Arlea

  • La maison de Bretagne

    Marie Sizun

    Décidée à vendre la maison du Finistère, où depuis l'enfance, elle passait ses vacances en famille, parce que restée seule, elle n'en a plus l'usage, et surtout parce que les souvenirs qu'elle garde de ce temps sont loin d'être heureux, Claire prend un congé d'une semaine de son bureau parisien pour régler l'affaire. Elle se rend sur place en voiture un dimanche d'octobre. Arrivée chez elle, une bien mauvaise surprise l'attend. Son projet va en être bouleversé. Cela pourrait être le début d'un roman policier. Il n'en est rien ou presque. L'enquête à laquelle la narratrice se voit soumise n'est que prétexte à une remontée des souvenirs attachés à cette maison autrement dramatique pour elle.
    Et si, à près de cinquante ans, elle faisait enfin le point sur elle-même et les siens ?

    Dans La Maison de Bretagne, Marie Sizun reprend le fil de sa trajectoire littéraire et retrouve le thème dans lequel elle excelle : les histoires de famille. Il suffit d'une maison, lieu de souvenirs s'il en est, pour que le passé non réglé refasse surface. L'énigme d'une mère, l'absence d'un père, les rapports houleux avec une soeur, voici la manière vivante de ce livre. Mais comme son titre l'indique, c'est aussi une déclaration d'amour à la Bretagne, à ses ciels chahutés et sa lumière grandiose, à l'ambiance hors du temps de ce village du bout des terres, face à l'Océan, où le sentiment de familiarité se mêle à l'étrangeté due à une longue absence.

  • L'été 1953. Une femme fuit avec sa petite fille et se réfugie chez sa soeur, mère d'une fillette, épouse d'un soldat en guerre en Indochine. Un quatuor féminin dans une maison isolée du sud de la France tourmenté au quotidien par les maris/pères, absents mais d'une présence obsédante. Un huis clos familial et estival où s'entrecroisent mystères et rebondissements, amours et haines, espoirs et désespoirs, douleurs d'enfants et douleurs d'adultes, jeux et interdits. Un drame singulier dans un milieu modeste de l'Après-guerre reconstitué avec exactitude, un suspens familial où la mort s'invitera.
    Les Grandes Poupées est un roman sur l'amour filial intense et confisqué, l'amour paternel radié, l'amour maternel combatif. C'est aussi un roman sur les anxiétés conjugales, les ambiguïtés parentales, la pénibilité de l'existence. Tout s'entrelace dans les craintes, avec ici ou là, des joies d'enfant, des souvenirs heureux à jamais perdus. Avec en toile de fond, la guerre d'Indochine, l'alcool et les malfrats du milieu marseillais.
    Le style y est léger, dépouillé, le ton distancié.

    Céline Debayle s'est attachée à restituer sans pathos, sans débordement sentimental, les maux de ses personnages le temps d'un été. Elle ne juge pas mais raconte une histoire originale et cruelle puisée, en partie, dans sa propre vie.

  • Un trauma dans l'enfance, une petite fille abusée et la trace en elle indélébile qui l'empêche d'être une femme, d'être tout simplement heureuse. Peut-on survivre sans dommages à de telles violences ? L'oubli est impossible. Comment réparer ? Car c'est bien de réparation qu'il s'agit dans ce court et intense roman d'Hélène Veyssier.
    Bien sûr il faudra du temps et il y aura de la souffrance, mais Camille, devenue femme, trouvera le chemin de l'apaisement. Il suffira d'une rencontre, improbable, de l'évidence et de la force d'un amour, pour que la résilience se fasse.
    Il y aura aussi le souvenir apaisant d'un jardin et d'une maison d'enfance, la force maléfique d'un visage sur un tableau découvert par hasard, l'histoire tourmentée d'un peintre héritier du mouvement des Macchiaioli, groupe de jeunes artistes italiens révoltés dans les années 1860 considérés comme les précurseurs des impressionnistes, l'amour d'un frère. Il faudra tout cela pour que Camille trouve enfin le chemin de la réparation.

