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  • Comme un écrivain qui pense que « toute audace véritable vient de l'intérieur », Leïla Slimani n'aime pas sortir de chez elle, et préfère la solitude à la distraction. Pourquoi alors accepter cette proposition d'une nuit blanche à la pointe de la Douane, à Venise, dans les collections d'art de la Fondation Pinault, qui ne lui parlent guère ?

    Autour de cette « impossibilité » d'un livre, avec un art subtil de digresser dans la nuit vénitienne, Leila Slimani nous parle d'elle, de l'enfermement, du mouvement, du voyage, de l'intimité, de l'identité, de l'entre-deux, entre Orient et Occident, où elle navigue et chaloupe, comme Venise à la pointe de la Douane, comme la cité sur pilotis vouée à la destruction et à la beauté, s'enrichissant et empruntant, silencieuse et raconteuse à la fois.

    C'est une confession discrète, où l'auteure parle de son père jadis emprisonné, mais c'est une confession pudique, qui n'appuie jamais, légère, grave, toujours à sa juste place : « Écrire, c'est jouer avec le silence, c'est dire, de manière détournée, des secrets indicibles dans la vie réelle ».

    C'est aussi un livre, intense, éclairé de l'intérieur, sur la disparition du beau, et donc sur l'urgence d'en jouir, la splendeur de l'éphémère. Leila Slimani cite Duras : « Écrire, c'est ça aussi, sans doute, c'est effacer. Remplacer. » Au petit matin, l'auteure, réveillée et consciente, sort de l'édifice comme d'un rêve, et il ne reste plus rien de cette nuit que le parfum des fleurs. Et un livre.

  • " J'ai toujours su que ce Journal amoureux existait ; même si je ne l'avais jamais lu ni même vu... Ma mère m'en avait parlé. C'est Paul qui en a eu l'idée pour l'aider à prendre confiance en elle, et en son talent, auquel elle ne croyait guère à l'époque. Pourtant, elle vivait depuis toujours, dans et par les mots : elle tenait son journal intime et entretenait une nombreuse correspondance, amicale puis amoureuse, dans une famille où tout passait et se réglait par des lettres...
    De là à penser publier, il y avait un pas qu'elle ne se décidait pas à franchir. Alors Paul a eu cette idée épatante d'écrire ce journal, chacun prenant la parole à tour de rôle pour raconter leur quotidien. C'était d'autant plus généreux de sa part qu'il n'a jamais tenu un journal de sa vie et que c'était même contraire à sa nature. Maman lui rendait souvent hommage pour cette initiative - et elle n'avait l'hommage facile pour personne ! ", Blandine de Caunes.

  • Deux petites bourgeoises Nouv.

    « Sur les riches, sur les bourgeois, on croit savoir d'avance, c'est comme les cochons, on ne les aime pas.Selon un excellent dictionnaire des synonymes, borné, commun, conformiste, conventionnel, égoïste, étriqué, formaliste, grossier, lourd, moyen, pantouflard, philistin, médiocre, singe, trivial, vulgaire, c'est la même chose. Les bourgeois sont malheureux et c'est leur faute. Ils sont là, à geindre avec leurs problèmes de riches, leurs dépressions, leurs régimes, les travaux dans leur appartement, la poussière, leurs domestiques, la queue aux télésièges. Quant aux bourgeoises ? Grimaçons ! Un truc étriqué, mal baisé, maigre, pas tendre, la peau trop tendue, les pieds serrés dans des escarpins.Esther et Héloïse se sont rencontrées en sixième, elles sont dans la même classe à l'école Alsacienne, une école privée parisienne, une école pour bourgeois libéraux, les pires, ceux qui ont toutes les chances, sans les règles. Elles sont donc des filles à papa, des gosses de riches, la cuillère en argent dans la bouche, pendant longtemps elles ne connaîtront rien d'autre, des visières sur les yeux, leurs pistons, leurs vacances, les meilleures places dans le train. Qu'elles souffrent comme tout le monde, qu'on les enferme, qu'elles subissent ce que toutes les petites filles, les adolescentes, les femmes du monde subissent ! Il n'y a pas de raison qu'elles échappent, parce qu'elles sont nées dans les bons quartiers, au sort qui leur est réservé.
    Pourquoi Héloïse et Esther et pourquoi pas nous ? C'est injuste.On peut les détester de ne rien savoir au-delà de ce qu'elles ont, c'est facile et cela arrivera, et elles seront punies, enfin surtout Héloïse. » Une amitié naît entre deux petites filles de bonne famille qui se ressemblent, grandissent ensemble et suivent le même chemin : elles se marient, ont des enfants, divorcent en même temps, ont des histoires d'amour similaires... jusqu'au jour où la mort frappe à la porte de l'une d'entre elles. Une fable drôle et amère sur la bourgeoisie, l'amitié et la mort.

