Langue française

  • Le titre donné par Silvia Baron Supervielle à ce volume, qui réunit un choix de ses poèmes et dévoile de nombreux inédits, ne pourrait pas être plus heureux. Le mot Marge renvoie non seulement aux espaces blancs de ses pages, mais encore au concept de rive, que son roman La Rive orientale a consacré, et qui s'applique comme une ample métaphore à ses diverses expériences créatives : de la traversée de la traduction, du changement de langue et de pays jusqu'au miroir des rives confrontées qui surgit de la magie de la distance.

  • Françoise Chandernagor nous convie à la lecture des textes de femmes poètes francophones de tous horizons et nous raconte leurs vies si souvent tumultueuses. De ces regards de femmes sur l'amour émerge peu à peu, au sein d'un patrimoine poétique jusqu'ici essentiellement masculin, un chant singulier.
    De la très sensuelle Béatriz de Die à la romantique Marceline Desbordes-Valmore, de la sulfureuse Renée Vivien à la pieuse Marie Noël, des « troubadouresses » aux « garçonnes », des plumes québécoises aux plumes libanaises, voici un panorama incomparable de l'amour à travers neuf siècles d'expression poétique.

  • Ma Douce, entrons dans le jardin abandonné, / Dans le jardin sauvage, exquis et funéraire / Où l'autrefois se plaît à rôder, solitaire / Et farouche, tel un vieux roi découronné.

    Renée Vivien était brillante, amoureuse des femmes, désarmante de candeur et de perversité feinte. Elle était surtout une poétesse admirable en proie à la solitude, hantée par d'impossibles désirs. Celle qu'on surnomma « Sapho 1900 » se voyait comme une nouvelle Anne Boleyn, la reine décapitée. Elle nous laisse des vers d'une beauté et d'une puissance insensées. Dans sa poésie flamboie l'esprit de décadence qui, selon les mots de Verlaine, est « l'art de mourir en beauté » - ce que Renée Vivien a fait tout au long d'une vie trop courte, uniquement dédiée à l'amour et à la littérature.

    Pauline Mary Tarn (1877-1919) est la fille d'une Américaine et d'un Britannique fortunés. Cette aisance lui permet de voyager à travers le monde. Elle finit par s'installer à Paris, et adopte Renée Vivien pour nom de plume. Elle s'éteint à 32 ans, après deux ans d'une lente agonie durant laquelle, ne se nourrissant plus, elle sombre dans l'alcool et la drogue.

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