Contrebandiers

  • Aly est grand

    Bénédicte Heim

    Ce livre retrace le rapport orageux de l'auteur à l'école. Entre détestation et passion, terreur et allégresse, dégoût et exultation, c'est un parcours d'élève puis de professeur qui nous est conté. Parcours jalonné d'épisodes douloureux voire destructeurs mais aussi d'émerveillements purs, d'éblouissements aussi violents qu'inespérés. On passe d'une paisible école de campagne à un lycée huppé et réputé de centre-ville pour finir dans la tourmente d'un collège de banlieue. Le rapport n'est jamais institutionnel, il ne va jamais de soi, car l'auteur est inadaptable et il lui faut emprunter des chemins de traverse, inventer son propre mode d'être dans ce monde qu'est l'école puisque les modèles proposés la rebutent et la blessent. Le chemin de croix se mue finalement en adhésion lumineuse. On croise des figures de professeurs puis d'élèves, tous hors normes qui ont favorisé cette conversion. Aly, à qui il est rendu hommage dans le titre, est l'un de ces élèves d'exception. En filigrane, on apprend comment la souffrance endurée fut le creuset de l'écriture ainsi que l'épreuve nécessaire pour accéder à une joie tout à fait démesurée, une extase puisque c'est bien d'une relation d'amour et d'un retournement mystique dont il est question.

  • Cal-fat

    Eve Derrien

    Voici un texte d'une grande impudeur.
    Il restitue, sous la forme d'un journal intime, la plongée dans l'enfer de la passion amoureuse placée sous le signe de la manipulation et des rapports de force. La narratrice, ensorcelée, vit en état de sidération, suspendue aux signes aléatoires et aux témoignages sporadiques que l'aimé lui consent. Ils forment, elle et son amant, un couple terrible : c'est la violence seule et une violence des plus retorses qui régit leurs rapports.
    L'intérêt du texte réside dans le relevé clinique qu'effectue la jeune femme : elle note, sans recul, au plus près des sensations brutes, la progression du mal, l'oscillation constante entre exaltation et désespoir. La crudité de ses notations est stupéfiante. Il se trouve que l'héroïne est aussi un sacré personnage : elle se débat comme une enragée, éructe, crache sa haine, surmaudit avec la dernière énergie et son journal est un concentré de verve mordante et vacharde quand il n'est pas poignant.
    Elle est féroce, sarcastique envers elle-même, comme envers l'élu. Elle ne s'abandonne pas ou seulement pour se reprendre aussitôt mais sa cruauté et sa défiance ne la protègent pas et elle sombre. Un texte percutant, décapant, qui réussit le tour de force de distiller des éclats comiques en plein coeur de la tragédie.

  • Stalingrad omnibus

    Fuks V

    Autrefois, on aurait dit " une histoire à faire pleurer dans les chaumières ". Sauf que les gens habitent des deux-pièces et n'ont plus vraiment envie d'écouter ces conneries-là. Préfèrent la chronique digestive du chien de Paris Hilton. J'existe mais on ne me voit pas, on en déduit donc que j'ai rien à dire. Eh oui, je suis cette forme oblongue, sous un carton, l'air de rien de bien intéressant. Un manteau, raidi par la crasse et le froid, sur un banc ou dans le métro, pas bavard. Je suis vieux, sale et moche. Si on faisait encore des histoires, je pourrais faire le méchant. Mais je ne suis pas méchant et on ne raconte plus d'histoires. C'est sûrement pour cela qu'il faut que je m'en fasse une, raccommodée avec des bouts de n'importe quoi, comme une vieille guirlande qu'on accroche au-dessus d'un lit pour tenter d'égayer un peu la mort qui monte lentement. Croiser une autre désolation, un morceau de vie écroulée sur le chemin, essayer de l'amener un tout petit peu plus loin. Ni par devoir ni par destin, on n'est pas chez Shakespeare quand même ! C'est juste " histoire de " parler sans qu'on m'écoute, souffrir sans qu'on s'arrête, mourir sans qu'on me voie.

  • Une jeune fille, Vive, qui fuit un foyer asphyxiant et trouve dans la prostitution une liberté provisoire. Deux adolescents étranges et magnétiques qui entretiennent une relation plus que gémellaire, catalysent les désir et suscitent les plus folles rumeurs. Une femme, Ève, professeur charismatique qui entraîne ses élèves dans la revisitation d'une pièce qui débordera sur leur vie. Une vieille commère, un vieillard raffiné et un jeune homme qui ne peut affronter le monde que par l'entremise d'une caméra. Tous ces personnages appartiennent à une constellation brûlante et explosive. Sous le signe de Phèdre, ils prennent corps et se dévoilent à travers une mise en scène qui les exacerbe. Le mystère règne en maître sur ce texte prenant dont la singularité déroute autant qu'elle captive. À la fin, les énigmes sont levées mais l'envoûtement demeure.

