Metropolis

  • C'est grâce à une annonce qu'elle fait passer dans la presse locale de Montréal que la narratrice fera la connaissance de Léon, un veuf inconsolable de 72 ans, d'aspect plutôt repoussant, mais au volant d'une américaine de luxe, pratique pour les courses au supermarché. Divorcée, plus toute jeune elle-même, elle se décrit comme petite et rondelette, mais rêvant encore et toujours d'une aventure romantique. Tout en relatant, avec subtilité et un certain détachement, les quatre années d'amours stériles qui finiront par échouer dans une tentative de relation charnelle, elle se tient au courant des histoires de son fils Richard. Ses histoires d'amour caracolent entre Montréal et Prague en passant par Istanbul; Paris ou Berlin, et même Kaiserlautern, une petite ville allemande insignifiante, où la narratrice fera la connaissances des beaux-parents du jour de Richard. "En tant que mère juive d'un précieux fils unique, j'éprouve une curiosité passionnée à l'égard de ses amies", avoue-t-elle.
    Tecia Werbowski, dans ce roman sensible, décrit avec humour, tendresse et dérision les amours du troisième âge versus les tribulations de la jeunesse insouciante et incapable de se fixer.

  • Prague, une ville énigmatique, mystérieuse, au passé littéraire prestigieux, que Tania Ney ne se lasse pas d'arpenter. Elle décide un jour de passer une petite annonce dans le Prague Post et le Prager Zeitung : "Guide pragoise, historienne de l'art connaissant plusieurs langues, écrivaine, conduira un petit groupe 'select' dans divers coins de Tchéquie".
    Quelques jours plus tard, elle reçoit un appel d'Alma Mahler; elle souhaite visiter le lieu de naissance de son mari. Puis arrive un téléphone de l'hôtel Europe, encore plus surprenant, une dame désire visiter la maison natale de Freud. C'est Lou Andreas-Salomé. Enfin, Nina Berberova et Irène Nemirovsky ont envie de se joindre au groupe. Ces dames feront plus ample connaissance, le voyage en train invite aux confidences. Elles parleront, sans retenue, de leur vie, leurs amours et leur passion. Rêveries pragoises est une promenade littéraire insolite et envoûtante, à travers le temps, la culture et l'histoire du XXe siècle, un hommage à ces pionnières, femmes de lettres insoumises. C'est aussi une déclaration d'amour à sa ville d'élection qui l'a inspirée, Prague.

  • Dans ces récits grammaticaux, tels des moments musicaux qui s'immobiliseraient sur quelques notes, Esther Orner, auteur unanimement salué par la presse de "Autobiographie de personne", repend le fil de sa vie où l'Histoire ou d'autres fatalités ont laissé leur empreinte.

  • Une annee si ordinaire

    Esther Orner

    " ...
    Les Israéliens sont toujours pour la coalition, rarement pour l'opposition, et en plus, personne ne veut en être. Je m y suis reconnue. Même lorsque je n'ai pas voté pour ceux qui sont au pouvoir, je les respecte. Et si souvent j'acquiesce c'est sans doute pour les remercier de bien vouloir diriger cet indirigeable pays et ce peuple que nous sommes. Et puis c'est ma compréhension de la démocratie, laisser gouverner tant qu'un gouvernement a la majorité.
    " Cette petite phrase glissée en page 155 proclame haut et fort le désir de l'auteure :: confier à un cahier les humeurs et les événements qui vont marquer un an de sa vie sans remettre en question le monde dans lequel elle vit. Esther Orner s'affirme ainsi ni militante, ni philosophe, ni moins encore futurologue, mais bien la pronatrice admirable et admirée du moi intime, et qui, malgré la peur au ventre, grimpe dans le bus ou le train pour courir de Tel-Aviv à Haïfa, de Jérusalem à Beersheba, aux fins d'assister à une conférence, la projection d'un film ou encore une discussion dans la petite communauté littéraire francophone d'Israël.
    Dans ce journal d'un an d'une guerre qui se définit pour elle uniquement comme " Intifada 2, attentats suicides ", elle se raconte dans son quotidien banal et souvent sanglant, comme elle le vit, le ressent, au jour le jour, sans vision d'avenir. Dans l'enfermement dans lequel la plonge la violence, " L'autre " est invisible, à peine esquissé, seulement vécu comme vérité mortifère.

  • Absence de dates, de noms, de lieux, de personnes, dans ce journal écrit à la première personne du féminin.
    Même si l'auteure s'applique à brouiller les pistes, même si rien n'est prononcé, tout raconte la trajectoire solitaire de cette femme qui dit être née dans un pays qui est " mort " et n'avoir pas réussi à vivre dans celui où l'on arrive " à l'aube ". Dans le silence d'un mot qu'on ne prononce jamais, Shoah, s'installent tous les mots qui séparent la mère et la fille à qui ce journal est destiné, un silence qui les isole l'une de l'autre jusque dans cette maison de retraite où la narratrice vit ses dernières années.

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