  • Helsinki, 2016. Olenka, assise sur un banc dans un jardin public, observe un couple et leurs deux enfants en train de jouer avec leur chien. Une femme vient s'asseoir à ses côtés. Olenka sursaute : malgré les années, elle la reconnaîtrait entre mille. Après tout, Olenka n'a-t-elle pas ruiné la vie de cette femme, sa soi-disant amie ? Et cette dernière est sans doute ici pour lui rendre la pareille. Elle seule connaît la vérité sur ce qu'a fait Olenka, d'où elle vient et de qui elle se cache. Malgré tout, pendant un court instant, les voici à nouveau réunies, spectatrices impuissantes de la vie qu'elles auraient pu avoir, si elles avaient fait d'autres choix.

    Faisant alterner son récit entre la Finlande contemporaine et l'Ukraine aux premiers jours de la transition post-Soviétique, Sofi Oksanen raconte avec une acuité rare la trajectoire de ces deux femmes incapables de se libérer du passé. Leurs histoires d'amitié, d'amour, d'ambition et de trahison, résonnent douloureusement dans ce monde où le corps des femmes est souvent réduit à une marchandise.

  • La mère morte

    Blandine de Caunes

    Une mère, âgée mais indépendante, se trompe de jour, de lieu de rendez-vous avec ses filles, achète des objets superflus et coûteux, oublie dans le coffre de sa voiture les fruits de mer bretons, et se lève la nuit, croyant partir pour une destination inconnue.

    Cela pourrait être drôle, si ce n'était une maladie mentale due à l'âge, et surtout si cette femme si confuse n'était pas la romancière Benoîte Groult, la mère de l'auteure de ce livre d'une force rare. Benoîte Groult, luttant, jouant avec sa propre fin, mais refusant avec rage de céder à la fatalité et à la vieillesse, elle qui a été une militante de l'association « Pour le droit de mourir dans la dignité ». Voici la femme intime, plus que la femme publique, ici telle qu'on ne la connaît pas, et qui écrivait : « Dans la vie, deux mondes se côtoient : celui des gens qui vont vivre et celui des gens qui vont mourir. Ils se croisent sans se voir. » Benoîte s'éteint en juin 2016 à Hyères, à 96 ans. Écrivaine comblée, mère et grand-mère heureuse, femme de combats remportés. Mais ce que ce livre raconte, ce n'est pas juste le deuil hélas ! prévisible d'une mère admirée et aimée, mais un double deuil : voici le terrible sens du titre, La mère morte. « Maman, mon dernier rempart contre la mort. Bientôt, ce sera moi le rempart pour ma fille ».

    Le 1er avril 2016, la fille de Blandine de Caunes, Violette, 36 ans, meurt dans un banal accident de voiture, laissant orpheline sa fille Zélie. L'ordre du monde est renversé : Benoîte s'accroche à la vie, Blandine sombre, Violette n'est plus.

    De Benoîte Groult, sa fille a hérité l'humour et la force vitale. Ce livre n'est pas triste, au contraire. C'est une réconciliation entre trois générations de femme qui partagent le « même amour forcené pour la vie, toujours plus forte que tout », le credo de Benoîte qu'elle a transmis à sa fille.

  • La beauté du ciel

    Sarah Biasini

    « Un matin de mai, le téléphone sonne, je réponds, "Bonjour, gendarmerie de Mantes-la-Jolie, la tombe de votre mère a été profanée dans la nuit." ».

    Une femme écrit à sa fille qui vient de naître. Elle lui parle de ses joies, ses peines, ses angoisses, et surtout d'une absence, celle de sa propre mère, Romy Schneider. Car cette mère n'est pas n'importe quelle femme. Il s'agit d'une grande star de cinéma, inoubliable pour tous ceux qui croisent le chemin de sa fille.

