Motifs

  • À la charmante Caroline Rose se pose un singulier problème : la nuit, elle entend une machine à écrire régurgiter sous forme de roman les événements de sa propre vie, ses pensées et celle des êtres qu'elle côtoie. Mais qui est assis devant la machine à écrire invisible ? Caroline est-elle l'héroïne de ce roman - ou son auteur ? Quant aux autres personnages des Consolateurs, convertis au catholicisme ou renégats, il sont leurs propres illusions : : Laurence, ex-amant de Caroline ; Louisa Jepp, sa grand-mère, qui se livre à Dieu sait quel trafic inavouable ; le baron Stock, libraire spécialisé dans la démonologie ; Lord Manders, père de Laurence et propriétaire des « Figues au sirop Manders », qui n'émerge que très rarement de longues retraites vouées à la méditation ; Ernest, son frère, esthète aux cheveux blancs et au visage d'enfant, qui s'occupe de danse classique ; l'inquiétant Mr. Hogarth ; enfin, Georgina, la plantureuse traîtresse, qui, à certains moments, cesse tout simplement d'exister.
    En fait, les seuls éléments du fantastique premier roman de Muriel Spark qui ne soient pas ambigus sont sa prose scintillante et - pour reprendre le jugement de Graham Greene - « l'incomparable fulgurance de son esprit ».

  • L'accusation

    Birgitta Trotzig

    Tobit a failli, trahi tous les siens, plus ou moins.
    Il leur survit clans l'effroyable solitude de son remords. son destin cependant n'a rien d'exceptionnel ; c'est un homme fruste, aux passions brutales ; il a fait sienne une fille de rien, pour son malheur, mais n'a-t-il pas aimé plus que lui-même son enfant, toragreta, sa perle unique ? pourtant c'est lui qui l'a brisée. certes il se reconnaît coupable, mais quelles sont les lois, les données du combat que le bien et le mal se livrent au plus profond de l'homme ? quel est l'accusateur qu'il porte en lui ? le dieu qu'inlassablement il interpelle ne lui répond que par des signes obscurs.
    Serait-ce le paradoxe de l'espérance ? dieu, disait-il - dieu des très-bas.

  • Le destitue

    Birgitta Trotzig

    Injustement accusé de haute trahison et destitué de sa charge, le vieux pasteur isak graa, abandonné de tous et réduit à la mendicité, erre sur les routes de scanie - province ravagée par les guerres que se livrent, en cette fin de xviie siècle, les armées suédoises et danoises.
    Au milieu de cette misère humaine, le destitué, condamné à être enchaîné comme une bête, essaie de garder sa foi en la justice divine. comme job, il est tourmenté par le mystère d'un dieu qui accable le juste ou qui le laisse accablé par son absence ; comme job, il doute, désespère, sent sa propre déchéance l'engloutir. mais dominant sa souffrance et son humiliation, l'élu de dieu peut enfin saluer la lumière qui chasse les ténèbres.
    Soudain, il voit clair : de son agonie naîtra un homme nouveau.

  • dans la quête d'une identité à éclipses, rehvana dévale les versants de sa route sans rien amasser, heurtant son destin aux confins des deux mondes, l'ancien et le nouveau.
    entre la fascination pour son île natale et la quiète adéquation aux valeurs de l'europe, suzanne dracius étend d'une rive à l'autre son regard d'écrivain sans prendre le chemin des choix impératifs. le récit qu'elle déroule, en conteuse de l'ici et de l'ailleurs, lie les truculences de la martinique aux recherches contemporaines d'une france multi-ethnique, pays de toutes les solitudes. c'est le roman d'une martinique qui éclaire les squats et les banlieues de paris et lave de ses chaleurs ou de ses pluies les fièvres des enfants prodigues qui ont cru trouver ailleurs les racines que, généreusement, elle leur offrait.

  • Pourquoi Elsa Hazlett passe-t-elle ses journées assise à côté d'une fenêtre, à fixer au-dessus de l'East River une présence impalpable qu'elle seule voit ? A qui parle-t-elle au juste quand elle monologue en regardant ce point inexistant qui la fait sourire ? A son mari Paul, dont le cour faible et terrorisé appelle au secours ? A son fils Pierre, qui monte une version gérontologique de Pater Pan ? A la princesse Xavier, dont les chairs surabondantes abritent des vers à soie ? Comment, enfin, l'ombre de cette Elsa peut-elle tomber à l'envers, remontant la lumière au lieu d'être projetée par elle ?
    Muriel Spark a l'art de poser des questions qui ne peuvent vraiment trouver de réponse.
    Certes, ses questions ne restent pas toutes sans réponses - mais une réponse à la Muriel Spark explique-t-elle quoi que ce soit ?.