  • L'indifférent

    Laure Protat

    La vie se scinde en deux. Un jour d'été, dans une villa du sud de la France, un homme met fin à ses jours. S'arrête alors le temps du bonheur. Commence celui des questions déchirantes. Car il n'a rien laissé derrière lui : ni lettre, ni explications. Seulement un vide terrible qui dévaste ceux qu'il a choisi de quitter : une femme, deux enfants, dont une fille de quatorze ans. Comment vivre avec ça ? Comment continuer, se construire ? Quelle place donner à l'absent ? Et d'abord qui était-il vraiment ?
    « Je ne sais pas qui est mort, je ne sais pas où est passé mon père, ce qu'est devenu mon père, mais mon père ne s'est pas tué, mon père n'était pas homme à se tuer, cet homme-là est un inconnu.» Le temps a passé mais les obsédantes questions demeurent. Et c'est pour les rendre plus supportables que la narratrice entreprend ce travail de mémoire et d'enquête. Remonter le temps, précautionneusement, revivre ces journées terribles, dire au plus juste l'anéantissement de cet été-là, la stupéfiante douleur et la colère aussi. Habiller de mots l'absence impensable, puis chercher un sens à cet abandon. Alors, et alors seulement parviendra-t-elle à s'approcher, ne serait-ce qu'un peu, de cet inconnu. Car elle le sait, c'est à elle qu'incombe la tâche si difficile de tenter de trouver un sens à tout ça. Elle qui lui ressemble tant, partageant avec lui l'amour des livres et le tourment de l'écriture.

  • Qu'est-ce que l'expérience du temps ? Qu'est-ce que l'expérience du temps au prisme de la matérialité du corps féminin, à celui de la jeunesse ou de la vieillesse ?

    Celle qui se pose - et nous pose - ces questions est une femme italienne de plus de quarante ans (Nel mezzo del camin di nostra vita) qui, progressivement, a vu se détourner d'elle le regard des hommes, qui a renoncé à l'espoir d'avoir un jour des enfants, qui voit son corps subir les outrages du temps, qui se retourne sur sa jeunesse, si proche, si présente mais à jamais perdue, et qui ne renonce ni à sa féminité, ni à sa liberté.

    Ce n'est pas un regard nostalgique ; il s'agit d'une méditation sur le temps considéré comme unité de mesure, mais aussi lien de l'âme et du corps, et de cet étrange équilibre - ou déséquilibre - qui nous accompagne toute la vie dans nos peurs comme dans nos amours.

    Dans ce récit à la fois philosophique et singulier, romanesque et méditatif, Antonella aborde tous les âges de la vie avec une franchise toute napolitaine ! Le livre a remporté le Premio Napoli 2006 (prestigieuse récompense littéraire de la péninsule).

  • éclats d'enfance

    Marie Sizun

    • Arlea
    • 3 Septembre 2009

    Il est toujours étrange et parfois douloureux de retrouver le cadre de son enfance.
    Soucieuse d'éviter " l'immeuble de briques rouges " du huis clos familial, avec ses secrets et ses drames, Marie Sizun nous mène par les rues, pour elle si familières, du XXe arrondissement de Paris, de la porte des Lilas à la place des Fêtes. Surgissent alors les souvenirs en autant d'éclats lumineux, qui ressuscitent le Paris des années 1950 et disent les émotions et les rêves qui font passer de l'enfance à l'adolescence et orientent définitivement les choix de l'adulte.
    Ce récit authentique et poignant, mais toujours retenu, Marie Sizun l'a conçu comme un roman, et il se lit comme un roman.

  • Le monde de la petite marion vacille.
    Elle aime sa mère, fanny, mais une dissonance s'installe dans leur relation. une voix un peu trop haute, des emportements inexplicables, un silence embarrassé à propos de ce père allemand dont marion ne sait rien ou presque. avec le temps, marion apprend : fanny est maniaco-dépressive. les rôles s'inversent alors. l'adolescente endosse cette raison qui doucement quitte sa mère. elle la protège, la couvre en taisant ses excès.
    Mais l'amour ne suffit pas pour terrasser la folie. nous retrouvons dans ce texte magnifique et douloureux le talent que marie sizun a déployé dans le père de la petite pour dire avec émotion et pudeur l'amour qui rapproche et sépare les êtres.
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  • Paris 1944. Une fillette de quatre ans vit seule avec sa mère, femme fantasque qu'elle adore. Lorsque le père - qu'elle n'a jamais vu - rentre de sa captivité en Allemagne, l'existence de celle qu'on appelle « la petite » est bouleversée. Elle éprouve d'abord pour cet « intrus » de la haine, puis elle se met à l'aimer d'un amour absolu. Mais elle sera à l'origine d'un drame familial, dont l'ombre se dessinait dès les premières pages du livre.

