• La ballade du café triste Nouv.

    La ballade du café triste

    Carson Mccullers

    • Des femmes
    • 9 Juin 2022

    « Il serait faux d'affirmer que la ville entière participa à cette fête satanique. Quelques personnes sensées estimèrent que Miss Amelia était suffisamment riche pour ne pas se donner le mal d'assassiner un vagabond qui transportait de la camelote. Il existait même dans la ville trois âmes charitables qui refusèrent d'instinct de croire à ce crime, malgré l'intérêt et l'immense scandale qu'il susciterait. » C.McC., « La ballade du café triste ».
    Quand la gigantesque Miss Amelia accepte dans sa masure un gringalet bossu qui se prétend son parent, les rumeurs s'enflamment comme une traînée de poudre. Va-t-elle l'abattre pour le détrousser ? Son magasin rouvre, transformé en café. Il devient un lieu incontournable pour la clientèle que Cousin Lymon distraie de sa vie misérable. Les deux êtres que tout oppose s'associent corps et âmes, pour le meilleur et pour le pire. « La ballade du café triste », « Wunderkind », « Le jockey », « Madame Zilensky et le roi de Finlande », « Celui qui passe », « Un problème familial » et « Une pierre, un arbre, un nuage » : Carson McCullers a élaboré entre 1936 et 1951 ce recueil de sept nouvelles, où l'alcool et la musique coulent à flots.

  • La femme qui a tué les poissons et autres contes

    Clarice Lispector

    • Des femmes
    • 19 Mai 2022

    « Parce qu'au début et au milieu je vais vous raconter des histoires sur les animaux que j'ai eus, pour vous montrer que je ne pourrais pas avoir tué les poissons autrement que sans le faire exprès. J'ai bon espoir qu'à la fin de ce livre vous me connaissiez mieux et que vous m'accordiez le pardon que je demande pour la mort de deux «tyrougets» - c'est comme ça qu'on les appelait à la maison, «tyrougets». » C. L.
    Rappelant les légendes traditionnelles et les contes initiatiques, les cinq histoires de ce recueil mêlent le monde de l'enfance aux destins d'animaux. Ces derniers se voient pris dans un tourbillon d'évènements aussi anodins que mystérieux, inspirés de la vie quotidienne. Dans un mélange exquis d'humour et de simplicité, de douce ironie et d'amour maternel, la grande écrivaine brésilienne écrit pour son propre fils Paulo, et à travers lui pour tous les enfants de la Terre, avec à ses côtés leur chien Ulysse, qui saute joyeusement de la réalité à la fiction.

  • Je sais pourquoi chante l'oiseau en cage

    Maya Angelou

    • Des femmes
    • 17 Mars 2022

    Dans les années 1930, Maya vit une enfance de pauvreté et de ségrégation à Stamps, dans l'Arkansas. Élevée avec son frère par leur grand-mère, elle désire retrouver la figure gracieuse de leur mère. Mais les retrouvailles s'entachent d'une nouvelle trahison : Mr. Freeman, son beau-père, viole la fillette. Quand ils l'apprennent, ses oncles assassinent le coupable relâché par la justice, traumatisme sur le traumatisme qui enferme Maya dans un mutisme profond. Qui pouvait deviner que cette petite fille blessée, muette, qui se méfie du pouvoir des mots et découvre en silence la lecture, deviendrait l'une des plus grandes voix de la littérature américaine ?

    « Cette misérable petite confrontation n'avait aucun rapport avec moi, mon moi profond, pas plus qu'avec cette employée idiote. L'incident faisait partie d'un cauchemar à répétition, concocté des années auparavant par des Blancs stupides et qui revenait éternellement nous hanter tous. La secrétaire et moi étions comme Hamlet et Laërte dans leur scène finale où, sous le prétexte du tort causé par un ancêtre à un autre, nous étions condamnées à nous battre en duel jusqu'à la mort. » M. A.

