Maylis de Kerangal

  • «Le coeur de Simon migrait dans un autre endroit du pays, ses reins, son foie et ses poumons gagnaient d'autres provinces, ils filaient vers d'autres corps.» Réparer les vivants est le roman d'une transplantation cardiaque. Telle une chanson de geste, il tisse les présences et les espaces, les voix et les actes qui vont se relayer en vingt-quatre heures exactement. Roman de tension et de patience, d'accélérations paniques et de pauses méditatives, il trace une aventure métaphysique, à la fois collective et intime, où le coeur, au-delà de sa fonction organique, demeure le siège des affects et le symbole de l'amour.

  • Canoës Nouv.

    Canoës

    Maylis de Kerangal

    « J'ai conçu Canoës comme un roman en pièces détachées : une novella centrale, «Mustang», et autour, tels des satellites, sept récits. Tous sont connectés, tous se parlent entre eux, et partent d'un même désir : sonder la nature de la voix humaine, sa matérialité, ses pouvoirs, et composer une sorte de monde vocal, empli d'échos, de vibrations, de traces rémanentes. Chaque voix est saisie dans un moment de trouble, quand son timbre s'use ou mue, se distingue ou se confond, parfois se détraque ou se brise, quand une messagerie ou un micro vient filtrer leur parole, les enregistrer ou les effacer. J'ai voulu intercepter une fréquence, capter un souffle, tenir une note tout au long d'un livre qui fait la part belle à une tribu de femmes - des femmes de tout âge, solitaires, rêveuses, volubiles, hantées ou marginales. Elles occupent tout l'espace. Surtout, j'ai eu envie d'aller chercher ma voix parmi les leurs, de la faire entendre au plus juste, de trouver un «je», au plus proche. ».
    (M. de K.)

  • « A l'aube du second jour, quand soudain les buildings de Coca montent, perpendiculaires à la surface du fleuve, c'est un autre homme qui sort des bois, c'est un homme hors de lui, c'est un meurtrier en puissance.
    Le soleil se lève, il ricoche contre les façades de verre et d'acier, irise les nappes d'hydrocarbures moirées arc-en-ciel qui auréolent les eaux, et les plaques de métal taillées en triangle qui festonnent le bordé de la pirogue, rutilant dans la lumière, dessinent une mâchoire ouverte. » Ce livre part d'une ambition à la fois simple et folle : raconter la construction d'un pont suspendu quelque part dans une Californie imaginaire à partir des destins croisés d'une dizaine d'hommes et femmes.
    Un roman-fleuve qui brasse des sensations et des rêves, des paysages et des machines, des plans de carrière et des classes sociales, des corps de métiers et des corps tout court. Prix Médicis 2010.

  • Le 3 octobre 2013, un navire venu de Libye débordant de réfugiés sombre au large de l'île de Lampedusa, faisant plus de 300 victimes. Maylis de Kerangal est dans sa cuisine, seule. C'est la nuit. Elle écoute la radio, le drame, les victimes. Imperceptiblement son esprit se détache de la réalité, se laisse emporter par un mot qui s'impose à son insu : Lampedusa.
    Immédiatement, c'est le visage de Burt Lancaster qui s'invite. Quel rapport avec la catastrophe ?
    Il est le prince Salina di Lampedusa du Guépard de Visconti, film adapté de l'unique roman de Guiseppe Tomasi di Lampedusa qui raconte le déclin de l'aristocratie sicilienne au début du XXe siècle. Aux images de naufrages, Maylis de Kerangal superpose celles, baroques et crépusculaires, du célèbre long-métrage. Et se dessine la silhouette de Burt Lancaster en noble sicilien, lui le comédien né à New York de parents anglo-irlandais. Prince et migrant à la fois.
    Comme le flux et le reflux qui charrient les corps des noyés, Maylis de Kerangal repasse par sa cuisine où, « à ce stade de la nuit », son poste de radio poursuit le lancinant récit du drame avant qu'à nouveau, elle se laisse prendre par le souvenir d'autres îles, Stromboli à la « sensualité fatale » évoquée dans une ardente nouvelle (« Sous la cendre »), par le naufrage du Lusitania au sud de l'Irlande en 1915 qui amorce son récit « Ni fleurs ni couronnes », ainsi que par d'autres voyages, d'autres ouvrages, avant de revenir à Lampedusa, symbolisant dorénavant « la honte et la révolte ». Lampedusa : deux planètes à leur point de friction ? Ou la même humanité à son point de jonction ?
    Avec ce texte court à l'écriture précise, subtile, presque douce, l'auteure invoque la magie des mots, et leur puissance évocatrice permet de faire vibrer, a posteriori, tout son parcours romanesque autrement, depuis Ni fleurs ni couronnes jusqu'à Réparer les vivants. Il est rare qu'en tentant de mettre à nu son art poétique, un écrivain parvienne si bien à condenser la trajectoire d'une écriture et à faire oeuvre à part entière.

  • Le sport a longtemps été l'affaire des hommes, à la fois dans les stades, les médias et l'imaginaire collectif. Au début du XXe siècle, quelques pionnières sont entrées sur le terrain et ont commencé à chambouler les pratiques, les usages et les représentations : elles sont sorties de chez elles, ont couru autour de la piste, montré leurs jambes, gagné de l'argent, sont devenues des stars, et certaines sont restées des légendes. Aujourd'hui, qu'elles soient licenciées dans un club, supportrices, pom-pom girls ou championnes, les femmes se passionnent pour le sport. De Suzanne Lenglen aux soeurs Williams, de Nadia Comaneci à Manuela Montebrun, de Carolina Klüft à Nelly Viennot ou Samantha Davies, ce livre propose des portraits d'athlètes mais aussi d'aller voir du côté des stades, des tribunes, des vestiaires, et même des canapés les soirs de match à la télé. Une cinquantaine de textes par une équipe mixte d'auteurs amateurs de sport et une vingtaine de photos, qui sont autant d'entrées ludiques, subjectives et documentées, pour interroger aussi bien le sport au féminin que les femmes d'aujourd'hui : performantes, glamour, étonnantes.

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