  • " il la dévisagea.
    elle avait des cernes sous les yeux, les rides qui couraient sur son visage étaient plus creusées. " que se passe-t-il, saâda, tu es souffrante ? " bras croisés, les mains sous les aisselles, elle baissa la tête, silencieuse. " avec une infinie délicatesse, ce recueil de nouvelles nous invite à partager quelques instants de la vie et de l'intimité de femmes algériennes exemplaires, cru destin meurtri entre passé et présent.
    de poignantes histoires souvent marquées par la cruauté. rien ne me manque est la traduction d'une expression arabe qu'on avance pudiquement pour ne pas gémir, pour ne pas hurler, lorsque tout va mal.

  • Au bord du lac Rose, Lénie et Yêté se sont connus et aimés.
    Pour la jeune femme, l'homme se fait conteur, tissant autour d'elle un filet de récits. Et parmi ceux-ci, celui de Misora, le Conquérant, le chef du sabre. Plus tard, lorsque Yêté partira, Lénie fera de l'histoire de Misora sa quête presque mystique. Dans les traces du combattant légendaire, du chef de guerre qui conquit le Haut-Niger avant d'être défait par les troupes françaises, Lénie voit l'image de Yêté ; le même courage, la même folie habitent ces deux hommes.
    L'un et l'autre étant, chacun à sa manière et en son temps, les héros d'une Afrique combattante.

  • Un simple roman d'amour entre un garçon, J?, et une jeune professeur d'anglais, la tendresse de leurs rapports, leurs promenades et leur complicité.
    C'est le livre qu'aurait pu être Les Ombres sur la peau, s'il ne s'était déroulé dans cette Irlande déchirée par les haines séculaires. Au fil du récit, les menaces s'accumulent sur cette paisible idylle, menaces personnifiées par le retour de Brendan, grand frère de J?, proche des milieux terroristes et prêt à évincer son petit frère auprès de son amie. De cette histoire tendre, Jennifer Johnston fait peu à peu un thriller haletant où deux jeunesses aveugles se précipitent vers leur destin.

  • Kéba-dabo avait pour tâche, en son ministère, de " procéder aux désencombrements humains ", soit : éloigner les mendiants de la ville en ces temps oú le tourisme, qui prenait son essor, aurait pu s'en trouver dérangé.
    Et son chef, mourndiaye, a encore insisté : cette fois, il n'en veut plus un seul dans les rues ; et ainsi fut fait. mais les mendiants sont humains, et le jour oú, écrasés par les humiliations, ils décident de se mettre en grève, de ne plus mendier, c'est toute la vie sociale du pays qui s'en trouve bouleversée. a qui adresser ses prières ? à qui faire ces dons qui doivent amener la réussite ?
    Avec humour, avec gravité aussi, aminata sow fall dénonce dans ce roman les travers des puissants et donne un visage aux éternels humbles, du sénégal ou d'ailleurs.

  • Le mal de peau

    Monique Ilboudo

    Le mal de peau met en parallèle le destin de deux femmes, sibila, la mère, et cathy, la fille.
    Ces deux femmes vont, chacune dans leur époque, se trouver confrontées au colonisateur blanc. a l'image de son peuple, sibila sera violée par le commandant de cercle. née de ce viol, cathy a du mal à vivre sa différence, et n'a qu'un rêve : retrouver son géniteur. a vingt ans, elle traverse la mer et vient étudier en france. elle découvre paris et sa banlieue, l'université, et tombe amoureuse d'un jeune blanc.
    Mais après la mère, le destin de la fille sera à son tour marqué par les forces sombres de la colonisation. première romancière du burkina faso, féministe engagée, monique ilboudo offre avec le mal de peur un roman d'une grande sensibilité dont le dénouement se grave dans la mémoire.