  • Mrs Dalloway

    Virginia Woolf

    • Des femmes
    • 20 Janvier 2022

    À Londres, ce soir, Clarissa Dalloway offre une fête ! La haute société anglaise a intérêt à s'amuser. Or, de vieilles connaissances ressurgissent des limbes et exhument des souvenirs comme on ouvre une boîte de Pandore. Ce mois de juin d'après-guerre n'en est pas moins radieux. Quant à Lucrezia, déracinée de son Italie natale, elle tente de retrouver son mari dans la froide Angleterre.
    Septimus est là, mais absent. Pâle vétéran décoré, le jeune homme reste hanté par les tranchées et les bombes. Parfois, il entend la voix d'un de ses amis morts au front.
    « Elle ne dirait plus jamais de personne, il est ceci, il est cela. Elle se sentait très jeune ; et en même temps, incroyablement âgée. Elle tranchait dans le vif, avec une lame acérée ; en même temps, elle restait à l'extérieur, en observatrice. Elle avait, en regardant passer les taxis, le sentiment d'être loin, loin, quelque part en mer, toute seule ; elle avait perpétuellement le sentiment qu'il était très, très dangereux de vivre, ne fût-ce qu'un seul jour. » V. W.

  • La Fortuna

    Francoise Gallo

    • Des femmes
    • 23 Septembre 2021

    L'orpheline Giuseppa est surnommée « La Fortuna » pour la main généreuse qui a payé son éducation dans un couvent de Sicile. Elle vit toutefois une vie misérable au milieu de religieuses au coeur sec. Sa soif du monde et de liberté lui donne à l'âge adulte la force d'emmener mari et fils loin de la tyrannie de sa belle-famille, et loin de la terre natale. Avec pour seule boussole sa confiance en un avenir meilleur, elle entreprend de traverser la Méditerranée pour rejoindre les rives de la Tunisie, « Petite Amérique » de l'immigration italienne et pour se bâtir une nouvelle vie.
    « J'ai un peu lu : Bible, contes siciliens, manuels de savoir-vivre français, traités de jardinage. Maigre bagage, pour un esprit qui s'éveille. Mais les soeurs craignaient que mon esprit ne caracole loin d'elles et limitaient mon horizon. Elles m'ont inculqué la peur de l'inconnu, pour faire de moi une fille docile, craignant de quitter la niche. Il fallait que je leur échappe, que je leur désobéisse pour vivre. » F. G.

  • La beauté du ciel

    Sarah Biasini

    • Des femmes
    • 16 Septembre 2021

    Une femme devient mère pour la première fois. Sa propre mère n'est pas là pour l'aider à accueillir sa fille nouvelle-née. Elle l'a perdue à l'âge de quatre ans et, adulte, a revécu sa mort par la profanation de sa tombe au cimetière. Cette béance n'a d'égale que l'omniprésence de son souvenir : la jeune femme cherche partout sa mère pour en devenir une et ne la retrouve nulle part dans l'image d'une des plus grandes étoiles du cinéma toujours présente dans les coeurs et sur les écrans. Plutôt qu'à sa mère au paradis, elle décide alors de s'adresser à sa fille, cadeau du ciel.
    « Personne ne veut oublier ma mère, à part moi. Tout le monde veut y penser, sauf moi. Personne ne pleurera autant que moi si je me mets à y penser. On me parle d'elle en disant son nom au lieu de dire «ta mère», «votre mère». Comme si je n'étais pas là, devant eux.
    Je ne comprends pas ce qu'ils disent. Je ne les écoute déjà plus. De qui parlent-ils ? Son nom ne m'intéresse pas, il n'y a que ma mère qui m'intéresse. » S.B.

  • Just Kids

    Patti Smith

    • Des femmes
    • 1 Juillet 2021

    J'avais vingt ans quand je suis montée dans le bus. Je portais ma salopette, un col roulé noir, et le vieil imper gris que j'avais acheté à Camden. Ma petite valise écossaise rouge et jaune contenait quelques crayons de couleur, un carnet, les Illuminations, quelques fringues, et des photos de mon frère et de mes soeurs. J'étais superstitieuse. Nous étions un lundi ; j'étais née un lundi. C'était un bon jour pour arriver à New York City. Personne ne m'attendait. Tout m'attendait. » P. S.