    Dans un récit fulgurant, hanté par le manque, Sarah Biasini se livre et explore son rapport à sa mère, à la mort, à l'amour. Un texte poétique, rythmé comme le ressac, où reviennent sans cesse ces questions : comment grandir quand on a perdu sa mère à quatre ans ? Comment vivre lorsqu'on est habitée par la mort et qu'elle a emporté tant de proches ? Comment faire le deuil d'une mère que le monde entier idolâtre ? Comment devenir à son tour mère ?

    La réponse, l'auteure la porte en elle-même, dans son héritage familial, dans l'amour qu'elle voue à ses proches, à ses amis, à ces figures féminines qui l'ont élevée comment autant d'autres mères. Le livre de la vie, envers et contre tout.

  • Anaïs Nin ne pensait pas devoir sa célébrité à ses extraordinaires journaux intimes. Ils devaient simplement l'aider, selon elle, à prendre conscience de ce qu'elle était et de ce qu'elle souhaitait devenir : une écrivaine reconnue avec une oeuvre véritable, entre autres, une série de romans dont le titre serait Les Cités intérieures, celles qui se situent au-delà des apparences, de l'autre côté du miroir.

    Dans ces Cités intérieures, constituées de cinq romans - Les miroirs dans le jardin, Les enfants de l'albatros, Les chambres du coeur, Une espionne dans la maison de l'amour et La séduction du Minotaure -, elle met en scène trois femmes, trois amies, Lillian, Djuna et Sabina qui sont des reflets fictionnels de l'auteure.

    À travers ses héroïnes, Anaïs Nin tente de traiter les négations, le dédale et la complexité de la nature féminine : Djuna et ses amours passionnées, tempétueuses et qui se dégradent avec le temps dans Les enfants de l'albatros et Les chambres du coeur ; Sabina qui se veut libre mais se retrouve rongée par la culpabilité et l'angoisse dans Une espionne dans la maison de l'amour et Lilian qui, dans le dernier roman de ce cycle romanesque, tire le fil d'Ariane pour aller jusqu'au bout du labyrinthe de sa vie et y découvrir peut-être le Minotaure.

    Mais ces Cités intérieures sont surtout celles de l'auteure elle-même, dont la vie et les rencontres passionnées et passionnantes, telles qu'on les connaît grâce à ses journaux, constituent la matière première de ce cycle fictionnel.

  • Nous sommes en 2001, le soir d'une fête donnée en l'honneur de Melody et de ses seize ans, dans la maison familiale de Brooklyn. Couvée du regard par ses parents et amis, elle fait son entrée sur une musique de Prince, dans une robe blanche taillée sur mesure. Une tristesse flotte néanmoins dans l'atmosphère. Seize ans plus tôt, cette même robe fut cousue pour une autre jeune fille : Iris, la mère de Melody, pour fêter aussi son entrée dans l'âge adulte. Une célébration qui n'eut finalement jamais lieu. Iris était enceinte.

    Déroulant l'histoire de Melody, de son père, d'Iris et de ses parents - du massacre de Tulsa en 1921 au 11 septembre 2001 - pour comprendre comment ils en sont arrivés là, Jacqueline Woodson reconstitue non seulement leurs ambitions et leur fureur de vivre, mais aussi le prix qu'ils ont payé pour échapper à leur destin si profondément façonné par des décennies de racisme. En explorant le désir et l'identité sexuels, la maternité, l'éducation, la classe et le statut social, De feu et d'or décrit de façon magistrale la manière dont les jeunes doivent si souvent prendre des décisions irrévocables pour leur futur - avant même de savoir qui ils sont et ce qu'ils veulent devenir.

  • Marcher jusqu'au soir

    Lydie Salvayre

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    • 3 Avril 2019

    L'humeur railleuse et le verbe corrosif, Lydie Salvayre se saisit du prétexte d'une nuit passée au musée Picasso pour questionner le milieu artistique et ses institutions. Se tournant vers son enfance de pauvre bien élevée et abordant sans masque son lien à un père redouté et redoutable, elle essaie de comprendre comment s'est constitué son rapport à la culture et à son pouvoir d'intimidation, tout en faisant l'éloge de Giacometti, de sa radicalité, de ses échecs revendiqués et de son infinie modestie.

