Gallimard

  • Dans ce premier recueil de nouvelles, Zadie Smith allie son inimitable pouvoir d'observation et sa voix unique pour explorer les arcanes du monde moderne. Entrelaçant les thèmes, les registres et les points de vue, elle nous invite à la rencontre d'un cortège de personnages : un homme dont c'est le dernier jour sur terre, une quadragénaire revivant par la pensée ses années d'université et s'interrogeant sur la versatilité du désir, un groupe de touristes anglais déconnectés des réalités, des célébrités américaines en fuite... Rivalisant d'humour et d'exquise perspicacité, Zadie Smith excelle dans la restitution des dialogues et donne vie et relief à ces histoires saisissantes.
    Éclectique, rythmé et profondément original, Grand Union questionne les héritages qui nous hantent, les appartenances culturelles, les relations familiales, l'identité raciale ou encore la pluralité de la condition féminine. La part belle est d'ailleurs faite aux personnages de femmes, et aux femmes noires en particulier : jeunes, âgées, mères, amantes, au fil des nouvelles elles forment une éclatante constellation. Avec ce recueil, Zadie Smith s'autorise absolument tout, pour notre plus grand plaisir.

  • On part en montagne pour éprouver la solitude, pour se sentir minuscule face à l'immensité de la nature. Nombreux sont les imprévus qui peuvent se présenter, d'une rencontre avec un cerf au franchissement d'une forêt déracinée par le vent. Sur un sentier escarpé des Dolomites, un homme chute dans le vide. Derrière lui, un autre homme donne l'alerte. Or, ce ne sont pas des inconnus. Compagnons du même groupe révolutionnaire quarante ans plus tôt, le premier avait livré le second et tous ses anciens camarades à la police. Rencontre improbable, impossible coïncidence surtout, pour le magistrat chargé de l'affaire, qui tente de faire avouer au suspect un meurtre prémédité. Dans un roman d'une grande tension, Erri De Luca reconstitue l'échange entre un jeune juge et un accusé, vieil homme « de la génération la plus poursuivie en justice de l'histoire d'Italie ». Mais l'interrogatoire se mue lentement en un dialogue et se dessine alors une riche réflexion sur l'engagement, la justice, l'amitié et la trahison.

  • Entre le corps d'Amalia, qui flotte dans la mer, à l'aube, mystérieusement noyé, et le corps de Delia, sa fille, exposé à la violence, au sang et à la pluie d'une Naples au ciel plombé et aux rues hostiles, se déroule ce thriller familial, sensuel et désespéré, dont les rebondissements vous griffent le coeur. Qu'est-il arrivé à Amalia ? Qui se trouvait avec elle la nuit de sa mort ?
    Pourquoi n'est-elle vêtue que d'un soutien-gorge neuf quand on la retrouve ? A-t-elle vraiment été, comme le portent à penser les dernières heures de sa vie, la femme que sa fille a toujours imaginée, ambiguë et insatiable, prête à de secrètes déviations, capable d'échapper dans la ruse et la grâce à la surveillance obsédante de son mari ? Qui est Caserta, ce vieil ami d'Amalia, une victime ou un bourreau ? Quels sont ces hommes qui entravent et révèlent le destin de Delia ? Le parcours qui conduira Delia des funérailles de sa mère à l'évocation toujours plus détaillée de la figure troublante de cette génitrice, et au dénouement imprévisible de l'histoire, est constellé de soubresauts de la mémoire, de gestes de répulsion et d'amour, de scènes glaçantes.

  • Deux ans avant qu'il ne quitte la maison, mon père dit à ma mère que j'étais très laide. »   Giovanna, l'enfant unique d'un couple de professeurs, vit une enfance heureuse dans les hauteurs de Naples. L'année de ses douze ans, elle surprend une conversation dans laquelle son père la compare à Vittoria, une tante à la réputation maléfique. Bouleversée par ce rapprochement aussi dévalorisant qu'inattendu, Giovanna va chercher à en savoir plus sur cette femme. En fouillant, elle découvre de rares photos de jeunesse de son père aux côtés d'une silhouette mystérieusement recouverte de feutre noir. Elle décide alors, en secret, d'aller à la rencontre de cette tante Vittoria habitant les quartiers pauvres de Naples, milieu d'origine de son père. Dans cette partie de la ville qui lui était inconnue, la jeune adolescente découvre un monde inédit, un autre univers social, et l'occasion de percer à jour toutes les choses qui jusqu'à présent lui avaient été dissimulées. En ouvrant les yeux sur les mensonges et les hypocrisies qui régissent la vie des adultes, Giovanna cherche sa voie, tiraillée entre le milieu bourgeois, polissé, de ses parents et celui plus sincère et spontané de sa famille paternelle.