    Qu'est-ce qu'un père ? C'est la question qui court tout au long de cette remontée de souvenirs, poignants mais distanciés, écrits à la troisième personne et dans une grande économie de style. La réponse, lumineuse, nous sera donnée dans les tout derniers mots du texte.

  • Le corps incertain

    Gault Vanessa

    • Arlea
    • 7 Septembre 2006

    Le Corps incertain est le récit à la première personne d'une jeune femme qui apprend à brûlepourpoint, au détour d'une phrase, qu'elle est atteinte d'une sclérose en plaques. Elle décide alors de raconter son parcours dans les dédales de l'hôpital et les affres de la maladie, ses tentatives de
    négocier avec le destin, sa faiblesse cachée derrière une apparente désinvolture, ses ruses pour demeurer dans la vie de tous les jours.
    La première partie, «le mal secret», nous aide à mieux comprendre cette maladie aux symptômes imprécis, peu spécifiques et si fluctuants qu'on a du mal à admettre qu'on en est atteint. Elle nous dit la déshumanisation qui menace tout être humain qui, malade, découvre le monde de l'hôpital. Nous sommes brutalement confrontés à l'institution hospitalière, où se succèdent les
    praticiens «au beau geste» et les autres. Elle pose aussi la question, toujours irrésolue, de la responsabilité du vaccin de l'hépatite B dans le déclenchement de la sclérose en plaques. Puis, lorsque les séquelles accumulées l'obligent à marcher avec une canne et que la maladie devient visible, c'est la seconde partie : «le corps exposé». La curiosité ou l'angoisse des badauds
    devant son handicap donnent lieu à des anecdotes absurdes, tragiques ou drôles, affligeantes souvent, pleines d'humour et parfois poétiques. Elle touche alors à une autre question, qui est en train de devenir un fait de société : celle du handicap et de sa place dans la société. Vanessa Gault a trente-deux ans. Elle enseigne l'anglais à l'Université et envisage de devenir un jour psychanalyste. Parisienne de naissance, adepte du tai-chi-chuan et du développement personnel, elle se trouve confrontée à l'expérience inattendue de la maladie. Le sujet s'impose à elle ; il est la matière de son premier livre.

  • A la fois journaliste, traductrice et romancière, Gabrielle Rolin a été critique littéraire au Monde, à L'Express et au magazine Lire. Parmi les nombreux ouvrages qu'elle a publiés, citons Le Secret des autres (Gallimard, 1970), Le Mot de la fin (Gallimard, 1972), Chères Menteuses (Stock, 1978), L'Innocence même (Mercure de France, 1980), Souriez, ne bougez plus (Flammarion, 1990), Sorties de secours (Flammarion, 1990), et En dernière analyse (NIL, 1996). Gabrielle Rolin est également appréciée comme traductrice (anglais/américain) de grands auteurs étrangers (Henry James entre autres). Elle est une haute figure des lettres françaises, où elle se distingue par sa
    verve, sa culture littéraire tous azimuts, et ses amitiés dans le monde la culture.
    Avec Rappels à l'ordre, elle signe un recueil de nouvelles alertes, enlevées, où sa manière s'exprime avec son brio habituel, mais, sous l'humour toujours exactement dosé et à propos, cheminent au long de ces pages une émotion puissante, une nostalgie de la vraie vie, un effroi lucide devant le temps qui passe, l'intolérable solitude, la bêtise humaine, mais aussi une vraie foi
    dans la tendresse, dans l'amour des bêtes. Les titres des nouvelles donnent le ton général de l'ouvrage : La Vocation, Rappels à l'ordre, Motus, Maternité, Le Lit, Le Dernier Chien, Crime parfait et Coup de vieux. Est jointe à cette fiche le texte complet de La Vocation, la nouvelle qui ouvre le recueil, tout entière
    tirée du monde des lettres et des rapports auteur/éditeur. C'est un modèle du genre, comme, d'ailleurs, la prière d'insérer, ci-dessous, qui accompagnait le manuscrit de Gabrielle Rolin : Comment aimez-vous l'humour ? Bien noir et serré comme un express ? Assaisonné de sourires ambigus ? Dégonflant l'adversaire en trois coups de griffes ? À chacun sa manière de se défendre.
    Contre qui ? La vie, bien sûr. Si elle file doux, ouvrez l'oeil, elle a un poignard dans la manche. La victoire lui appartient par votre faute : vous l'aimez trop. Mais tant qu'elle se trouve à votre portée, libre à vous de brouiller les cartes et de la mener en bateau. Comme des petits cailloux blancs, ces nouvelles vous guideront ailleurs ; peut-être à votre propre rencontre...

