Flammarion

  • « La vie est en soi quelque chose de si triste qu'elle n'est pas supportable sans de grands allègements », nous dit Flaubert. Ces « grands allègements », ces échappatoires, Mona Ozouf les a trouvés dans les arts, l'histoire, le rapport à l'autre.
    En évoquant tour à tour Henry James, George Eliot mais aussi la Révolution française, l'historienne fait l'éloge de la littérature comme accès à l'ambiguïté du réel et promeut les manières comme rempart contre la barbarie ; elle s'interroge sur la singularité d'une écriture féminine et évoque sa conception d'un féminisme qui laisse une place à la différence entre les sexes.
    À bonne distance de tous les enrôlements et de toutes les assignations identitaires, Mona Ozouf maintient inébranlable le souci d'une ligne originale et nous livre ses secrets, ses « échappées belles » qui rendent la vie meilleure.

  • Evoque le conflit entre les normes morales imposées dès le plus jeune âge et son propre ressenti qui se manifeste par des maux corporels. Dans une première partie, illustre le propos à partir de biographies d'écrivains célèbres puis indique de quelles façons rompre le cercle vicieux de l'automystification.

  • Dénonçant l'imminence dune crise de l'éducation dans les systèmes démocratiques, la philosophe démontre, à partir d'exemples d'expériences pédagogiques aux Etats-Unis et en Inde, l'importance pour la construction d'une pensée critique des futurs citoyens d'un enseignement accordant une place aux humanités et aux arts plutôt qu'à la seule finalité économique.

  • La psychose, la drogue, la criminalité sont-elles les répercussions codées des expériences des premières années de la vie ?
    Alice Miller dénonce les méfaits de l'éducation traditionnelle, qui a pour but de briser la volonté de l'enfant pour en faire un être docile et obéissant. Elle montre comment les enfants battus battront à leur tour, les menacés menaceront, les humiliés humilieront. Car à l'origine de la pire violence, celle que l'on s'inflige à soi-même ou celle que l'on fait subir à autrui, on trouve presque toujours le meurtre de l'âme enfantine.
    Cette « pédagogie noire », selon l'expression de l'auteur, est illustrée par des textes des xviiie et xixe siècles, stupéfiants ou tragiques, reflétant les méthodes selon lesquelles ont été élevés nos parents et nos grands-parents, et par trois portraits d'enfances massacrées : celle de Christine F., droguée, prostituée, celle d'un jeune infanticide allemand et enfin celle d'Adolf Hitler, que l'on découvrira ici sous un jour tout à fait inattendu.

  • Ouvrez les yeux, nous dit Alice Miller de livre en livre. Ouvrez les yeux sur ce que vous avez subi étant enfant. Nous bâtissons de hautes murailles pour nous protéger de la douloureuse histoire de notre propre enfance.
    « Il n'est pas vrai, écrit Alice Miller, que le mal, la destruction, la perversion fassent nécessairement partie de l'existence humaine, même si on le répète sans arrêt. Mais il est vrai que le mal se reproduit sans cesse, et qu'il engendre pour des millions d'êtres humains un océan de souffrance qui pourrait être évité. Lorsque sera levée l'ignorance résultant des refoulements de l'enfance, et que l'humanité sera réveillée, cette production du mal pourra prendre fin. »

  • Sauver notre vue est un devoir. Plutôt que de nous enfermer dans la dépression ou le déni des souffrances subies durant notre enfance, nous devons chercher à nous en sortir en comprenant quels sont nos vrais besoins.

    Accepter de se confier, apprendre à aimer l'enfant que l'on fut, lever le refoulement et vivre ses émotions enfouies (peur, indignation, colère), tel est le chemin vers la libération intérieure.

    Dernier ouvrage publié par Alice Miller, ce livre rassemble ses dernières recherches, des interviews, des réponses à des lettres de lecteurs ainsi que des extraits de journal, résumant une méthode thérapeutique éprouvée et une pensée lumineuse.

  • Et si l'histoire des femmes ne se réduisait pas à une longue chronique de l'oppression patriarcale? Prenant le contre-pied d'une pensée féministe répandue, Christopher Lasch montre le caractère paradoxal de l'émancipation des femmes et insiste sur le rôle qu'elles ont joué dans leur propre soumission : croyant se libérer du patriarcat traditionnel, elles se sont en réalité assujetties à un nouveau paternalisme, celui de la société de consommation et de l'État libéral.
    Proposant une réflexion solide sur la désintégration de la famille contemporaine, ce recueil d'articles, composé de la main de l'auteur peu de temps avant sa mort, constitue une excellente introduction aux grands thèmes de la pensée de Lasch.

