Littérature traduite

  • Encore une biographie de Jeanne d'Arc ? Plus que toute autre figure du Moyen Âge, elle a été l'objet d'une littérature abondante (récits historiques, biographies, éditions des sources, etc.).
    À l'occasion du 600e anniversaire de sa naissance, Gerd Krumeich relève le défi de dresser le portrait de la Pucelle d'Orléans en s'en tenant pour la première fois aux faits que nous sommes réellement en mesure de connaître. Il fait enfin la part des choses entre la réalité et les mythes en se basant sur les sources et les recherches les plus récentes. Avec érudition, mais aussi avec passion, il donne à comprendre ce personnage emblématique dont l'histoire participe tout autant de la légende que de l'énigme.
    Historien allemand et spécialiste de l'histoire du culte de Jeanne d'Arc, il fait oeuvre d'objectivité et d'impartialité. Il échappe ainsi aux récupérations politiques et évite l'écueil de la querelle franco-française : Jeanne d'Arc n'est ici ni de droite, ni de gauche. Tout a été dit sur Jeanne d'Arc ! On peut le penser si l'on considère la profusion d'ouvrages qui lui ont été consacrés. Pourtant, rares sont les travaux qui font preuve d'une approche impartiale, parce que trop souvent polémiques ou partisans.
    Plus que toute autre figure historique, Jeanne a pâti des convictions et croyances. Partant de ce constat, Gerd Krumeich s'attache, à l'appui des sources, à répondre à un certain nombre de questions que suscite toujours la jeune femme qui défia les Anglais et devint l'héroïne la plus populaire de France. Objet d'enjeux idéologiques mouvants, la Pucelle est devenue l'une des figures dont l'historiographie, mais aussi la littérature et les arts, n'ont cessé de débattre et de s'inspirer.
    Tour à tour réprouvée, adorée, accaparée par nombre de sensibilités, elle s'est trouvée exposée, des siècles durant, aux suppositions les plus saugrenues. À l'occasion du 600e anniversaire de sa naissance, Gerd Krumeich nous conte enfin l'histoire de ce mythe national.

  • Madame de pompadour

    Nancy Mitford

    Des favorites royales, la marquise de Pompadour est sans aucun doute la plus célèbre.
    Pourtant, son ascendance bourgeoise aurait dû lui fermer les portes de la Cour. Et c'est grâce à sa beauté, à sa prodigieuse énergie et à son intelligence qu'elle parvint à séduire Louis XV. Même lorsque leur relation prit un tour platonique, elle resta sa plus chère amie. Avec talent et habileté, elle sut également s'imposer à Versailles et y exerça une influence qui ne se démentit jamais au cours des vingt années de son " règne " : faisant et défaisant les ministres, se mêlant de politique et de prodiguer ses conseils.
    Femme de goût, elle fut encore un véritable mécène, soutien indéfectible des érudits et artistes de son temps. Dans l'intimité de cette femme de pouvoir, Nancy Mitford fait revivre la cour de Louis XV et décrit avec malice ses intrigues et l'entourage de la marquise.

  • " L'analyse que j'ai suivie chez Freud m'est apparue comme un dialogue de cette sorte : réussi, spontané. Que cet unique dialogue ait duré 8 mois ne surprendra que celui qui mesure le temps. Sans la direction de Freud, il m'aurait été impossible de m'abstraire ainsi des évènements présents et d'y réfléchir. Ce fut comme si, dès la première séance, un anathème, ou plutôt une mise au ban, avait été suspendu, et que j'avais été saisi par la véhémence d'une émotion, qui aurait percé et se serait frayé un chemin, guidée par la présence de celui qui m'écoute tranquillement.
    Oui, mais quel est cet auditeur ? Quels liens ai-je avec lui? Comment est-il devenu ce qu'il est : auditeur, compagnon d'écoute, celui qui guide le fil du dialogue sans le diriger. Partenaire silencieux qui vous laisse parler, donne libre cours à ma parole, m'incite à parler et qui, de façon inattendue, dit beaucoup, parce qu'il dit la chose juste au bon moment, si bien qu'il vous déconcerte et vous délivre.
    La porte s'ouvre. Freud est là, debout, il n'en impose pas, il attend. Il ne tend pas la main pour saluer. Inclinée perpendiculairement vers le bas, la main, en guise de salut, s'offre et partant n'offre qu'une seule possibilité : celle d'y introduire la mienne. Et ça y est, me voilà déjà sur le divan, conduit par cette main tendue vers le bas pour saluer. Il n'y a pas d'autre issue possible. Il reste en retrait et l'on sait : il est assis et moi, je suis allongé. À part ça, il n'y a rien à dire, mais moi j'ai beaucoup à dire. " Le 29 mars 1922, Ernst Blum commence son analyse qu'il terminera le 28 juin. Blum avait trente ans, Freud en avait alors 65. Sur les 75 séances de son analyse, Blum dressera le compte-rendu sténographique de 55 séances. En 1972, il rédige des notes et commentaires à partir de ces comptes-rendus, qu'il remettra à son ami Manfred Pohlen. A la même période, Manfred Pohlen l'interroge sur l'analyse de 1922 et enregistre l'interview.
    À travers ces procès-verbaux et ces entretiens, cet ouvrage aborde donc tant la question de Freud en tant qu'analyste que l'expérience de Blum telle qu'il l'a vécue.