  • Sois la bienvenue Nouv.

    « Cette histoire, c'est la mienne, celle de ma grand-mère Marcelle surtout, mais aussi celle de Malou, mon arrière-grand-mère. Trois histoires entremêlées et reliées à René Char par des sentiments aussi simples et opposés entre eux que la haine et l'amour. Tout avait commencé par un drame d'une incroyable banalité. De ceux qui étaient moins dus à l'inconduite des filles qu'à la lâcheté des hommes. Marie-Louise Bègue, dite Malou, était une enfant abandonnée. Une pupille de l'Assistance comme on dirait plus tard. Elle avait grandi, comme l'écrasante majorité des enfants assistés, dans la souffrance, la solitude et l'humiliation. Mais à 17 ans, elle avait connu l'amour. Un amour aussi bref et puissant que l'aphorisme d'un poète, ou le ressac d'une vague. Un court instant volé à l'insouciante jeunesse, une histoire terminée avant d'avoir commencé. »De cet amour caché avec René Char alors âgé de 25 ans, Malou, employée au service de la famille Char, a donné naissance à Marcelle en 1933, après avoir été chassée de L'Isle-sur-la-Sorgue par la mère de René Char. Marcelle, adulte, a retrouvé son père, à qui elle a rendu des visites régulières, aux Busclats, sa demeure de L'Isle-sur-la-Sorgue, avec qui elle a échangé une correspondance sur plusieurs années. Mais elle n'a pas été reconnue officiellement. Alice a entrepris une reconnaissance d'ADN, par un laboratoire américain, grâce à un timbre d'une lettre de René Char, et la salive de sa grand-mère. Résultat après observation des marqueurs génétiques des deux échantillons : la probabilité que René Char soit le père de Marcelle est de 99,9913%.C'est par amour pour sa grand-mère, par besoin que la vérité soit faite, qu'Alice Casado enquête : elle raconte l'histoire familiale qu'elle a ainsi reconstituée, et une histoire de la société française qui court sur le XXe siècle.

  • Le jour où ma mère m'a tout raconté Nouv.

    Il pleut sur Montfavet ce jour-là. Il pleut sur la voiture dans laquelle Lili, révoltée, malheureuse, se sent étouffer. Devant elle, les grilles d'un hôpital psychiatrique. Son mari, Hector, prétend que c'est pour elle la seule solution. Hector que tout le monde admire, adule, Hector qui sait quoi penser et infliger aux autres. Pour Lili, la vie bascule. Derrière les murs, cependant, il y a des êtres merveilleux, étonnants, attachants. Antonin, notamment ; ou encore le Mage. Derrière les murs, surtout, il y a les pages nécessaires d'un journal intime, qui ramènent Lili à ses secrets, à ses douleurs et à son village natal de Corse, où tout se sait et tout se tait.Portrait d'une femme magnifique en lutte avec une existence qui la brise, ce premier roman de Philippa Motte s'impose avant tout comme un hymne à la transmission.

  • On ne compte plus les critiques de l'ère numérique. Mais elles ont en commun de ne pas voir la nouveauté d'un monde où, pour la première fois, le capital et la technologie se confondent absolument, obéissant à la même croissance exponentielle, avec la même visée de tout réduire à un objet de calcul.

    Ainsi le regard humain est-il devenu pour le capital la matière première la plus recherchée. Surtout depuis que la production et la reproduction des images sont redéfinies par la révolution que représente l'instantanéité de leur distribution. Aussitôt produite, toute image peut être immédiatement diffusée par n'importe quel possesseur de smartphone - autrement dit, tout le monde.

    En une dizaine d'années, la distribution s'est imposée au coeur d'une nouvelle économie du regard, où il n'est aucune image qui ne soit en même temps objet de profit et moyen de contrôle.

    Il en résulte une complète reconfiguration de notre perception. N'existe plus que ce qui est rendu visible par la technologie. Rien n'échappe à cette dictature de la visibilité, qui nous empêche de voir à quelle modélisation nos vies sont continuellement soumises, en fonction d'algorithmes envahissant tous les domaines, scientifique, politique, esthétique, éthique, érotique... Persuadés d'être de plus en plus libres, nous nous sommes bâti la plus inquiétante prison d'images.

