Même la mort ne voudra pas des héros de cette tragédie rurale, chef-d'oeuvre atypique d'Edith Wharton.

  • Crâne chaud

    Nathalie Quintane

    La littérature pas plus que la philosophie ne sont déprofessionnalisées, pas plus que la connaissance sexuelle : si la connaissance sexuelle étaient enfin totalement déprofessionnalisée, Brigitte ne s'acharnerait pas deux heures par jour tous les jours sauf le week-end. Oui mais la littérature peut être lue par tous et non par un, et tous écoutent l'émission et comprennent.

    Crâne chaud parle d'amour, non au sens de j'aime les vacances ou j'aime mon chat, mais au sens plus précis de sentiment sexuel.

    Comme le genre n'est jamais simple à dire, on pourrait avancer que ce livre est une fantaisie, ou plutôt une fantaisie réaliste, ou encore une fantaisie réaliste critique.

  • Découvrez La plus grande aberration, le livre de Suzanne Doppelt

  • Forêt noire

    Valérie Mréjen

    C'est un livre sur les fantômes qui habitent la mémoire.
    Le texte est un inventaire incomplet de quelques histoires et récits de disparitions qui reviennent avec familiarité, et une certaine régularité, des gens que Valérie Mréjen a connus ou dont on lui a parlé. Il y a aussi une promenade en compagnie d'une revenante dans les rues de son quartier, mais les retrouvailles s'avèrent impossibles à cause du temps passé et du trop grand décalage entre elles. Valérie Mréjen a écrit ce texte en se référant notamment aux débuts d'épisodes de la série "Six Feet Under" (qui est d'ailleurs citée à un moment) et aussi à une phrase de Mirelle Havet dans son journal de 1918, "et je suis pleine de morts comme une crypte, pleine de souvenirs et de rêves" "Forêt noire" s'inscrit dans la continuité des précédents livres de Valérie Mréjen, avec peut-être une tendance à aller plus vers le roman.

  • Le règlement

    Heather Lewis

    Lee est renvoyée de l'internat, elle a quinze ans mais il n'est pas question qu'elle retourne chez ses parents : son père abuse d'elle.
    Cavalière douée, elle fuit vers le circuit des concours hippiques retrouver Tory, une autre cavalière vers qui elle se sent attirée. Elle devient son amante et son équipière dans une écurie que dirigent Cari et Linda, un frère et une soeur connus pour leurs méthodes brutales et la manière qu'ils ont de droguer chevaux et cavaliers. Ayant compris son trouble et sa fragilité, Linda à son tour force Lee, qui le désire et le redoute à la fois et se réfugie dans une consommation de plus en plus folle de morphine.
    Si cela ne l'empêche apparemment pas de gagner la plupart des compétitions, elle disparaît peu à peu en elle-même, là où elle n'est plus que renoncement.

  • C'est l'histoire d'une Américaine à Paris, qui est née à Brooklyn et vit en France depuis son enfance. « Qui suis-je ? », est-ce que c'est : « D'où je viens ? » Bien sûr que non. Mais c'est une façon de raconter le passé, lointain et proche, et le présent. Avec le borscht et les ice-creams, le chewing-gum et le pain perdu, Broadway et Montparnasse, les comédies musicales et les films de Chaplin, sensations et images, mots anglais, mots français, enfance et adolescence, amour et politique, après-guerre et années 60, le monde s'ouvre, se referme, la vie se creuse, se déploie, et l'Amérique est toujours présente, réelle comme le rêve ou le cauchemar, infinie comme la fiction.

  • Syngué sabour [sége sabur] n.f. (du perse syngue " pierre ", et sabour " patiente ") - pierre de patience - Dans la mythologie perse, il s'agit d'une pierre magique que l'on pose devant soi pour déverser sur elle ses malheurs, ses souffrances, ses douleurs, ses misères. on lui confie tout ce que l'on n'ose pas révéler aux autres. et la pierre écoute, absorbe comme une éponge tous les mots, tous les secrets jusqu'à ce qu'un beau jour elle éclate...
    Et ce jour-là on est délivré.

    Dans un contexte de guerre, un homme a reçu une balle dans la nuque et se retrouve immobilisé. Sa femme est auprès de lui, lui parle, et exprime ses émotions sans retenue, sans savoir si son mari l'entend et la comprend. Cette confession la libère de l'oppression conjugale, sociale et religieuse, l'incitant à révéler ses secrets dans le contexte d'un pays semblable à l'Afghanistan.