    Les jeunes Patti Smith et Robert Mapplethorpe se rencontrent par hasard à New York à la fin des années 1960. "Just Kids", roman d'initiation bohème, retrace les débuts de ces enfants terribles, jusqu'au moment où la chanteuse enregistre son premier album, "Horses", et voit décoller sa carrière. Cette épopée mythique, histoire d'amour et d'amitié, qui s'ouvre et s'achève avec la mort du photographe, immortalise les instants incandescents d'une période décisive dans ces deux vies d'artistes et dans l'histoire de la musique américaine.

  • Brèves de solitude

    Sylvie Germain

    • Des femmes
    • 1 Juillet 2021

    Ils ne se connaissent pas et se regardent en chiens de faïence dans le square parisien où quotidiennement ils se croisent. Joséphine, Guillaume, Anaïs, Xavier, Stella, Serge, Émir... Ils entendent d'une oreille l'arrivée lointaine d'un fléau au nom baroque. Mais ils ne s'en préoccupent guère, si ce n'est Magali qui vient de retrouver le goût de vivre, ou lorsqu'ils plongent leurs pensées dans les yeux fiévreux d'un vagabond. Bientôt les voici enfermés, à regretter la présence irritante et rassurante des autres.
    « Ah, qu'on lui en donne les moyens, c'est-à-dire du temps, et il écrira son Odyssée, sa Divine Comédie, son Guerre et Paix, son Moby Dick, sa Légende des siècles, son Désert des Tartares, son Crime et châtiment, son Frankenstein, son Bruit et la Fureur, son Vie et destin, son Pavillon d'or... Oui, du temps, du temps rien qu'à lui, et le magma d'images qui couve et bout dans sa tête, le plasma de mots qui gronde et chuinte dans son sang, entreront en éruption, en explosion. Du temps et du silence où laisser résonner toute cette haute clameur. » S.G.

  • Savannah Bay, variations

    Marguerite Duras

    • Des femmes
    • 15 Avril 2021

    Savannah Bay, variations recueille des documents sonores inédits captés par Philippe Proust, retrouvés et présentés par Marie-Pierre Fernandes, spécialiste de Marguerite Duras qui a participé à sa création de Savannah Bay, accueillie triomphalement en 1983 au théâtre du Rond-Point, et assisté l'autrice pour les Lectures (1984) et La Musica deuxième (1985).
    Ces enregistrements exclusifs font entendre la lecture par Marguerite Duras d'une scène primitive de la pièce Savannah Bay suivie de deux répétitions sous sa direction avec Madeleine Renaud et Bulle Ogier. Elle lit ensuite « L'Exposition de la peinture », poignant hommage à son scénographe, le peintre argentin Roberto Platé diffusé lors de l'exposition de ses toiles au théâtre du Rond-Point, en 1987 « C'est pendant l'été d'un pays du nord. C'est la fin d'un jour, juste avant la nuit. Vous voyez ? Mais déjà quand elle s'annonce, que la lumière s'allonge, illuminante, avant de s'éteindre. » M. D.
    Le CD est avec un livret de présentation de 32 pages de Marie-Pierre Fernandes.
    Musique : Adagio du Quintette à cordes en ut majeur, D. 956, opus 163, Franz Schubert, interprété par le Quatuor Aviv, production Naxos.

  • Moderato cantabile

    Marguerite Duras

    • Des femmes
    • 14 Janvier 2021

    Un enfant forcé d'apprendre le piano n'arrive pas à retenir le sens de « moderato cantabile » dans la sonatine de Diabelli. Venu du rez-de-chaussée, un cri déchire la leçon. Un homme a assassiné une femme d'une balle en plein coeur. Anne Desbaresdes, la mère du garçon, revient obsessionnellement au café où le crime a eu lieu pour s'enivrer et interroger un homme. Elle cherche à comprendre, ou à se perdre.
    « - Veux-tu lire ce qu'il y a d'écrit au-dessus de ta partition ? demanda la dame.
    - Moderato cantabile, dit l'enfant.
    La dame ponctua cette réponse d'un coup de crayon sur le clavier. L'enfant resta immobile, la tête tournée vers sa partition.
    - Et qu'est-ce que ça veut dire, moderato cantabile ?
    - Je sais pas.
    Une femme, assise à trois mètres de là, soupira. » M. D.