    Comme d'autres ont autrefois réussi à sortir du labyrinthe qui les retenait en en reconstituant les plans, notre seule chance est d'essayer de comprendre quelle sombre histoire se trame entre image, regard et capital. En dépend le peu de liberté qui nous reste.

  • « J'annonce à mon médecin : nous souhaitons avoir un enfant. De sa voix tranquille il répond : c'est possible. De ce c'est possible dont il ne reste rien, je garde toutefois le souvenir. Talisman d'une époque où avoir un enfant semblait non seulement possible, mais facile. Simple prolongement de l'étreinte amoureuse. Je n'avais aucun doute. Pourquoi en aurais-je eu ? »

  • Mes années chinoises

    Annette Wieviorka

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    • 24 Février 2021

    L'historienne Annette Wieviorka, spécialiste émérite de la Shoah, est, en 1970, une jeune militante maoïste. Dans l'enthousiasme de Mai 1968 et de la Révolution culturelle, les intellectuels français sont pris de passion pour la Chine communiste (dont Philippe Sollers, Julia Kristeva ou Roland Barthes, qui en rapportent des écrits fortement empreints d'idéologie).

    Avec son mari et son petit garçon, Annette Wieviorka s'installe pour deux ans à Canton comme professeure de français. Dans le « laboratoire de l'homme nouveau », ils s'attendent à apprendre du réveil des masses et du modèle démocratique chinois. À la place, ils découvrent la pauvreté des Chinois et le vert des rizières, la surveillance constante, la soif de camaraderie mêlée à l'isolement dans une société collective.

    Dans ce récit où se croisent la fraîcheur de notes prises sur le vif et le regard rétrospectif de l'historienne, les rencontres, les paysages et les questions se succèdent au son des chants révolutionnaires et de l'opéra chinois. Devant « l'impossibilité de saisir autre chose que la surface de la société chinoise », quel sens donner à ce qui est vécu ?

    De ces années chinoises se dégage une « passion douloureuse, passion louche, passion déchirante » pour un pays, une époque et des idéaux.

  • La grenade Nouv.

    La grenade

    Hutin Emmanuelle

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    • 5 Mai 2021

    Une femme avance dans la vie avec le souhait de cocher toutes les cases. Magazines féminins et leur lot d'injonctions sous le bras, elle se construit autour d'un idéal inatteignable. Carrière, mariage, famille, elle se doit d'être tout pour elle et pour ceux qu'elle aime. Pourtant, dès la naissance de son premier enfant, son fils chéri, elle sent que quelque chose ne tourne pas rond. Anxieuse, elle guette le drame à venir au fur et à mesure que son idéal de jeune mère active, son couple et son moral se dégradent. Un deuxième enfant serait la solution ? À nouveau la maternité, l'amour plus fort que tout mais toujours, ce sentiment que quelque chose cloche : pourquoi ne trouve-t-elle pas son bonheur dans cette vie ?Et puis c'est la première crise, stupeur de voir son fils tressauter, désarticulé devant elle. Une deuxième puis une troisième confirmeront le diagnostic : l'épilepsie est entrée dans la vie de cette mère parfaite. Petit à petit, les crises se multiplient et s'intensifient. Jusqu'à emporter toute l'énergie de Solal, et avec elle le fragile équilibre familial. Cette mère en quête de perfection, va devoir faire face pour ses enfants, et continuer à avancer, même quand tout s'effondre sous ses pas. Un récit personnel, un parcours de femme, d'émancipation, une quête de soi, de l'explosion de son couple à la maladie de son fils. La Grenade, c'est la féminité, la gourmandise, mais aussi le cerveau qui se détraque et la bombe à retardement qui finit par exploser.