  • Antigone

    Sophocle

    À la mort d'OEdipe, Étéocle et Polynice, ses deux fils, conviennent de régner à tour de rôle sur Thèbes. Mais, au moment voulu, Étéocle refuse de laisser le trône à son frère.
    Furieux, Polynice quitte Thèbes, va à Argos, y épouse une des filles du roi Adras, puis part en guerre contre Thèbes et son frère. L'armée d'Argos est défaite. Étéocle et Polynice s'entretuent. La pièce d'Antigone commence quand les deux filles d'OEdipe, Antigone et Ismène, apprennent que Créon, le roi de Thèbes, vient d'interdire l'enterrement de Polynice, leur frère, pour le punir d'avoir combattu contre sa patrie.
    Antigone transgresse le décret de Créon : elle veut enterrer son frère. Sa révolte n'est pas d'ordre seulement personnel et familial. Créon et Antigone incarnent deux idées de la communauté, deux conceptions de la loi, deux versions du sacré. Au coeur du conflit tragique, la vérité humaine et politique de la communauté est liée au sens que les vivants donnent à la mort et à la place qu'ils réservent aux morts. Apparue autour du VIIe siècle avant J.-C, la figure d'Antigone a traversé les siècles et les langues pour atteindre à l'universel.
    Sophocle a écrit environ cent vingt pièces (il nous en reste huit). Très attaché à sa ville, il passa les quatre-vingt-dix années de sa vie à Athènes. Athlète, musicien, chanteur et poète, Sophocle participa aussi au gouvernement, devint stratège (après le succès d'Antigone en 442 avant J.-C.), prit part à l'expédition de Samos avec Périclès et Thucydide. Les Athéniens, à sa mort, l'élevèrent au rang des dieux et lui consacrèrent un
    temple.

  • Fille de Jean-François Revel, soeur de Matthieu Ricard, Ève Ricard est atteinte depuis douze ans de la maladie de Parkinson. Refusant de se soumettre à la fatalité, elle se bat contre les atteintes dégénératives, évolutives
    et définitives de son mal. Elle réussit même ce qui représente un exploit dans la thérapie de cette maladie cérébrale à se passer de Dopamine, seul édicament censé bloquer la dégénérescence des tissus, et qu'on ne peut prendre que pendant dix années.
    Dans ce texte, où est à l'oeuvre une force peu courante face à ce fléau redouté, Ève Ricard affirme que si «elle n'appartient plus depuis longtemps à la famille des gens normaux, elle n'appartient pas plus à celle des parkinsoniens, et ne vit pas comme eux».
    Pour elle, «parler de la maladie n'est pas témoigner d'un malheur, mais dire qu'elle n'est pas un malheur serait une tromperie». D'ailleurs son frère Matthieu, que tout le monde connaît grâce à sa place auprès du Dalaï-Lama, précise, en bouddhiste convaincu, dans sa préface : «Le bonheur ne nous est pas donné, ni le malheur imposé. Nous sommes à chaque instant à une croisée de chemins, et il nous appartient de choisir la direction à prendre.»
    Il ne fait aucun doute, à la lecture de ce texte à la fois douloureux et fécond d'espoirs, que nous sommes en présence d'un sauvetage par l'art, et que ces quelques pages, qui rendent visible l'invisible, sont le cri d'un poète. «La nuit, je souffre, mais, au petit matin, je suis encore là. Ma vie est sauve. Chaque nuit me fait accoucher de la vie.»

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