  • Louise Glück compte depuis longtemps parmi les voix majeures de la poésie contemporaine outre-Atlantique. Son oeuvre, née de l'expérience et de la voix d'une femme, traverse le féminin tout en lui résistant car la biographie, quand elle a eure dans ses poèmes, ne subsiste que comme trace : l'événement, déjà passé au tamis du langage, laisse place à sa profondeur, à son interprétation, à l'interrogation.
    Le jardin où l'on croise furtivement John, un mari qui cultive des plants de tomates, ou encore un fils, Noah, prend ainsi dans L'iris sauvage une dimension biblique et mythologique pour finalement devenir l'espace imaginaire où se déploie une vaste polyphonie. Louise Glück y fait entendre à la fois la voix des fleurs interpellant leur Créateur, celle de ce même Créateur se penchant sur sa Création, et la voix humaine questionnant sa propre finitude, notamment par un regard distancié sur la vie quotidienne. Dans cette chambre d'échos métaphysique, on trouvera portée à son comble une poétique de la renaissance qui est au coeur de l'oeuvre glückienne.
    Par une écriture qui emploie le langage de tous les jours, sublimé par le travail du vers et par les multiples résonances au sein des poèmes, où précision, coupes abruptes, ellipses tendent à souligner l'acuité de sa vision, Louise Glück parvient à dire la beauté tragique de toute vie sur terre, le temps d'une floraison.
    Ce recueil d'une originalité incomparable, à la composition parfaite, a été récompensé du prix Pulitzer de poésie à sa parution en 1992 et a marqué un tournant décisif dans l'oeuvre de Louise Glück.

  • Depuis la parution de son premier recueil en 1968, Louise Glück n'a eu de cesse de réinventer son art, tout en créant une voix immédiatement reconnaissable, par son mélange de retenue et d'affirmation, son lyrisme visant l'universalité. Dans Nuit de foi et de vertu, paru aux États-Unis en 2014 et récompensé par le National Book Award for Poetry, Louise Glück utilise, en apparence du moins, les ressources de la narration, subtilement détournées au profit de sa poésie, pour explorer le mystère du commencement et de la fin d'une histoire, qui peuvent être aussi ceux d'une vie.
    Ce sont des fragments de récit, mêlant impressions fugaces et détails, qui se répètent et se font écho. Le je qui raconte un souvenir surgi de son passé peut être celui d'une femme dans un poème, puis d'un homme dans le suivant. D'ailleurs s'agit-il d'un moment vécu ou d'un rêve ? Car la forme d'épopée intime propre au rêve, dont les libres associations viennent sans cesse dévier la trajectoire, semble se confondre avec celle du poème. Dans une écriture d'une grande musicalité, dont la beauté vient en partie de l'extrême simplicité, d'amples visions poétiques se déploient, portées par des voix toujours au bord de la confession. Dans cette partition magistrale, Louise Glück parvient une fois de plus à restituer à l'expérience humaine toute son énigme.

  • Magnifique portrait de femme, Poupée volée est une réflexion lucide sur la difficulté d'être mère, à laquelle l'écriture puissante et viscérale d'Elena Ferrante confère toute son universalité.