    Le texte imprimé a paru aux Éditions de Minuit, en 1958.

  • La princesse de Clèves

    Madame De La Fayette

    • Des femmes
    • 1 Octobre 2020

    La jeune héritière Mademoiselle de Chartres consent à épouser le prince de Clèves à l'âge de seize ans. Mais son mari se rend compte que la jeune fille ne l'aime ni ne le désire vraiment et s'en désespère. Quand paraît le duc de Nemours, elle s'en émeut et éprouve enfin ces sentiments et transports que cherche en vain à lui inspirer son époux. L'attirance est réciproque, Nemours cherche à assouvir sa passion, mais la princesse de Clèves lui échappe : en elle, les premiers émois amoureux bataillent avec son éducation et le serment de fidélité qu'elle a juré devant Dieu, sans avoir conscience de ce à quoi elle s'engageait.

    « La plupart des mères s'imaginent qu'il suffit de ne parler jamais de galanterie devant les jeunes personnes pour les en éloigner. Madame de Chartres avait une opinion opposée ; elle faisait souvent à sa fille des peintures de l'amour ; elle lui montrait ce qu'il a d'agréable pour la persuader plus aisément sur ce qu'elle lui en apprenait de dangereux. » M. d. L. F.

  • La Peur

    Stefan Zweig

    • Des femmes
    • 1 Octobre 2020

    Une femme bourgeoise, Irène, trompe par ennui et curiosité son époux, un des plus éminents avocats de la ville. Peu à peu, l'angoisse d'être surprise se referme sur elle comme une eau qui monte. Un jour, une femme rustre l'accuse d'adultère à la sortie de chez le jeune pianiste, son amant. Dès lors, Irène vit dans une panique aiguë, constante, qu'elle s'efforce de masquer.

    « Lorsque Irène, sortant de l'appartement de son amant, descendit l'escalier, de nouveau une peur subite et irraisonnée s'empara d'elle. Une toupie noire tournoya devant ses yeux, ses genoux s'ankylosèrent et elle fut obligée de vite se cramponner à la rampe pour ne pas tomber brusquement la tête en avant... Quand elle s'en retournait chez elle, un nouveau frisson mystérieux la parcourait auquel se mêlaient confusément le remords de sa faute et la folle crainte que dans la rue n'importe qui pût lire sur son visage d'où elle venait et répondre à son trouble par un sourire insolent. » S. Z.

  • À la recherche du temps perdu

    Marcel Proust

    • Des femmes
    • 1 Octobre 2020

    "Du côté de chez Swann" et "Le Temps retrouvé", début et fin d'"À la recherche du temps perdu", sont deux arches, à la construction parallèle, sur lesquelles s'appuie le grand oeuvre de Proust. Ces deux textes définissent ce qu'est "La Recherche", l'histoire d'une vocation, le salut par l'écriture.
    Dans le premier, c'est l'enfance restituée : Combray, les rêves, le territoire que le narrateur partage avec sa mère et sa grand-mère, les lieux de la fascination (le théâtre, les voyages, les visages de jeunes filles, l'or des noms...).
    Dans le dernier, le temps a passé : il a rendu les êtres méconnaissables, détruisant tout à l'exception de l'art, union de la sensation et du souvenir. Le narrateur va enfin se mettre à écrire.

    « En réalité, chaque lecteur est, quand il lit, le propre lecteur de soi-même. L'ouvrage de l'écrivain n'est qu'une espèce d'instrument optique qu'il offre au lecteur afin de lui permettre de discerner ce que, sans ce livre, il n'eût peut- être pas vu en soi-même. » M.P.