  • Le féminisme se porte-t-il sur un t-shirt ? Kim Kardashian est-elle un objet sexuel ou une femme puissante ? La série Grey's anatomy peut-elle changer la vie des femmes ? Dans un essai à la première personne documenté, passionné et engagé, Jennifer Padjemi, journaliste spécialiste questions de société, explore l'alliance, pour le meilleur et pour le pire, du féminisme et de la pop culture. En reprenant le fil des mouvements féministes modernes, de l'émergence d'un féminisme intersectionnel au mouvement "body positive" en passant par Me too et en se basant sur son expérience de femme noire, elle décortique le rapport que nous entretenons avec les objets culturels les plus populaires.
    Biberonnée aux clips vidéo, chansons grand public et maintenant aux séries TV, notre consommation de divertissement façonne, accompagne, et parfois challenge notre vision du monde. En utilisant la pop culture comme un miroir de notre société mondialisée, l'auteure questionne à travers elle le féminisme, le genre, la sexualité, l'intersectionnalité. Jennifer Padjemi interroge les liens d'interdépendance entre consommation de masse et idéologie progressiste, et jette un regard joyeux et lucide sur nos divertissements, sans concession au patriarcat.
    Un livre à mettre entre toutes les mains !

  • Batailles

    Alexia Stresi

    Il y a un avant, et un après, dans la vie de Rose. Tout a basculé quand elle avait vingt-sept ans. Le jour où sa mère a manqué à l'appel. Disparition volontaire, selon les mots de la police.
    Brigitte n'a laissé que trois phrases en partant, dont une terrible : « Rose chérie, si tu m'aimes autant que je t'aime, ne me recherche pas. » Elle a aussi écrit qu'elle reviendrait très vite. Cela fait dix ans.
    Aujourd'hui, Rose va mieux. Elle s'est reconstruite. Mais un fait-divers qui secoue la France vient remuer beaucoup de choses : une mère a livré son bébé aux vagues d'une marée montante ; elle est ensuite rentrée chez elle et a repris ses lectures de philosophie.
    Une déflagration. Pour Émile, le vieux pêcheur à pied qui découvre le corps sur la plage. Pour le médecin légiste pourtant aguerri. Même pour les gendarmes en charge de l'enquête. Pour Rose elle-même.
    Celle-ci comprend qu'elle doit désobéir à sa mère et partir à sa recherche.

    Pourquoi est-on si troublé par les faits-divers ? Que nous révèlent-ils de nos vies ?
    Batailles nous entraîne avec virtuosité dans une troublante quête des origines et de la filiation.

  • Relizane, pendant la guerre d'Algérie. Lorsqu'en pleine nuit, on frappe à la porte, Marcel, le grand-père d'Olivia Elkaim, craint pour sa vie et celles de sa femme et de leurs deux enfants. On lui enfile une cagoule sur la tête, il est jeté dans un camion et emmené dans le désert. Va-t-il être condamné à mort ou gracié ? Il revient sain et sauf à Relizane trois jours plus tard, et ses proches se demandent quel est le secret de ce sauf-conduit. A quoi a-t-il collaboré ? Quels gages a-t-il donné et à qui ? Viviane, son épouse, ses frères, sa mère, ses voisins, tous questionnent le tailleur juif. Mais il garde le silence. Quand un jeune apprenti arabe se présente devant son échoppe, Marcel comprend que tôt ou tard, il lui faudra quitter son pays natal.

    Après ce début d'une folle intensité romanesque, Olivia Elkaim retrace l'histoire de sa famille, l'exil des siens, leur arrachement à cette terre africaine, et leur fuite chaotique vers une France où rien ne les attend - ni confort, ni sympathie, ni même aucune aide administrative.

    Ces valeureux que le soleil caressait il y a peu, deviennent des réprouvés qui ne connaîtront que l'ombre d'une cave humide à Angers. Les grands-parents d'Olivia Elkaim, Viviane et Marcel, sont deux magnifiques personnages, entre Albert Cohen et Anna Magnani, qui ne cesseront de rêver d'échapper à cette triste France.

    Au-delà de tout ce que nous savons du retour d'une famille pied-noire en métropole, au-delà du drame humain, familial, politique, souvent commenté par les historiens, Olivia Elkaim explore sa part algérienne, juive, lyrique, à la fois enchantée et hantée, que son père Pierre avait tenté en vain de lui transmettre.
    Par ce livre qui rend hommage à ses ancêtres, et à travers la photographie jaunie d'une grand-tante, retrouvée par hasard dans le cimetière juif de Relizane, elle se révèle aussi à elle-même.