  • Le livre d'ysé

    Bénédicte Heim

    Alix, peintre ayant tourné le dos à sa vocation.
    Ysé, figure de sa rédemption, jeune modèle qui lui rend l'usage de lui-même et de ses dons. Ensemble, ils inventent un amour aussi fécond qu'insatiable, aussi exclusif que donateur et le débridement charnel avive en eux le sens du sacré. Toujours en alerte, en quête d'absolu, ils sont la preuve que le fol amour ne rime pas nécessairement avec perdition. Eux-mêmes artistes, ils font de leur amour leur oeuvre majeure.
    Avec ce roman, Bénédicte Heim clôt un cycle consacré à l'amour fou. On retrouve ici sa prose enfiévrée et son goût de la démesure. L'écriture frappe par son lyrisme emporté et par l'alliance qui se fait jour entre un charnel très cru et un ardent élan mystique. La hauteur de vue, le souffle de l'écriture, l'exigence poétique et morale, l'incandescence qui parcourt chaque page font de ce texte une référence en même temps qu'un hommage vibrant, incantatoire, à la passion amoureuse.

  • C'est le parcours d'un être singulier, un être d'exception travaillé dès l'origine par le mystère et la nécessité de la création.
    C'est l'histoire d'une vie fracturée en son centre, déviée de sa trajectoire, confisquée, retranchée de la vie brûlante. C'est l'aventure d'un homme égaré dans une vie qui n'est pas la sienne, une vie prosaïque. C'est l'histoire d'un être qui reprend progressivement possession delui-même. C'est le portrait d'un artiste. C'est l'histoire d'un amour fou par lequel le scandale arrive, par lequel la rédemption advient.

  • Quatre personnages en quête de salut.
    Une plongée dans l'enfer familial. Monologues croisés du père, de la mère, du fils et de la fille qui ne sont pas autrement nommés que par ces appellations génériques. Tour à tour, à travers des tirades, des litanies plaintives, rageuses, explosives ou déchirantes, ils évoquent l'obscure malédiction qui pèse sur eux et qui est celle de l'amour abusif, dévoyé, destructeur ou cruellement absent. Peu à peu se précise la nature maléfique des liens qui les unissent les uns aux autres, liens corrompus, attaqués par le venin d'une souffrance sans remède.
    A la fin, les deux enfants n'auront d'autre choix, pour survivre au désastre, que de reproduire, mais en le convertissant radieusement, l'inceste initial commis par les parents. Ce texte fouille les entrailles de l'humanité souffrante et égarée et il en tire des accents terribles qui l'apparente aux mélopées des mythes archaïques ou des tragédies antiques. Après Tu ne mourras pas où la passion empruntait une voie interdite, après Adoremus nouveau Cantique des Cantiques, Bénédicte Heim explore une nouvelle fois l'amour fou mais sous son versant le plus sombre.

  • Adoremus

    Bénédicte Heim

    Elle : Tu es entré en moi par effraction, par ces quelques mots glissés comme par inadvertance au détour d'une phrase, ces quelques mots qui furent tout de suite morsures déchirant ma conscience embuée, ces quelques mots qui ameutèrent en moi tout un peuple obscur et battant que je tenais durement captif et qui s'est levé, s'élançant et m'assaillant en rafales par grappes successives car c'était la vraie levée d'écrou et c'était comme un battement d'ailes percutant des salves d'écarlate.
    Parce que tu m'as dit juste comme ça, juste pour voir : " Je crois que je manque un peu d'amour... ". Lui : Et moi je te voyais pour la première fois et je te parlais comme si c'était la dernière, comme si nous ne devions plus nous revoir sur terre et qu'il fallait que tu recueilles de moi, en une seule fois, tout l'essentiel afin de le propager ailleurs et après moi, il y avait urgence soudain à tout dire de ce que j'avais toujours tu, à tout délivrer de ce que j'avais toujours contenu et il y avait en moi la poussée irrépressible des mots que je décachetais un à un et que je te présentais comme une offrande à la fois liminaire et ultime.
    Elle et Lui : Dialogue sur le fil. Fragments d'un discours amoureux. Chronique d'un merveilleux désastre. Ils se cherchent, s'attisent, se cognent, se blessent, se désirent, se brûlent, s'apprivoisent... La parole intervient en cours de déflagration, elle se remémore et elle est contemporaine du lien qui se tisse. Les amants se répondent et peu à peu, mot à mot, bâtissent la légende de leur histoire.

  • Attila ou rien

    Eve Derrien

    Dans un monde remis en et à l'ordre par les Forces de Pacification, Raf, ex-chef de bande condamné et emprisonné, décide de retrouver, avec sa liberté, sa grandeur passé, le désordre qui lui manque et Thalie la traîtresse.
    Anormalité, violence et foi sont les moyens de sa réussite, et les jalons d e l'errance dirigée d'un tueur avec état d'âme, gros charisme et monstrueux ego.

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