  • Les aérostats

    Amélie Nothomb

    • Audiolib
    • 12 Août 2020

    « La jeunesse est un talent, il faut des années pour l'acquérir. ».

    Ange a 19 ans, est étudiante en philologie, et se sent complètement transparente aux yeux des autres... jusqu'à ce jour où, suite à une petite annonce, elle devient la professeure particulière d'un drôle de jeune homme de 16 ans, Pie. Fasciné par les mathématiques et les aérostats, il méprise la littérature. Saura-t-elle lui en donner le goût ? Et à quel prix ?

    Un roman poignant sur l'adolescence et l'amour de la lecture.
    Avec délectation, Françoise Gillard incarne Ange, Pie, et leurs joutes, hommages à la littérature, et aux conteurs des temps passés.

  • Les fleurs de l'ombre

    Tatiana de Rosnay

    • Lizzie
    • 18 Juin 2020

    Une résidence pour artistes flambant neuve. Un appartement ultramoderne, au 8e étage, avec vue sur tout Paris. Un rêve pour une romancière en quête de tranquillité. Rêve, ou cauchemar ? Depuis qu'elle a emménagé, Clarissa Katsef éprouve un malaise diffus, le sentiment d'être observée. Et le doute s'immisce. Qui se cache derrière CASA ? Clarissa a-t-elle raison de se méfier ou cède-t-elle à la paranoïa, victime d'une imagination trop fertile ?
    Fidèle à ses thèmes de prédilection - l'empreinte des lieux, le poids des secrets -, Tatiana de Rosnay tisse une intrigue au suspense diabolique pour explorer les menaces qui pèsent sur ce bien si précieux, notre intimité.

  • Le pays des autres t.1

    Leïla Slimani

    • Gallimard
    • 28 Mai 2020

    En 1944, Mathilde, une jeune Alsacienne, s'éprend d'Amine Belhaj, un Marocain combattant dans l'armée française. Après la Libération, le couple s'installe au Maroc à Meknès, ville de garnison et de colons. Tandis qu'Amine tente de mettre en valeur un domaine constitué de terres rocailleuses et ingrates, Mathilde se sent vite étouffée par le climat rigoriste du Maroc. Seule et isolée à la ferme avec ses deux enfants, elle souffre de la méfiance qu'elle inspire en tant qu'étrangère et du manque d'argent. Le travail acharné du couple portera-t-il ses fruits? Les dix années que couvre le roman sont aussi celles d'une montée inéluctable des tensions et des violences qui aboutiront en 1956 à l'indépendance de l'ancien protectorat.
    Tous les personnages de ce roman vivent dans «le pays des autres» : les colons comme les indigènes, les soldats comme les paysans ou les exilés. Les femmes, surtout, vivent dans le pays des hommes et doivent sans cesse combattre pour leur émancipation.

    La magnifique lecture de Zineb Triki nous plonge dans une fresque romanesque époustouflante, peuplée de personnages en lutte.

  • L'heure de l'etoile

    Clarice Lispector

    • Des femmes
    • 28 Mai 2020

    Sur le sort de cette femme sans charme et sans esprit du Nord-Est brésilien, le narrateur de L'heure de l'étoile semble s'attendrir autant que perdre patience. Autour d'elle gravitent des avides et des ambitieux qui ne lui donneront rien.
    En observateur distant, l'auteur fictif s'acquitte d'une lourde tâche : faire le récit de cette vie misérable et sans amour, qui tiendrait en un souffle. Il révèle l'absurdité de son existence, mais aussi le joyau paradoxal qui se cache derrière l'aspect insignifiant de la vie.