  • Si la religion est omniprésente dans la réflexion de Freud, l'islam en est absent. On mesure à ce constat la richesse de la perspective ouverte ici : mettre au jour les refoulements constitutifs de la religion islamique.Partant de la crise contemporaine de l'islam et de son symptôme le plus visible qu'est l'islamisme, ce livre entreprend d'explorer les origines de l'islam. Pour interpréter cette «césure du sujet de la tradition» qui prend la forme d'un désespoir de masse, Fethi Benslama relit les textes fondateurs, gardés par un long règne d'interdit de penser.L'altérité féminine y apparaît comme la nervure centrale du refoulement propre à l'islam. Face à un dérèglement profond de la relation entre le réel et les formes symboliques que trahissent les extrémismes, l'analyse conduit alors vers des questions demeurées impensées, telle l'affirmation coranique selon laquelle Dieu n'est pas le père.

  • Constatant que le voile est devenu un emblème identitaire de l'islam, l'auteur met en évidence un paradoxe : au sein d'une religion qui interdit les images, le voile fait image. Il transforme les femmes en icônes vivantes du refus de la figure. Analysant le «Coran», l'art orientaliste et l'actualité, il propose une lecture inédite des stratégies à l'oeuvre derrière le voile.

  • Vienne, 26 avril 1921, dans le cabinet du professeur Freud.

    Allongée sur le divan, Anna G. lui déclare : "Je vous aime d'une façon si indescriptible, comme jamais auparavant je n'ai aimé quelqu'un." Cette jeune femme de vingt-sept ans est entrée en analyse il y a un mois. Elle a quitté Zurich pour la capitale autrichienne, laissant derrière elle son fiancé, sa famille et le Burghblzli, la clinique où elle exerce le métier de psychiatre. Après sept ans de fiançailles vécues dans l'ambivalence et le doute, son mariage est annoncé pour l'automne.
    Cependant, Anna G. continue d'hésiter. La découverte posthume de deux cahiers d'écolier, dont Anna G.
    N'avait jamais parlé et qu'elle ne destinait pas à la publication, jette une lumière inattendue sur Freud : une partie des séances et des propos échangés y sont consignés. A l'écoute des rêves, des associations, des fantasmes sexuels de son analysante, Freud, alors en pleine maturité, explique, interprète, provoque, sonde.
    Et il évoque ses propres théories: le complexe d'OEdipe, le transfert, le cas Dora, le fantasme de l'enfant battu (que sa fille, prénommée Anna elle aussi, lui a inspiré)...
    La petite-fille d'Anna G., Anna Koellreuter, docteur en philosophie et analyste à Zurich, a dirigé l'édition de cet ouvrage, paru en 2009 en Allemagne. Elle a convié des historiens et des psychanalystes allemands et anglo-saxons à réagir à ce document exceptionnel, témoignage aussi de la façon dont une jeune femme peut, par l'analyse, sortir d'une souffrance affective et se découvrir un nouveau destin.

  • Justice, genre et famille Le droit, les moeurs et les pratiques sociales tendent à représenter la famille comme un domaine séparé, exclusif de toutes considérations s'exprimant en termes de justice et d'égalité - lesquelles sont conçues comme relevant du domaine « public ». Considérant que « le mariage et la famille, tels qu'ils sont pratiqués dans notre société, sont des institutions injustes », Susan Moller Okin refuse toutefois de se contenter de montrer en quoi ils favorisent l'inégalité entre les hommes et les femmes. Car il faut aussi et surtout, à ses yeux, défendre la nécessité d'étendre la réflexion sur la justice à la sphère familiale. Justice, genre et famille fut ainsi conçu comme un complément indispensable à la Théorie de la justice de John Rawls, parce que cette oeuvre qu'elle admirait tant n'avait pas répondu à la question que, pour sa part, elle résolut de faire sienne : « Dans quelle mesure est-il possible de faire co-exister la justice et le genre ? ». Dix-huit ans après la Théorie de la justice, le majestueux effort critique entrepris par Okin consista donc avant tout à s'efforcer de réintroduire dans la pensée toute une dimension du problème de la justice que Rawls, tout en le posant si bien, avait sur ce point manqué.

