Langue française

  • Ce livre invite à penser notre propre façon de vivre en étranger ou avec des étrangers, en restituant le destin de l'étranger dans la civilisation européenne : les Grecs avec leurs « Métèques » et leurs « Barbares » ; les Juifs inscrivant Ruth la Moabite au fondement de la royauté de David ; saint Paul qui choisit de prêcher en direction des travailleurs immigrés pour en faire les premiers chrétiens, sans oublier Rabelais, Montaigne, Érasme, Montesquieu, Diderot, Kant, Herder, jusqu'à Camus et Nabokov qui ont chacun médité avant nous les merveilles et les malaises de la vie étrangère. Au coeur de cet avenir cosmopolite : les Droits de l'Homme sous la Révolution française, qui commence par honorer les étrangers avant de faire tomber la Terreur sur leurs têtes. En contrepoint : le nationalisme romantique et, pour finir, totalitaire. L'« inquiétante étrangeté » de Freud conclut ce parcours en suggérant une nouvelle éthique : ne pas « intégrer » l'étranger, mais respecter son désir de vivre différent, qui rejoint notre droit à la singularité, cette ultime conséquence des droits et des devoirs humains.

  • Etre psychanalyste, c'est savoir que toutes les histoires reviennent à parler d'amour.
    La plainte que me confient ceux qui balbutient à côté de moi a toujours pour cause un manque d'amour présent ou passé, réel ou imaginaire. je ne peux l'entendre que si je me place moi-même en ce point d'infini, douleur ou ravissement. c'est avec ma défaillance que l'autre compose le sens de son aventure. philosophie, religion, poésie, roman ? histoires d'amour. de platon à saint thomas, de roméo et juliette à don juan, des troubadours à stendhal, de la madone à baudelaire ou bataille.
    Les grandes élaborations symboliques ne disent pourtant rien d'autre que ce qui s'écoute dans l'ombre, chaque jour. etre psychiquement en vie signifie que vous êtes amoureux, en analyse, ou bien en proie à la littérature. comme si toute l'histoire humaine n'était qu'un immense et permanent transfert.

  • Melanie Klein (1882-1960) apparaît comme la novatrice la plus originale de la psychanalyse. Alors que Freud centre la vie psychique du sujet sur l'épreuve de la castration et la fonction du père, Melanie Klein - sans les ignorer - les étaie d'une fonction maternelle, absente dans la théorie du fondateur. La première, elle pense au matricide : capable dès la naissance d'un lien à l'objet (le sein, la mère), et habité de fantasmes aussi violents que réparateurs, l'enfant selon Melanie Klein a ouvert de nouveaux horizons à la clinique de la psychose et de l'autisme.

  • Ce titre dans son inscription grecque se veut un rappel muet des débuts occidentaux du savoir sur le signe et le sens. La sémiotique, ici, se propose comme le lieu depuis lequel s'articulera une théorie générale des modes de signifier. Visant en même temps à interroger ou à refondre les systèmes linguistiques et logiques par les analyses du sujet et de l'histoire appelées par Freud et Marx, elle se désigne comme une sémanalyse.

    L'élaboration de la sémanalyse déplaçant les limites du signe, du sens, de la structure, devait nécessairement trouver pour point de départ un « objet exclu de l'ordre du savoir puisque soulignant ses bords : «la littérature» ».

  • Des chinoises

    Julia Kristeva

    Après une esquisse de la situation analytique et historique de la femme occidentale issue du monothéisme et du capitalisme, l'auteure nous engage dans une traversée de la famille chinoise et de la situation des femmes en son sein.
    Suit une analyse des luttes des femmes à travers les révolutions en Chine. Les suffragettes chinoises de la révolution bourgeoise et socialiste du début du XXe siècle participent à l'attaque de la vieille morale confucianiste, féodale et paternelle, et influencent profondément les masses estudiantines et paysannes.
    Avec la création du Parti communiste chinois, les militantes féministes choisissent la lutte des classes au détriment de celle pour le droit des femmes. Sous l'influence de Mao, les femmes obtiennent des droits en même temps que des postes de commandement.
    Le livre présente ensuite la lutte idéologique contre Lin Piao et Confucius à travers des portraits de femmes chinoises : ouvrières, intellectuelles, artistes, ménagères, jeunes filles, mères...

  • Deux écrivaines, toutes deux athées, dialoguent sur le féminin et le sacré. Dans cet essai épistolaire, les deux intellectuelles s'interrogent : existe-il un sacré spécifiquement féminin ?
    Le livre repose sur l'intuition profonde de l'éveil des femmes en ce 3e millénaire, et sur le lien étroit qu'elles entretiennent avec le sacré.
    D'un pèlerinage à la Vierge noire aux environs de Dakar jusqu'aux cultes de l'Inde, Catherine Clément, disciple de Claude Lévi-Strauss, témoigne de l'intelligence du sacré à l'oeuvre dans ces pays. Julia Kristeva évoque Thérèse d'Avila et les grandes mystiques chrétiennes.
    « Qu'est-ce que le sacré ? », demandait Goethe dans un poème. Julia Kristeva rappelle ici sa réponse : « Ce qui unit les âmes ». À l'opposé d'un sacré totalisateur, ces deux femmes esquissent les contours d'un sacré qui, au carrefour du corps et de la pensée, donne sens à la singularité, et révèle sa vitalité dans le partage.

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