  • Lark et Robin sont demi-soeurs, profondément di érentes et pourtant très liées. Tandis que Lark, l'aînée, est réservée et studieuse, Robin a un tempérament farouche et artistique a rmé. Elles sont élevées à Montréal par une mère célibataire distante chérissant plus que tout sa propre indépendance. Le lien entre les deux soeurs n'en est que renforcé. Lark excelle dans ses études et développe un intérêt pour le cinéma et l'art du montage en particulier ; Robin quant à elle se découvre un incomparable talent pour le piano. Lorsque Lark part faire ses études aux États-Unis, sa soeur ne tarde pas à la rejoindre.
    Leur vie à New York les met cependant à l'épreuve. Lark alimente son goût pour les films documentaires auprès de professeures inspirantes sans pour autant trouver sa voix propre et doute de ses capacités de réalisatrice. Robin de son côté est acceptée à la prestigieuse école Juilliard mais lutte avec ses enseignants qui la brident et n'aspirent à faire d'elle qu'une pure technicienne. Sous cette pression, leurs chemins divergeront radicalement. Pourtant, des années plus tard, le destin les réunira de façon inattendue.
    Copies non conformes dresse avec tendresse et précision le portrait de ces deux soeurs au fil de leur vie, mais aussi de deux femmes face à leurs talents respectifs. Alix Ohlin interroge brillamment le rapport entre la passion et la technique, l'originalité et la contrainte du cadre. Dans un style limpide et délicat, elle parvient à capturer le langage unique des frères et soeurs et à révéler l'imperceptible lien qui nous relie à ceux qu'on aime, nous offrant ainsi un roman bouleversant sur la sororité, l'ambition, le désir, l'art et la maternité.

  • Hannah, Cate et Lissa sont jeunes, impétueuses, inséparables. Dans le Londres des années 90 en pleine mutation, elles vivent ensemble et partagent leurs points de vue sur l'art, l'activisme, l'amour et leur avenir, qu'elles envisagent avec gourmandise. Le vent de rébellion qui souffle sur le monde les inspire. Leur vie est électrique et pleine de promesses, leur amitié franche et généreuse. Puis les années passent, et à trente-cinq ans elles ne sont pas celles qu'elles s'imaginaient être. Entre la remise en cause de leur indépendance, des carrières plus ou moins épanouissantes et des mariages chancelants, toutes trois sont insatisfaites et chacune convoite ce que les deux autres semblent posséder. Qu'est-il arrivé aux femmes qu'elles étaient supposées devenir ? Dans ce roman tout en nuances sur les différentes facettes de l'amitié au fil du temps, Anna Hope tisse avec élégance et délicatesse la vie de ces trois héroïnes contemporaines. Elle sonde les différentes façons de trouver son identité de femme, mais aussi de mère, de fille, d'épouse ou d'éternelle rebelle, et explore cet interstice entre les espérances et la réalité, cet espace si singulier fait de rêves, de désirs et de douleurs où se joue toute vie.

  • Un secret de famille dans les coulisses du cinéma et du milieu littéraire   Une après-midi d'hiver de 1980, en plein coeur de Londres, Elise Morceau rencontre Constance Holden et tombe instantanément sous son charme. Connie est audacieuse et magnétique, une écrivaine à succès dont le dernier roman est adapté au cinéma par l'un des plus gros studios d'Hollywood. Elise suit Connie à Los Angeles, la ville par excellence du rêve et de l'oubli. Mais tandis que Connie s'enivre de l'énergie de cette nouvelle vie où tout le monde s'enveloppe de mensonges et tente d'atteindre les étoiles, Elise commence à perdre pied. Au cours d'une fastueuse soirée hollywoodienne, elle surprend une conversation qui l'entraînera à prendre une décision radicale qui pourrait bouleverser sa vie.
      Trois décennies plus tard, en 2017, Rose Simmons cherche des réponses sur le passé de sa mère, Elise, qui a disparu sans laisser de traces alors qu'elle n'était qu'un bébé. Rose a découvert que la dernière personne à avoir vu sa mère est Constance Holden, une écrivaine recluse et oubliée qui s'est retiré de la vie publique alors qu'elle était au sommet de sa gloire. Rose se retrouve irrépressiblement attirée sur la piste de Connie, en quête d'indices sur les secrets de son passé.
      Les chapitres alternent entre l'histoire d'Elise en 1980 et celle de Rose en 2017. Ce roman lumineux au souffle romanesque puissant nous emporte dans une quête d'identité remarquablement orchestrée. Au travers de personnages énigmatiques et inoubliables, Jessie Burton nous dévoile les coulisses des milieux littéraire et cinématographique ainsi que l'envers de la création artistique, de la fiction et de la maternité.