  • Lettres et carnets

    Scholl/Scholl

    Le 22 février 1943, Hans (né en 1918) et Sophie Scholl (née en 1921) étaient guillotinés avec leur camarade Christoph Probst. Quelques semaines plus tard, trois autres membres de la " Rose blanche " (le professeur Kurt Huber et deux autres étudiants : Willi Graf et Alexander Schmorrel) connaissaient le même sort.
    Leur crime ? Avoir peint des " Vive la liberté " dans les rues et distribué des tracts à l'université de Munich pour appeler les Allemands à la résistance en invoquant Schiller, Fichte, Lao-Tseu et Goethe, et avoir dénoncé le crime dont la culpabilité suivra à jamais le peuple allemand : " Depuis la mainmise sur la Pologne, trois cent mille juifs de ce pays ont été abattus comme des bêtes. C'est là le crime le plus abominable perpétré contre la dignité humaine, et aucun autre dans l'histoire ne saurait leur être comparé... " Dans diverses villes d'Allemagne, d'autres suivaient déjà leur exemple...
    Idéalistes, graves mais aussi très sensibles aux joies du monde, Hans et Sophie Scholl, lui étudiant en médecine, elle étudiante en philosophie, avaient commencé par rejoindre les Jeunesses hitlériennes avec la ferveur des enfants de leur âge et un enthousiasme romantique. Mais cette adhésion fut de courte durée. L'emprise de Hitler sur la société se renforçant, la servilité des adultes gagnant du terrain, la chape de plomb du conformisme obligé se faisant suffocante, les atrocités se multipliant, les jeunes gens sortirent de l'adolescence avec la conviction qu'ils devaient élever la voix contre un régime meurtrier.
    Parsemés de commentaires sur la sinistre progression de la campagne de Hitler, ces lettres et carnets, de 1937 à 1943, mêlent les messages voilés sur le cours d'une guerre dans laquelle ils souhaitaient ardemment la défaite de leur pays et les évocations bucoliques ou les méditations sur Goethe et Dostoïevski, Claudel, Bernanos et Léon Bloy. Les demandes aux parents alternent de même avec les apostrophes à Dieu, qu'ils ne se lassent pas d'interroger sur le mystère du mal en se nourrissant de Pascal et de saint Augustin. De leurs notations sur les activités collectives, les travaux obligatoires pour les jeunes, le séjour de Hans au cachot, l'internement du père, les amis blessés sur le front est, se dégage une peinture rare de l'envers du décor nazi. De la lâcheté des adultes, des compromissions, des humiliations, ils ne laissaient rien échapper et ne voulaient rien laisser passer. Convaincus que Hitler vouait son peuple à la mort, ils pensaient simplement que mieux valait mourir pour la dignité et sauver l'honneur des Allemands.

    Témoignage d'un itinéraire spirituel, ce recueil de lettres et de carnets intimes, de portraits, de réflexions et d'articles, est aussi un document historique hors pair sur le refus du mensonge dans l'Allemagne nazie.

    Leur destin a déjà fait l'objet d'un film sorti en France en avril 2006 : Sophie Scholl, Les derniers jours, réalisé par Marc Rothemund avec Julia Jentsch et Fabian Hinrichs.
    Un complément indispensable et attendu du témoignage de Inge Scholl, la petite soeur, paru en 1955 aux éditions de Minuit sous le titre La Rose Blanche. Six Allemands contre le nazisme (rééd. 2008).







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