  • Origines

    Sasa Stanisic

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    • 3 Février 2021

    Saša Stanišic est né en 1978 à Višegrad, en Yougoslavie. De ça, il en est sûr. C'est inscrit noir sur blanc sur son acte de naissance. Pourtant il n'y a pas vécu longtemps, puisqu'il a dû fuir pour l'Allemagne en 1991. Il atterrit alors avec sa famille à Heidelberg, où il devient « un réfugié » avec ce qu'il faut d'humiliations, de déracinement mais aussi d'amour. D'amour, puisque c'est grâce à la littérature allemande que Saša tombe amoureux des mots et qu'il deviendra écrivain. C'est dans cette langue allemande qui n'est pas la sienne, dans cette langue d'accueil qu'il choisit d'écrire.

    Mais alors quelles sont ses véritables origines ?

    Dans ce texte pétri d'humour et de tendresse, Saša s'attache à répondre à cette question, en inspectant ses souvenirs à l'aide de sa grand-mère bien aimée, Oma Kristina. Il vagabonde dans sa mémoire pour tenter de se créer ses propres origines, celles qui lui ont un jour permis de déclarer à la rubrique « métier » du formulaire de demande de titre de séjour : « écrivain ».

  • Megan Rapinoe est une des athlètes les plus marquantes de la scène sportive mondiale. En parallèle de son succès professionnel sur les terrains de foot, elle est aussi devenue une icône et un modèle pour des millions de personnes en s'exprimant avec courage sur les enjeux sociétaux les plus importants.

    Élevée dans une petite ville conservatrice du nord de la Californie, benjamine d'une fratrie de six enfants, Megan Rapinoe a quatre ans lorsqu'elle tape dans son premier ballon. Son talent pour ce sport est une évidence. Si ses parents encouragent son amour pour le foot, ils l'incitent également à s'engager auprès des plus démunis.

    Son enfance, aux côtés de sa soeur jumelle adorée Rachael, est marquée par la tragique addiction à la drogue de son frère Brian. Militante dans l'âme, elle est la première joueuse de football à faire son coming-out dans les médias en 2012, puis en 2016, elle n'hésite pas à s'agenouiller pendant l'hymne nationale en soutien au joueur Colin Kaepernick, parti en guerre contre les discriminations raciales et les violences policières. Son refus public et catégorique de se rendre à la Maison Blanche après la victoire à la Coupe du monde 2019 a fait couler beaucoup d'encre, tout comme l'action en justice qu'elle a intentée avec ses coéquipières contre la fédération américaine de football pour obtenir une rémunération égale à celle de l'équipe masculine. Férocement anti-Trump, elle a apporté son soutien à Joe Biden dans la course à la Maison Blanche.

    Comme elle l'a déclaré après la victoire au mondial de l'équipe américaine à New York en 2019 : « C'est notre responsabilité de rendre le monde meilleur. »

  • « J'ai avorté deux fois et je suis la preuve qu'un avortement peut provoquer l'indifférence ou une déflagration. Je suis la preuve qu'il peut occuper vingt ans ou les seules semaines nécessaires à son accomplissement. Qu'il peut être l'unique issue envisageable ou simplement permettre d'attendre un meilleur moment.
    Alors, j'ai été lasse des discours péremptoires sur les raisons pour lesquelles les femmes devraient y avoir recours et sur ce qu'elles devraient, ou non, ressentir à son occasion. J'ai eu envie d'écouter certaines d'entre elles raconter ce qu'elles avaient vécu, en refusant que d'autres parlent pour elles.
    Ma préoccupation n'était pas le droit à l'avortement mais le droit à la parole de celles qui l'ont expérimenté.
    Le droit à l'avortement est inscrit dans la loi depuis 45 ans mais son exercice doit toujours être discret, si ce n'est secret. La loi nous autorise à avorter, la société nous empêche d'en parler. Nous sommes nombreuses à nous plier à cette loi du silence, parce que la gêne et la culpabilité sont toujours là.
    Je suis cependant convaincue que ce droit sera toujours fragile si nous n'assumons pas pleinement d'y avoir recours comme bon nous semble et si nous pensons le protéger en faisant profil bas, laissant alors au passage certains professionnels de la santé nous malmener.
    Voici donc ce livre, mélange de témoignages et d'une quête personnelle qui m'a transformée.
    Ce sont quelques histoires d'interruption.
    Douloureuses ou anodines. Singulières.
    Une interruption aussi je l'espère, quand bien même furtive, du silence, de la honte et de la colère. ».
    S. V.