  • La colonelle

    Rosa Liksom

    "Je suis née en un temps de haine. Je suis devenue femme en un temps de haine et de vengeance". Une nuit, une vie. Désormais une femme âgée, la Colonelle se souvient de sa propre histoire au cours d'une nuit. Son père et son milieu ont fait d'elle une jeune fille impliquée dans les cercles nationalistes ; son mari, le Colonel, a fait d'elle une nazie finlandaise. Il avait trente ans de plus qu'elle et, très vite, leur relation et leur mariage ont été marqués parla passion et la violence.
    Avec La Colonelle, Rosa Liksom livre le portrait d'une femme complexe, à la fois libérée sexuellement et ouverte aux tendances les plus autoritaires, à la fois soumise à son mari et sujette à de véritables extases dans la nature. Dans un style âpre et lumineux, c'est l'histoire d'une femme qui, très tôt, a perdu le contrôle de son avenir. C'est le destin d'une femme emblématique de l'histoire de la Finlande, pays forcé de combattre à la fois la Russie et le Troisième Reich.
    Que peut-on pardonner ? Et combien de fois peut-on recommencer sa vie ?

  • C'est un soir de réveillon de Noël. Autour de la table, sept femmes attendent un homme. Ce sont toutes les femmes de la vie de Vittorio, un écrivain à la carrière déclinante. Sont présentes sa mère et sa soeur, mais aussi sa femme, son ex-femme et son amante, sa fille adulte et la benjamine, adolescente. Mais celui-ci ne se montre pas. Tandis que toutes s'impatientent, Lucrezia, la mère de Vittorio reçoit un mystérieux message de son fils : quelques mots, évoquant une année sabbatique, rendent son absence d'autant plus perturbante. La disparition est annoncée, néanmoins une enquête est ouverte. Les mois passent sans que l'homme ne se manifeste. Entre temps, un nouvel équilibre est venu régir les relations entre ces femmes : les sentiments d'hostilité qui gouvernaient leurs rapports laissent place à une complicité inattendue. Car si Vittorio était leur dénominateur commun, il était aussi la raison de leur rivalité.Dans ce roman chorale, ancré dans un milieu bourgeois milanais, chaque chapitre est narré du point de vue de l'une de ces femmes, dans un style différent selon leur âge et leur statut. Caterina Bonvicini s'amuse à jouer avec les codes du roman policier et propose une comédie mordante qui souligne la pression exercée par le regard des autres et les carcans imposés par l'entourage et la société.

  • Ariel

    Sylvia Plath

    Sylvia Plath (1932-1963) compte parmi les plus grands poètes anglo-saxons contemporains.

  • « En des temps meilleurs, on parlait de perspective critique ou de vision du monde alternative. Aujourd'hui, en Inde, on dit sédition. » Mon coeur séditieux réunit le travail de vingt ans de réflexion et d'engagement. En 1998, après le magistral Dieu des Petits Riens, Arundhati Roy prend la plume pour s'élever contre le programme nucléaire indien dans plusieurs essais qui signeront le début de son combat politique. Au travers d'une quarantaine de textes, dont plus de la moitié sont inédits en France, elle s'intéresse aux dynamiques de pouvoir en jeu au sein des gouvernements des puissances mondiales. Que ce soit dans le passionnant et engagé En marche avec les camarades ou dans l'éloquent Le docteur et le saint, Arundhati Roy ne se lasse pas de défendre ses convictions au travers d'essais qui questionnent notre monde et ses inégalités. Les grands barrages, la politique américaine, la guerre en Irak, rien n'échappe à son regard aiguisé. Dans un environnement de plus en plus hostile, elle décrit avec toujours autant de férocité et de clairvoyance le combat des opprimés, les injustices de castes ou les tragédies écologiques.Elle observe, comme écrivaine et comme citoyenne du monde, l'évolution de la société des années quatre-vingt-dix à nos jours. Son écriture radicale met à la portée de tous une réflexion passionnante d'une extrême actualité.