  • Plus d´un siècle après sa naissance, la psychanalyse est toujours l´objet de controverses et d´attaques virulentes. Son histoire est jalonnée de batailles et de remises en question qui montrent la nécessité d´examiner sa place dans la société, d´interroger son épistémologie, afin de maintenir vivants son développement et sa transmission en sortant d´une position essentiellement défensive.
    Les détracteurs contemporains puisent dans les dogmes modernes de la science les éléments de leur contestation, mais Freud en avait déjà anticipé les principales tendances.
    En développant une généalogie de l´interprétation, un des concepts clefs de la théorie et de la pratique psychanalytique, l´auteur entreprend de resituer les différentes critiques dans leur contexte historique. La psychanalyse est ici en débat avec l´herméneutique (en montrant comment le freudisme en modifie son histoire), avec la science (en partant de la querelle entre les sciences de la nature et les sciences de l´esprit), enfin avec la philosophie du langage (puisque Wittgenstein se présentait comme un « disciple » de Freud).
    Trois temps, trois débats, trois perspectives théoriques dont les racines permettent de renouer le fil d´un conflit moderne des paradigmes.


  • «L'anatomie, c'est le destin», tel est le maître mot de la
    tradition patriarcale dans laquelle s'inscrit Freud, et qui
    ne retient du masculin que la verticalité, emblème du
    pouvoir. Or, en réduisant la masculinité à son symbole,
    on relègue la vulnérabilité, la peau, la chair, le viscéral
    du côté du féminin, d'où le paradigme de l'écorché.
    Ce clivage - le sensoriel à la mère, l'esprit au père - traverse
    la culture occidentale depuis ses origines grecques
    et chrétiennes - ce qu'éclaire l'anthropologie, avec les
    travaux de Claude Lévi-Strauss, Françoise Héritier et
    Nicole Loraux. Captive de cet héritage, notamment en ce
    qui concerne la définition de la fonction paternelle, la
    psychanalyse la remet cependant en cause en interrogeant
    l'érotique masculine, centrée sur un phénomène
    d'irruption incontrôlable.



  • La définition ablative du féminin - «sexe auquel manque le
    morceau estimé par-dessus tout» - domine la construction
    freudienne au point de faire oublier les déclarations inaugurales
    qui campent un Freud crypto-féministe, faisant sienne la
    «protestation» adressée par les femmes à la civilisation. En
    s'engageant ainsi en territoire féminin, Freud construit le modèle
    d'un espace psychique - l'«espace creux», offrant une «fente
    étroite» - pouvant aussi bien se défendre contre la pénétration
    de «tout corps étranger» effracteur que l'accueillir en son sein. Il
    s'étaie sur cette représentation pour doter tout psychisme d'une
    topique héritée du paradigme féminin et fondant les opérations
    soit de refoulement, soit d'ouverture et d'«admission».
    Comment comprendre qu'une fois devenue propriété de tout
    psychisme, cette fonction de l'espace interne soit, dans la suite de
    l'oeuvre, déconnectée de la dynamique féminine ? Faisant retour
    au Freud des origines, Monique Schneider entreprend de
    dégager les prémisses d'une jouissance s'ouvrant moins sur la
    quête phallique que sur la découverte onirique, à l'intérieur de
    soi, d'une «chambre supplémentaire». Soulignant ce qui
    déconcerte le rapport au vouloir, elle écrit : «On ne saurait
    vouloir le féminin ; on ne peut le rencontrer que comme
    suspension de la logique phallique, comme une expérience
    s'imposant, à tous les sens du terme, comme renversante.»


  • Comment être parents de nos jours ? Faut-il être laxiste ou sévère ? Doit-on tout dire aux enfants ? Doit-on leur parler comme à des adultes ? Tandis qu'évolue la fonction paternelle, que la différence des sexes s'estompe, qu'une exigence de transparence s'impose vis-à-vis des enfants, les parents d'aujourd'hui s'affolent et perdent pied.
    Face à ces petits adultes miniatures, ils sont souvent désemparés, culpabilisés, voire infantilisés. Trop de parents attendent de la psychanalyse des recettes simples, rapides et valables pour tous, qu'il suffirait d'appliquer. Au-delà des réponses toutes faites, et à travers des dizaines de cas pratiques tirés de l'expérience et de la clinique, l'ouvrage de Catherine Vanier ouvre aux parents une autre voie d'accès à la psychanalyse.

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