Seuil

  • Pendant une grande partie de sa vie ma mère a vécu dans la pauvreté et la nécessité, à l'écart de tout, écrasée et parfois même humiliée par la violence masculine. Son existence semblait délimitée pour toujours par cette double domination, la domination de classe et celle liée à sa condition de femme. Pourtant, un jour, à quarante-cinq ans, elle s'est révoltée contre cette vie, elle a fui et petit à petit elle a constitué sa liberté. Ce livre est l'histoire de cette métamorphose.

    É. L.

  • « Souviens-toi, maman : nous étions tes enfants. » C.K.

    C'est l'histoire d'une grande famille qui aime débattre, rire et danser, qui aime le soleil et l'été.

    C'est le récit incandescent d'une femme qui ose enfin raconter ce qui a longtemps fait taire la familia grande.

  • « Les faits. Le peu qu'on en a su pendant des mois. Ce qu'on a cru savoir. Les rumeurs, les récits. Sur ce meurtre, longtemps, l'unique certitude fut la météo. Ce samedi-là, il a fait beau. Dans les commerces et sur les parkings des hypermarchés, on pointait le ciel, on parlait d'été indien. Certains avaient ressorti leur bermuda et leurs tongs. Ils projetaient d'organiser des barbecues dans leur jardin.

    L'agresseur, a-t-on assuré, s'est introduit dans la maison de l'impasse en plein jour. On ignore à quelle heure. Pour trancher, il faudrait disposer du rapport du policier qui a dirigé les investigations. Malheureusement, quatorze mois après les faits, il ne l'a toujours pas rendu ».

    Face à l'opacité de ce fait divers qui l'a touchée de près - peut-être l'oeuvre d'un serial killer -, Irène Frain a reconstitué l'envers d'une ville de la banlieue ordinaire. Pour conjurer le silence de sa famille, mais aussi réparer ce que la justice a ignoré. Un crime sans importance est un récit taillé comme du cristal, qui mêle l'intime et le social dans des pages tour à tour éblouissantes, drôles ou poignantes.

  • On ne tourne pas autour de la problématique du corps pendant cinquante ans sans que le corps se rebiffe ! C'est ce que Noëlle Châtelet va enfin admettre en se retrouvant un jour clouée au lit, au point de déposer une main courante contre X, à travers un dialogue brillant et enlevé, sans concession. Mais pas n'importe quel dialogue, puisque c'est à elle-même qu'elle s'adresse.

    « As-tu l'intention de m'interrompre ainsi sans cesse ?

    - Il me semble qu'il serait raisonnable d'établir d'emblée une règle du jeu, une sorte de méthode entre nous, non ?

    - Certainement pas ! Il n'en est pas question ! Ni règle du jeu ni méthode ! Je te signale que tu tesollicites toi-même ! Et tu veux que je te dise ?... Tu as bien fait ! Je suis la bonne personne, et c'est le bon moment ! » Grâce à ce procédé original, Noëlle Châtelet s'autorise à « jouer perso », comme elle dit, et fait un inventaire approfondi des questions qui l'obsèdent. Elle nous entraîne dans les coulisses du processus de création, éclairant avec sincérité le sens à la fois intellectuel et intime de son parcours.

  • Les enténébrés

    Sarah Chiche

    Automne 2015. Alors qu'une chaleur inhabituelle s'attarde sur l'Europe, une femme se rend en Autriche pour écrire un article sur les conditions d'accueil des réfugiés. Elle se prénomme Sarah. Elle est aussi psychologue, vit à Paris avec Paul, un intellectuel connu pour ses écrits sur la fin du monde, avec qui elle a un enfant. À Vienne, elle rencontre Richard, un musicien mondialement célébré. Ils se voient. Ils s'aiment. Elle le fuit puis lui écrit, de retour en France. Il vient la retrouver. Pour Sarah, c'est l'épreuve du secret, de deux vies tout aussi intenses menées de front, qui se répondent et s'opposent, jusqu'au point de rupture intérieur : à l'occasion d'une autre enquête, sur une extermination d'enfants dans un hôpital psychiatrique autrichien, ses fantômes vont ressurgir. S'ouvre alors une fresque puissante et sombre sur l'amour fou, où le mal familial côtoie celui de l'Histoire en marche, de la fin du xixe siècle aux décombres de la Deuxième Guerre mondiale, de l'Afrique des indépendances à la catastrophe climatique de ce début de millénaire.