  • Le néoréalisme italien traduisait les anachronismes et les paradoxes d'un pays en gestation, chloroformé par vingt années de dictature, et soudain réveillé par les horreurs de la guerre. Telle est l'optique dans laquelle se situe La mer ne baigne pas Naples. Paru en 1953, ce livre révélait la personnalité marquante d'un nouvel auteur. Or, à près de quarante années de distance, et aussi bien comme document sur Naples que comme témoignage littéraire, il n'a rien perdu de sa force et de son originalité.
    Deux nouvelles et trois "reportages" composent le recueil. Le naturalisme des deux nouvelles prélude, tel le trompe-l'oeil d'un rideau de scène, aux descriptions goyesques de L'or de Forcella et de La ville involontaire, ainsi qu'à la visite du royaume des morts que constitue Le silence de la raison. Dans ce dernier texte, l'évocation des intellectuels napolitains, dont l'auteur partagea la jeunesse et les enthousiasmes à la fin de la guerre, se mêle au déchirement des illusions perdues et à la lucidité implacable du jugement.
    Et peu importe si le lecteur français ne connaît guère les écrivains en cause : ici, c'est le regard d'Anna Maria Ortese qui compte et qui envoûte, c'est la ferveur d'une intelligence et l'authenticité d'une vision.

  • Au coeur d'une grande capitale latino-américaine qui bascule dans la guerre civile, Adelaida Falcón doit se battre au quotidien pour survivre au milieu des combats. Courageuse, lucide et pragmatique, elle fera tomber toutes les barrières pour s'échapper de ce monde apocalyptique.
    Adelaida Falcón vient d'enterrer sa mère lorsque de violentes manifestations éclatent à Caracas. Isolée et atterrée, Adelaida incarne la détresse d'une partie de la population qui voit le pays dans lequel elle a grandi plonger dans une guerre civile. Son appartement ne tarde pas à être « occupé » par un commando de femmes paramilitaires qui la dépouille de toutes ses affaires au nom de la Révolution. Mais au lieu de quitter l'immeuble, Adelaida tente de trouver refuge chez Aurora Peralta, une voisine espagnole qu'elle découvre morte dans son salon, sans que l'on sache comment elle est décédée. Pour éviter d'être inculpée de meurtre, elle se débarrasse du cadavre et décide de s'approprier, à son tour, des affaires d'Aurora, car elle a tout perdu.
    Ce ne sont que les premiers pas qui vont la conduire, avec un naturel effrayant, à s'emparer aussi du passeport espagnol de la défunte, à supplanter Aurora Peralta et annoncer à sa famille qu'après tant d'années d'absence, elle rentre à Madrid.

  • Nous sommes en Roumanie, en janvier 1945 : la population germanophone de Transylvanie vit dans la peur de la déportation. Cette mesure, exigée par le nouvel allié soviétique de Bucarest, vise une population soupçonnée d´avoir soutenu l´Allemagne nazie pendant la guerre. Le jeune Léopold sait qu´il est sur la liste. Il prépare sa petite valise, des affaires chaudes, quelques livres, puis, quand la police roumaine vient le chercher à trois heures du matin, par - 15° C, il reçoit les mots de sa grand-mère «Je sais que tu reviendras» comme un viatique.
    L´usine de charbon, la tuilerie, la cimenterie, des baraquements élémentaires, une ration de pain et deux rations de soupe par jour, les diarrhées et les poux : tel sera le quotidien de Léopold pendant cinq ans. La Bascule du souffle nous invite à lire la chronique terrifiante de ces années de froid, de faim et de découragement qui tuent dans un camp de travail en Russie. Mais la singularité du livre de Herta Müller réside dans sa faculté incomparable de transcender le réel, de l´illuminer de l´intérieur. Sous sa plume, le camp devient un conte cruel, une fable sur la condition humaine. Ici les arbres parlent, le ciment boit, la pendule a mal à son ressort cassé, la faim voyage dans le corps d´un ange, et le coeur, dans une pelle.
    Herta Müller souhaitait écrire ce livre à quatre mains avec le poète germano-roumain Oskar Pastior - le modèle de Léopold - mais ce projet fut interrompu par sa mort. La prose de Herta Müller, poétique et maîtrisée, sèche et puissante, toujours surprenante, lui rend hommage de la plus belle manière qui soit. Certes, La bascule du souffle aborde un tabou historique, mais s´impose surtout comme une oeuvre de portée universelle. Un événement bouleversant.