  • Le mariage

    Dorothy West

    Saga familiale, le roman de dorothy west s'ouvre la veille du mariage entre shelby coles, issue de la haute bourgeoisie noire de boston, et un jazzman blanc.
    Très vite, le récit plonge dans les racines des coles, remontant le cours de leur histoire de génération en génération, jusqu'aux " péchés originels ", les deux premiers mariages entre blancs et noirs. dorothy west, figure mythique du mouvement harlem renaissance des années 1920, fit paraître le mariage en 1995, sur les conseils de sa voisine et amie, jacky onassis. à près de quatre-vingt-huit ans, elle signait là un chef-d'oeuvre de la littérature noire américaine.

  • Une femme, dans une maison isolée, à la sortie d'un village, au bord de la mer, en irlande.

    Il y a comme une magie du roman irlandais, qui place les êtres au coeur de tensions extrêmes. dans ce pays, chaque élément réclame sa part aux vivants : les exigences de la politique, du paysage, de l'amour, de tout ce qui, au terme du récit, prendra le nom de destin.
    Chacun des personnages de ce livre paraît précieux, fragile. son héroïne, helen, femme mélancolique, son fils, jack, proche des milieux politiques extrémistes, ce jeune damian, faune étrange qui ne semble que passer.
    L'anglais enfin, original défiguré par la vie et qui retape les gares désaffectées.
    /> Avec un homme sur la plage, jennifer johnston nous offre une violente romance.

  • Découvrir la femme anglaise, quel charmant et complexe programme ! epouses, mères - à venir ou effectives -, grands-mères (acariâtres), fillettes, concubines ; grasses et maigrouillettes, ouvrières sans le sou, retraitées aisées.
    Celles qui sont aimées, et d'autres ; anglaises du xvie siècle ou d'aujourd'hui. et la silhouette vague des hommes en toile de fond, en décor affectif. en quatorze nouvelles, la jeune écrivaine helen simpson, plume alerte et sensuelle, révèle une humanité toute entière de femmes en vie. d'imagination fort fibre, elle met en scène avec ironie et en vers les souffrances de la parturiente. et aussi bien la paresse lascive de celle qui vient de s'offrir un lit, et s'y coule en souriant de bonheur.

  • Sommeil du mimosa : dans alger, sur fond sonore de lâchers de rafales, de cris, d'ordres policiers et de menaces permanentes, un homme comme tant d'autres s'efforce de vivre et d'aimer, avec une pudeur qui dément la rage de la guerre.

    Sonate des loups : la guerre ne cesse pas et, de deuil en deuil, use l'homme. bientôt il ne s'agira plus que de s'enfermer chez soi en guettant les bruits dans l'escalier, ou de fuir. tiraillé entre la peur et l'attachement à sa dignité, passant de l'un à l'autre, le narrateur brosse le tableau d'un monde peu à peu abandonné aux morts et à leurs assassins. conçus comme un diptyque, ces courts romans, poignants, se font écho pour révéler la réalité des affrontements qui endeuillent l'algérie.
    Un langage poétique se mêle à un ton très charnel, comme tentant à la fois de s'élancer au-dessus de la réalité vécue et de reprendre prise sur elle.

  • Etroit territoire sous l'immense terre chinoise et dont la mer vient buter sur l'arc du Japon, la Corée raconte ici son histoire.
    Komnyo, la Petite Ourse, naît en ces moments où la Corée sort de ses structures féodales et découvre le " progrès " sous le joug japonais. Elle fera aussi l'apprentissage de cet autre monde, passant de la campagne aux villes et à leurs nouveaux périls. Roman d'une nation qui s'éveille, qui souffre mais se libère en même temps, roman sur la femme et ses asservissements, La Petite Ourse de Sun-Won ravira le lecteur épris des cultures fascinantes de l'Asie.

  • Le cinquième roman d'aminata sow fall, le jujubier du patriarche, nous plonge dans la complexe mémoire africaine, tissée autour d'un chat, le chant qui célèbre les lignées des héros antiques, des bâtisseurs et des grands guerriers.
    L'enjeu de la mémoire c'est la place qui revient aujourd'hui à chacun au sein de la société. mais le tissage peut aussi être déchiré par l'intrusion du monde " moderne " qui suit les indépendances.
    Un foisonnement de personnages, de temps, de castes, et partout, toujours, les mots qui figent ou qui brisent. narrations et dialogues, paroles de griots, de femmes, de chefs nous emmènent en procession jusqu'au jujubier du patriarche oú devra s'accomplir la renaissance.

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