    « Avait-elle le sentiment de vivre en pure perte ? C'est chose impossible à savoir. Mais je ne crois pas. Une seule fois, elle se posa la tragique question : qui suis-je ? Elle en fut tellement ahurie que ses réflexions s'arrêtèrent là. Mais moi, qui ne parviens pas à m'identifier à elle, je sens que je vis en pure perte. Je mène une existence parfaitement gratuite ; je règle ponctuellement mes notes d'électricité, de gaz et de téléphone. Mais elle, il lui arrivait parfois de s'offrir une rose, après avoir touché son salaire. Tout ceci arrive durant cette année en cours et je ne terminerai cette difficile histoire qu'à bout de force, mais ne déserterai pas. » C. L.

  • Le coeur est un chasseur solitaire

    Carson Mccullers

    • Des femmes
    • 19 Mars 2020

    Mick, garçonne passionnée et ambitieuse, erre en solitaire dans les rues du sud profond des États-Unis, happée par la musique qui s'échappe des fenêtres. Au café de Biff, Mick observe John Singer, le fascinant muet au calme olympien. D'autres personnages aussi originaux qu'attachants évoluent autour d'eux, se croisent sans se rencontrer. Ils se regardent avec une curiosité pleine de tendresse face à la cruauté de la vie et à la pauvreté, portés par leurs rêves et leur soif de justice.

    « Au bout de quelque temps, Mick sut quelles maisons captaient les émissions qu'elle voulait entendre. Une maison, notamment, recevait tous les bons orchestres. Le soir, elle y venait, et se glissait dans le jardin obscur pour écouter. Cette maison était entourée de superbes massifs, et Mick s'asseyait sous un buisson près de la fenêtre. Et quand c'était terminé, elle restait dans le jardin, les mains dans les poches, à réfléchir longuement. » C. McC.

  • Le papier peint jaune

    Charlotte Perkins Gilman

    • Des femmes
    • 12 Mars 2020

    Cloîtrée dans une maison de campagne isolée et tenue à l'écart de toute activité par son mari médecin, une jeune mère dépressive après la naissance de leur enfant brave en secret l'interdiction qu'il lui pose d'écrire. Désoeuvrée, elle sombre dans la fascination pour l'affreux papier peint de la chambre à coucher. Elle finit par y voir, en miroir, une femme séquestrée derrière les arabesques...

    « Pendant longtemps, je n'ai pas compris ce qu'était cette forme dérobée derrière le motif, mais maintenant, je suis certaine que c'est une femme. À la lumière du jour, elle est calme, immobile. J'imagine que c'est le motif qui la bride. C'est si troublant... Et je m'y absorbe des heures... Parfois, je me dis qu'elles sont des multitudes, parfois qu'elle est seule. Elle fait le tour en rampant à une vitesse folle, ébranlant chaque motif. Elle s'immobilise dans les zones de lumière et, dans les zones d'ombre, elle s'agrippe aux barreaux qu'elle secoue avec violence. » C. P. G.

  • La vagabonde

    Colette

    • Des femmes
    • 27 Février 2020

    À bien des égards, Renée, l'impétueuse narratrice de "La Vagabonde", se pose comme le double de Colette qui signe ici son roman le plus personnel. Comme elle, sa jumelle littéraire est divorcée, actrice de music-hall, écrivaine et surtout farouchement indépendante. Elle se laisse pourtant toucher par Max, un homme beau, brillant et riche : une intrigue simplissime dont Colette a l'audace de prendre le contre-pied pour mieux interroger l'indépendance, le courage et la liberté des femmes et réaffirmer leur force. Un roman profondément optimiste, provocante ode à la solitude, d'une remarquable intelligence.

    « Le hasard, mon ami et mon maître, daignera bien encore une fois m'envoyer les génies de son désordonné royaume. Je n'ai plus foi qu'en lui, et en moi. En lui, surtout, qui me repêche lorsque je sombre, et me saisit, et me secoue, à la manière d'un chien sauveteur dont la dent, chaque fois, perce un peu ma peau... Si bien que je n'attends plus, à chaque désespoir, ma fin, mais bien l'aventure, le petit miracle banal qui renoue, chaînon étincelant, le collier de mes jours. » C.