  • Quand Marie Darrieussecq écrivait Le Mal de mer (P.O.L, 1999), elle aurait voulu en dire plus sur les vagues. Mais ça aurait formé des excroissances, de trop grosses vagues à la surface du texte. Ça sortait du roman, ça aurait cassé son rythme, ça formait nouvelle. Ça se sédimentait autrement. Alors elle a écrit Précisions sur les vagues. Un catalogue encyclopédique de vagues, décrivant la façon dont elles se forment. C'est un lieu important : elles font la jointure entre l'eau et la terre. La vérité est dans le poème, autant que dans la science.

  • «Le Mouvement en montagne est un livre sur beaucoup de choses.
    Des couples de choses.
    La mémoire d´une grand-mère qui disparaît et la persistance photographique.
    La danse et l´écriture.
    La poésie et la fiction.
    À chaque fois on pourrait dire versus au lieu de et. L´homme versus la femme. Le premier livre versus le deuxième.
    «L´archiviste était tombée dans l´attente, tout le récent dans l´oubli comme avalé. Par ailleurs on me demandait ce que je faisais. Quand je dis que je danse les gens disent Oh. Si je dis que j´écris ils font Ah et tout le monde est gêné. Alors le plus souvent je disais je danse.»

  • L'opulence de la nuit

    Charles Juliet

    • P.o.l
    • 9 Novembre 2006

    «Quand j'ai faim tout me nourrit racontait cette chanteuse dont le nom m'est inconnu un visage la pluie l'aboiement d'un chien moi aussi quand j'ai grande faim musardant par les rues populeuses dérivant au gré de mon humeur je m'emplis de tout ce qui s'offre des visages des regards un arbre un nuage la lumière du jour le sourire d'un enfant tout est absorbé tout me nourrit»

  • Ce premier roman raconte l'histoire d'une femme qui accepte d'intégrer une grande entreprise pour sortir son couple de la précarité. Ses revenus ne suffisent pas. Son compagnon échoue à trouver un emploi. C'est très bien payé. Que faire d'autre pour leur assurer la sécurité? Elle n'a pas le choix, croit-elle. L'argent, l'urgence... Indépendante, habituée à travailler seule dans son atelier, elle découvre l'enfer des relations sociales contraintes, de la hiérarchie, des jeux de pouvoir et d'un travail dépourvu de sens. Elle finira par reprendre, à tous égards, sa liberté. Louise Desbrusses a réussi à la fois à raconter la vie quotidienne de cette femme dans son couple et dans son travail, de manière très objective, et précise, sans lyrisme ni fioritures, et, par un habile dispositif de parenthèses, à y instiller un commentaire corrosif qui, au choix, peut aussi bien être la conscience lucide de l´héroïne,que la voix impitoyable d´un narrateur à qui rien n´échappe des faux-semblant et des complaisances.

  • Le bébé

    Marie Darrieussecq

    qu'est-ce qu'un bébé ? pourquoi si peu de bébés dans la littérature ? que faire des discours qui les entourent ? pourquoi dit-on " bébé " et pas " le bébé " ? qu'est-ce qu'une mère ? et pourquoi les femmes plutôt que les hommes oe

  • Marie, ses amants, passés, présents.
    Elle y pense, elle les retrouve, elle fait de nouvelles rencontres, elle cherche, elle aimerait trouver, mais elle part, toujours, jusqu'à ce que... C'est la ville, étonnements et possibles. La douleur et les conflits existent, mais ils sont saisis à partir du rêve et du désir, on est dans un mouvement. Joie de la pensée et présence du corps, absence de hiérarchie, mélanges, l'amoralisme peut fonder une éthique.
    Jubilation du soleil et tristesse de la solitude. On trouve un bar, il y a un Américain, hasard et disponibilité au hasard, on s'enfuit, on revient, on ne revient pas, il n'y a pas de système explicatif, pas de psychologie, le symptôme fait partie de la vie. Parfois le désir bégaye, ou se traîne dans l'errance, mais la pensée peut être un événement, elle peut rendre les êtres et le monde plus légers, si elle est un risque, si on la prend au sérieux.
    La vie n'est pas pour les amateurs, et l'histoire d'une vie n'est pas une collection d'anecdotes. jeux du désir et de la pensée. Parfois, c'est vrai, les jeux semblent faits. Mais quelque chose, quelqu'un arrive qui peut mettre la ville, la société, en crise, et le réel se rappelle à nous, le réel large et ouvert, suspendu. Un chaos peut être un chantier.

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