  • Une romancière cubaine en panne d'inspiration est poussée par son éditeur à s'essayer à l'écriture d'un roman érotique. Elle trouvera finalement le sujet de son livre en même temps qu'un nouvel amant, l'homme d'affaires Richard Soler : ce sera l'aventure d'un triangle amoureux formé de deux danseurs, Canela et Juan, et d'un photographe, Peter, en pleine déprime. Si la Cubaine Canela et l'Andalou Juan ont d'abord du mal à s'accorder et à surmonter des sensibilités artistiques assez opposées, la danse finira par les unir, mais aussi par mettre en danger de mort Canela, dont le ténébreux mari est jaloux. Heureusement, l'éditeur change d'avis et la romancière doit tout reprendre de zéro... Zoé Valdés entremêle habilement plusieurs histoires, enchâssées les unes dans les autres, et déploie son imagination débridée et sa sensualité dans une trame romanesque des plus originales. La vie de l'écrivain fait ainsi irruption dans l'existence des personnages, et les deux mondes finissent par se mélanger. Cette manière très insolite d'entraîner le lecteur dans son univers haut en couleur constitue une nouvelle preuve de son grand talent.

  • Intransigeante sur ses principes, Arundhati Roy a délaissé le roman pour ne plus écrire que des textes de combat, reflétant un engagement politique aussi intègre que virulent. A cet égard, ce nouveau recueil constitue le prolongement logique du Coût de la vie, paru il y a dix ans. Dans ces articles polémiques, elle dénonce des scandales et atrocités survenus en Inde : le massacre planifié de musulmans, perpétré en toute impunité ; la parodie de justice infligée à un « terroriste » soupçonné d'avoir participé à un attentat contre le Parlement ; la corruption du système judiciaire ; la répression et la terreur qui règnent au Cachemire ; et enfin les mensonges médiatiques entourant les récents attentats de Bombay. Ce volume a donc l'immense mérite de mettre en lumière les dérives scandaleuses et méconnues de la « plus grande démocratie du monde », dont Roy n'a de cesse de stigmatiser le basculement vers ce qu'elle qualifie de « fascisme », à savoir l'association explosive d'un libéralisme économique effréné et d'une crispation identitaire (nationalisme fanatique et fondamentalisme religieux hindouiste). Mais cette attention aux dysfonctionnements nationaux n'est pas, et de loin, le seul mérite de ce livre. Car dans ses meilleurs textes, Arundhati Roy élargit son propos pour une réflexion à la fois sombre et militante sur la multiplication des génocides dans le monde (« En écoutant les sauterelles », qui évoque notamment le génocide arménien), ou sur la possibilité de mettre sur pied un mouvement démocratique de base pour résister à la fois à la répression d'Etat, à la confiscation des ressources économiques par les multinationales et à tous les fanatismes). Elle se permet même une brève incursion dans la fiction avec une parabole énigmatique mais fascinante sur les excès de la mondialisation. Un ouvrage volontairement polémique qui témoigne d'une grande exigence morale, servi par l'éloquence et l'élégance d'une écriture combative.

  • Durant l'hiver 1918-1919, marina tsvetaieva, vingt-six ans, vit encore à moscou, où elle affronte seule les temps terribles du communisme de guerre.
    Elle est déjà le grand poète qui s'affirmera dans l'émigration, à prague et à paris, avant de retourner en russie soviétique où l'attend, en 1942, une fin tragique.
    Dans moscou affamé et glacé, elle a fait la connaissance des jeunes comédiens du studio de vakhtangov. elle a envie de mettre son talent sur coup six petites pièces en vers - théâtre et poésie à la fois - qu'elle réunira sous le titre de romantika, " pièces romantiques " : six études dramatiques brèves, dans la triple tradition de pouchkine, de musset et d'alexandre blok, où la convention stylisée masque et révèle l'inquiétude historique et existentielle.
    Six poèmes où s'invente un " théâtre de l'ame " qui met en jeu, avec tendresse et rigueur, les hasards de l'amour, de la vie et de la mort. les personnages y émergent d'un dix-huitième siècle rêvé ; on y voit un casanova douloureux et superbe donner la réplique à de poétiques figures féminines, emblèmes d'éternité en des temps de trouble. le texte (sa musique, sa vitesse, son délicat système d'images) s'affirme comme la seule substance qui soit sentie comme réalité, le seul festin possible parmi la peste du monde.

    On a tenté ici, pour la première fois, une traduction complète et cohérente de romantika.

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