  • La petite conformiste

    Ingrid Seyman

    • Lizzie
    • 9 Janvier 2020

    Esther est une enfant de droite née par hasard dans une famille de gauche, au mitan des années 70. Chez elle, tout le monde vit nu. Et tout le monde - sauf elle - est excentrique.

    Sa mère est une secrétaire anticapitaliste qui ne jure que par Mai 68. Son père, juif pied-noir, conjure son angoisse d'un prochain holocauste en rédigeant des listes de tâches à accomplir.

    Dans la famille d'Esther, il y a également un frère hyperactif et des grands-parents qui soignent leur nostalgie de l'Algérie en jouant à la roulette avec les pois chiches du couscous. Mais aussi une violence diffuse, instaurée par le père, dont les inquiétantes manies empoisonnent la vie de famille.

    L'existence de la petite fille va basculer lorsque ses géniteurs, pétris de contradictions, décident de la scolariser chez l'ennemi : une école catholique, située dans le quartier le plus bourgeois de Marseille.

    La petite conformiste est un roman haletant, où la langue fait office de mitraillette. Il interroge notre rapport à la normalité et règle définitivement son sort aux amours qui font mal. C'est à la fois drôle et grave. Absurde et bouleversant.

  • L'empreinte

    Alexandria Marzano-Lesnevich

    • Lizzie
    • 9 Janvier 2020

    Etudiante en droit à Harvard, Alexandria Marzano-Lesnevich est une farouche opposante à la peine de mort. Jusqu'au jour où son chemin croise celui d'un tueur emprisonné en Louisiane, Rick Langley, dont la confession l'épouvante et ébranle toutes ses convictions. Pour elle, cela ne fait aucun doute : cet homme doit être exécuté. Bouleversée par cette réaction viscérale, Alexandria ne va pas tarder à prendre conscience de son origine en découvrant un lien entre son passé, un secret de famille et cette terrible affaire qui réveille en elle des sentiments enfouis. Elle n'aura alors cesse d'enquêter inlassablement sur les raisons profondes qui ont conduit Langley à commettre ce crime épouvantable.

    Dans la lignée de séries documentaires comme Making a Murderer, ce récit au croisement du thriller, de l'autobiographie et du journalisme d'investigation, montre clairement combien la loi est quelque chose d'éminemment subjectif, la vérité étant toujours plus complexe et dérangeante que ce que l'on imagine. Aussi troublant que déchirant.

  • Au phare

    Virginia Woolf

    • Des femmes
    • 14 Novembre 2019

    Au phare, c'est cette destination vers laquelle se tend et se déploie tout le roman, un serment en suspens, à flux tendu au-dessus des profondeurs abyssales de la conscience des personnages. La promesse d'une promenade scelle l'alliance de Mrs Ramsey avec ses enfants, contre le père, contre vents et marées, le temps qui passe et la Guerre - c'est autour de cette parole donnée que se nouent les désirs enfouis et les pensées tues, que se cristallisent tragiquement les souvenirs d'enfance.

  • Le gars

    Marina Tsvetaïeva

    • Des femmes
    • 16 Mai 2019

    En 1922, Marina Tsvétaïeva écrit en russe un poème qui s'inspire du célèbre conte d'Afanassiev, Le Vampire, l'histoire de la belle Maroussia qui tombe amoureuse de celui avec lequel elle a dansé toute la nuit, et qu'elle surprend le lendemain en train de dévorer un cadavre. En 1929, à Paris, Tsvétaïeva entreprend de traduire ce poème en français. Elle l'intitule Le Gars. Plus tard, elle le réécrit sous forme de conte qu'elle accompagne d'un avant-propos pour l'édition française. C'est cet ensemble qui est ici lu par Anna Mouglalis.
    Variations sur un même thème, où vie et mort se mêlent, se trahissent, se traduisent, ces trois textes jouent brillamment avec une langue teintée d'une inquiétante étrangeté.

    « Est-ce femme ? est-ce flamme ?
    C'est une âme qui se damne.
    - Ta mort ! - Mon plaisir !
    Danserai à en mourir ! »

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