Marie-Monique Robin

  • Selon l'Organisation mondiale de la santé, l'incidence du taux de cancer a doublé au cours des trente dernières années. L'OMS constate une évolution similaire pour les maladies neurologiques (Parkinson et Alzheimer) et auto-immunes, ou pour les dysfonctionnements de la reproduction. Comment expliquer cette inquiétante épidémie, qui frappe particulièrement les pays dits « développés » ? Fruit d'une enquête de deux ans en Amérique du Nord, en Asie et en Europe, s'appuyant sur de nombreuses études scientifiques, ce livre montre que la cause principale de l'épidémie est due aux quelque 100 000 molécules chimiques qui ont envahi notre environnement, et principalement notre alimentation, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Pour cela, l'auteure décortique le système d'évaluation et d'homologation des produits chimiques, à travers les exemples des pesticides, de l'aspartame et du Bisphenol A, elle raconte les pressions et les manipulations de l'industrie chimique pour maintenir sur le marché des produits hautement toxiques.

  • « Si on supprime les pesticides, la production agricole chutera de 40 % et on ne pourra pas nourrir le monde. » Prononcée par le patron de l'industrie agroalimentaire française, dans une émission télévisée, cette affirmation est répétée à l'envi par les promoteurs privés ou publics de l'agriculture industrielle. De son côté, après les émeutes de la faim qui ont secoué la planète depuis 2007, Olivier de Schutter, le rapporteur spécial pour le droit à l'alimentation des Nations Unies, affirme qu'il faut « changer de paradigme », car « l'agriculture est en train de créer les conditions de sa propre perte ». Pour lui, « seule l'agroécologie peut relever le défi de la faim et répondre aux besoins d'une population croissante », ainsi qu'il l'a déclaré, le 8 mars 2011 devant le Conseil des droits de l'homme à Genève. D'après la FAO, il faudra augmenter la production agricole de 70 %, pour pouvoir nourrir les 9 milliards d'habitants que comptera le monde en 2050. Comment y parvenir ?
    C'est à cette question que tente de répondre Marie-Monique Robin, en menant l'enquête sur quatre continents (Afrique, Asie, Amérique du Nord et du Sud, Europe). S'appuyant sur les témoignages d'experts (scientifiques et représentants d'organismes internationaux) mais aussi de nombreux agriculteurs, elle dresse le bilan du modèle agro-industriel qui, après un demi siècle, n'est pas parvenu à nourrir le monde, tandis qu'il participait largement au réchauffement climatique, épuisait les sols, les ressources en eau et la biodiversité, et poussait vers les bidonvilles des millions de paysans. Elle montre que, pratiquée sur des exploitations à hauteur d'homme, l'agroécologie peut être hautement efficace d'un point de vue agronomique et économique et qu'elle représente un modèle d'avenir productif et durable.
    Du Mexique au Japon, en passant par le Malawi, le Kenya, le Sénégal, les États-Unis et plusieurs pays européens, son enquête montre que « l'on peut faire autrement » pour résoudre la question alimentaire en respectant l'environnement et les ressources naturelles, à condition de revoir de fond en comble le système de distribution des aliments et de redonner aux paysans un rôle clé dans cette évolution indispensable à la survie de l'humanité.

  • « Voir un lien entre la pollution de l'air, la biodiversité et la covid-19 relève du surréalisme, pas de la science ! », affirmait Luc Ferry en mars 2020, accusant les écologistes de « récupération politique ». Voilà un philosophe bien mal informé. Car, depuis les années 2000, des centaines de scientifiques tirent la sonnette d'alarme : les activités humaines, en précipitant l'effondrement de la biodiversité, ont créé les conditions d'une « épidémie de pandémies ».
    C'est ce que montre cet essai, mobilisant de nombreux travaux et des entretiens inédits avec plus de soixante chercheurs du monde entier. En apportant enfin une vision d'ensemble, accessible à tous, Marie-Monique Robin contribue à dissiper le grand aveuglement collectif qui empêchait d'agir. Le constat est sans appel : la destruction des écosystèmes par la déforestation, l'urbanisation, l'agriculture industrielle et la globalisation économique menace directement la santé planétaire.
    Cette destruction est à l'origine des « zoonoses », transmises par des animaux aux humains : d'Ébola à la covid-19, elles font partie des « nouvelles maladies émergentes » qui se multiplient, par des mécanismes clairement expliqués dans ce livre. Où on verra aussi comment, si rien n'est fait, d'autres pandémies, pires encore, suivront. Et pourquoi, plutôt que la course vaine aux vaccins ou le confinement chronique de la population, le seul antidote est la préservation de la biodiversité, impliquant d'en finir avec l'emprise délétère du modèle économique dominant sur les écosystèmes.

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