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Djuna Barnes
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En huit poèmes et cinq dessins, Djuna Barnes fait ici le portrait des « Répulsives » du New York des années 1910. Vaguement identifiées (cadavres à la morgue, danseuse de cabaret, prostituée, silhouette aperçue depuis le métro aérien, amante, mère ?), ses figures sont avant tout des corps. Le Livre des Répulsives fait le portrait de ces corps dans l'espace qu'ils s'approprient et qu'ils projettent, par l'exercice assumé de leurs désirs et le contournement des stigmates du féminin, qui condamnent les autres au confinement, à la « vie défaite » de l'ordre victorien. The Book of Repulsive Women est publié en 1915 à New York et vendu 15 cents. Son caractère sulfureux ne semble pas étranger au succès immédiat qui porte l'imprimeur éditeur Guido Bruno à augmenter rapidement le prix à 50 cents. Mais la représentation de relations sexuelles entre femmes est sans doute alors trop inconcevable pour être perçue par les ligues de vertu et le livre échappe complètement au scandale et à la censure. Alors qu'en 1928, Ladies Almanack - Almanach des dames, chronique plus ou moins cryptée de la vie lesbienne à Paris, imprimé en France, sera interdit de territoire américain, et son premier roman Ryder, qui paraît à New York la même année, y échappera à peine. Ces deux livres sont aussi furieusement illustrés par l'autrice et édité en français par nos soins.
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Robin Vote, jeune Américaine somnambule hantée par une légère folie, fascine son entourage. Le baron Félix Volkbein, un juif autrichien érudit qu'elle épouse et à qui elle donne un fils, Guido, enfant retardé qu'elle abandonne en quittant le foyer. Nora Flood, raffinée, douce et ardente, dont elle s'éprend puis qu'elle délaisse au profit de la richissime Jenny Pethridge. Et le docteur Matthieu O'Connor, un désemparé hypersensible, qui recueille les confidences de chacun. Dans un style hautement poétique, Djuna Barnes met en évidence la part sombre de l'être, le mal auquel les personnages sont asservis.
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Figures tragiques, tristes, terribles et féroces, surtout celles des femmes, mais aussi des hommes, et de leurs relations et de leurs objets. Djuna Barnes réunit en 1962, dans Spillway, neuf nouvelles écrites entre 1923 et 1929, composées d'une plume à vif qui écorche toute bienséance.
Ces nouvelles sont caractéristiques de l'art de Djuna Barnes, tant par la justesse du geste et du trait que par une aventure de la langue proche de la force du poème en prose. Elle considérait ce recueil - le dernier livre qu'elle ait conçu et défendu - comme l'un des plus achevés avec son célèbre roman Nightwood (Le Bois de la nuit). Le discours de Djuna Barnes y fonctionne comme un déversoir des passions, où la part belle est faite à ce qui ne se dit pas à ce qu'on ne veut pas (re)connaître.
L' « Avant-note » de Monique Wittig est, en fait, un essai important et essentiel car elle sort l'oeuvre de Djuna Barnes d'une catégorie qui devrait désormais être obsolète puisqu'elle y affirme irrévocablement « qu'il n'y a pas d' «écriture féminine» ».
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Écrit, aux dires de Djuna Barnes, en quelques semaines comme « une blague », une distraction pendant l'hospitalisation de sa compagne Thelma Wood, imprimé sur les presses Darantière à Dijon, d'où était sorti l'Ulysse de Joyce quelques années auparavant, publié aux frais de l'auteure et de quelques uns de ses amis chers, distribué sous le manteau à Paris et plus tard New York par les mêmes amis, L'Almanach des dames est un livre à part dans l'oeuvre de Djuna Barnes.
Parmi ces amis figuraient Natalie Barney et les expatriées qui peuplaient son salon, centre de la socialité littéraire et lesbienne à Paris dans les années 1920 - et qui passent aussi pour les modèles des dames de l'almanach. Djuna Barnes, elle, réprouvait absolument une telle interprétation. On retrouve l'intransigeance de Barnes sur les lectures biographiques de son oeuvre, même si la protestation est ici toute de principe. Dans les marges de son exemplaire personnel, Natalie Barney avait pu identifier la plupart des autres personnages du livre : Patience Scalpel est Mina Loy, Lady Hue-et-Dia et Tilly-Tweed-dans-le Sang sont respectivement Lady Una Troubridge et Radclyffe Hall, Dolly Dingue est Dolly Wilde, Jour et Nuit sont Janet Flanner et Solita Solano, Señorita Butineuse est Mimi Franchetti, Capricante Cathie est Esther Murphy et Sal la Cynique est Romaine Brooks.
Dans L'Almanach des dames, l'identité lesbienne est traitée, au sens philosophique et journalistique. La spécificité du livre dans l'oeuvre de Barnes ne tient d'ailleurs pas tant au sujet traité qu'au fait même qu'il ait un sujet. C'est un « livre sur », qu'il n'est pas si absurde de rapprocher de ses reportages pour la presse new-yorkaise dans les années 1910 et 1920, où la journaliste Djuna Barnes, en quête de sensationnel, tentait des expériences physiques et mentales avant de les retracer dans des articles spectaculaires. Sous le couvert de la farce, sous les formes empruntées du dialogue philosophique, du récit mythique et de l'allégorie, L'Almanach des dames est aussi, pas tant une enquête qu'à proprement parler un reportage, sur cette chose encore alors relativement nouvelle, en tout cas encore suffisamment récente pour en constituer un sujet : l'identité lesbienne.
Notre édition reprend l'édition originale de 1928 (en ligne :
Http://digital.lib.umd.edu/image?pid=umd:79026), ses illustrations et sa mise en page baroques, comme nous l'avons fait pour Le Livre des répulsives et pour Ryder. Nous reprenons aussi le texte de Michèle Causse qui accompagnait la première édition de sa traduction parue chez Flammarion en 1982, sa « Rencontre avec Djuna Barnes » est un témoignage unique. Notre édition est enrichie d'une postface d'Étienne Dobenesque qui est notre spécialiste de Djuna Barnes et, comme pour Ryder et Le Livre des répulsives, nous fournit des clefs de lecture aussi bien poétiques que biographiques permettant de mieux apprécier l'univers de cette oeuvre si singulière.
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La plage d'une île tropicale dans le Pacifique Sud. Midi juste, chaleur écrasante. Une seule et unique plante inconnue aux feuilles flétries comme les oreilles d'une centaine d'épagneuls. Pas un bruit d'insecte, d'poseai ou de reptile, pas d'appel de voix humaine, seul le clapotis rythmé de la mer.
Puis juste comme cette solitude et cette immensité commencent à devenir amusantes, un minuscule point mouvant semble s'approcher sur la gauche, un autre point encore plus minuscule sur la droite. Les points continuent d'avancer en grossissant pendant environ une demi-heure et finissent par devenir un homme et une jeune femme, face à face dans ce midi torride.