  • « En 1974 la guerre est entrée dans ma vie. Elle m'a poussé d'un coup vers un rebord de moi-même que je n'aurais peut-être jamais découvert si mon père avait été simplement français. ».

    En 1974, la plus orientale des îles méditerranéennes est violemment déchirée. Chypre, envahie par la Turquie, est partagée en deux territoires. Le père de l'auteure, l'aîné des Makariou, ne s'en relèvera pas. Comment réparer une telle blessure ?
    Historienne d'art, spécialiste d'art islamique, Sophie Makariou a voué sa vie à ce que son histoire familiale lui semblait lui donner pour ennemi : « la Turquie », et au-delà l'Orient et l'Islam. Elle fait oeuvre de mémoire pour comprendre, s'attache à connaitre pour réparer.
    Ce récit, écrasé de soleil et teinté de sang, tisse et détisse, dans l'amour et l'inquiétude, un « monstrueux accroc », une identité déchirée comme l'a été Chypre. Entrecroisant les parfums et les sons sur la trame de l'histoire, l'auteure observe, dans ces pays aimés plus que tous autres - du Liban à la Syrie, en passant par la Turquie -, comment cette partie du monde que l'on nomme l'Orient est au coeur des convulsions de ce siècle.

    « Le pire du cataclysme est encore à venir. Je sais de la même façon qu'il y a quarante-six ans que la table de l'histoire est en train de se renverser. »

  • L'inceste

    Christine Angot

    • Stock
    • 25 Août 1999

    "Toujours m'appuyer sur des choses annexes, faire des rapprochements, depuis que j'écris, il y a toujours ay d'autres voix, d'autres textes, d'autres choses, un autre angle sous lequel j'essaie de me montrer. Moi et autre chose, toujours. Il faut que je compte sur moi maintenant, le plus proche, le plus réel, pas grand choses, avec l'inceste je ne peux pas me sentir grand chose, le corps, la vie, le lieu où je vis, la comédie que je me joue, dans mes angoisses mes crises de larmes, mes coups de fil, mon intelligence, etc., toutes mes limites, être juste sur ma limite, m'appuyer dessus, comme à la rampe qui monte chez l'avocat. Que tout le monde la voie, ma nullité, mon rien, mon minimum d'être humain, le tout petit écrivain que je suis." Christine Angot a publié quatre romans chez Fayard, Interviews, Léonore, toujours, Les autres, Sujet Angot et un recueil de théâtre, L'usage de la vie.

  • Aria

    Nazanine Hozar

    « Je vais t'appeler Aria, à cause de toutes les douleurs et de tous les amours du monde. ».

    Téhéran, 1953. Par une nuit enneigée, Behrouz, humble chauffeur de l'armée, entend des pleurs monter d'une ruelle. Au pied d'un mûrier, il découvre une petite fille aux yeux bleus, âgée de quelques jours. Malgré la croyance populaire qui veut que les yeux clairs soient le signe du diable, il décide de la ramener chez lui, modifiant à jamais son destin et celui de l'enfant, qu'il nomme Aria.

    Alors que l'Iran, pays puissant et prospère, sombre peu à peu dans les divisions sociales et religieuses, trois figures maternelles vont croiser la route d'Aria et l'accompagner dans les différentes étapes de sa vie : la cruelle Zahra - femme de Behrouz -, qui la rejette et la maltraite, la riche veuve Fereshteh qui l'adopte et lui offre un avenir, et la mystérieuse Mehri, qui détient les clefs de son passé.

    À l'heure où le vent du changement commence à souffler sur l'Iran, Aria, désormais étudiante, tombe amoureuse de Hamlet, un jeune Arménien. Mais, lorsque la Révolution éclate, les espoirs des Iraniens sont rapidement balayés par l'arrivée au pouvoir de l'Ayatollah Khomeini et la vie d'Aria, comme celle du pays tout entier, s'en trouve à jamais bouleversée.

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