  • Saturne

    Sarah Chiche

    Automne 1977 : Harry, trente-quatre ans, meurt dans des circonstances tragiques, laissant derrière lui sa fille de quinze mois. Avril 2019 : celle-ci rencontre une femme qui a connu Harry enfant, pendant la guerre d'Algérie. Se déploie alors le roman de ce père amoureux des étoiles, issu d'une grande lignée de médecins. Exilés d'Algérie au moment de l'indépendance, ils rebâtissent un empire médical en France. Mais les prémices du désastre se nichent au coeur même de la gloire. Harry croise la route d'une femme à la beauté incendiaire. Leur passion fera voler en éclats les reliques d'un royaume où l'argent coule à flots. À l'autre bout de cette légende noire, la personne qui a écrit ce livre raconte avec férocité et drôlerie une enfance hantée par le deuil, et dévoile comment, à l'image de son père, elle faillit être engloutie à son tour.

    Roman du crépuscule d'un monde, de l'épreuve de nos deuils et d'une maladie qui fut une damnation avant d'être une chance, Saturne est aussi une grande histoire d'amour : celle d'une enfant qui aurait dû mourir, mais qui est devenue écrivain parce que, une nuit, elle en avait fait la promesse au fantôme de son père.

  • « Je m'appelle Gabriel, j'ai 22 ans. Je m'appelle Sébastien, j'ai 30 ans. Je m'appelle Antoine, j'ai 27 ans. Je m'appelle Frédéric, j'ai 36 ans. Je m'appelle Ayhan, j'ai 53 ans. C'était le samedi 24 novembre. C'était le 1er décembre. C'était le 8 décembre. C'était à Bordeaux. C'était à Tours. C'était place Pey-Berland. C'était place Jean-Jaurès. C'était sur le boulevard Roosevelt dans le XVIe arrondissement. Ça s'est passé le 9 février devant l'Assemblée nationale, à Paris ».

    Dans ce livre, pas une phrase n'est de Sophie Divry. Toutes sont issues d'entretiens réalisés entre septembre 2019 et février 2020 avec les cinq manifestants mutilés de la main lors du mouvement des Gilets jaunes. Ils étaient tous droitiers, ils ont tous perdu la main droite. Il travaillait à l'usine, il amarrait des bateaux, ils étaient plombier, étudiant ou apprenti chaudronnier. Un samedi de manifestation, leur main a été arrachée par une grenade bourrée de TNT, et leur vie n'a plus jamais été la même.

    Chacun a raconté son histoire à l'autrice, qui en a fait un choeur.
    Parce que c'est une seule et même histoire, celle de manifestants démembrés alors qu'ils formaient un même corps.

  • À l'approche de la soixantaine, une femme doit faire des efforts pour atténuer les rides et bien choisir ses petites culottes, surtout quand elle n'a pas la silhouette d'Ursula Andress.
    Des efforts, l'héroïne de ce roman en fait encore, le soir, pour rompre sa solitude sur les sites de rencontre, livrée aux faux-semblants du virtuel.
    Avec Norbert (rencontré sur Meetic), elle baise, elle va à la piscine, elle parle de tout, de sexe, du salaire des patrons du CAC 40, des migrants, de #Me too, de sa future (toute petite) retraite. Elle lui parle de poésie, il répond T'as pas d'autres sujets en réserve ?
    Il cite la sélection de l'équipe de France, elle préfère Kafka, il la voudrait en robe, elle préfère les pantalons. À part ça, ils s'entendent bien.
    À la piscine avec Norbert est un texte cru, drôle et enjoué, une réponse féminine et féministe aux Houellebecq de tous bords.

  • La France a une vieille tradition de racisme. Du Code noir à l'islamophobie contemporaine, la mise au ban de certaines populations a pris de multiples formes, souvent tragiques. Pour ma famille, ce fut le Statut des Juifs en 1940 qui marqua la plongée dans l'horreur et entraîna un sentiment d'aliénation durable.

    « Attache tes cheveux sinon tu ressembles à une juive » : d'une assignation à être plus discrète, à me conformer à une certaine norme physique, je ferai la focale de ce récit. En tant que femme, en tant qu'enfant d'une famille juive rescapée mais aussi en tant qu'écrivaine des banlieues, des minorités, des marges, le clivage pervers entre la lutte contre l'antisémitisme et les autres luttes antiracistes me choque. Il produit des effets politiques et électoraux désastreux. Il est au service de toutes les oppressions.

    C. K.

  • Paris, années 50. Marie travaille en France dans une maison de retraite. D'origine antillaise, elle s'est liée d'amitié avec Jeanne, une dame âgée dont elle s'occupe avec douceur et humanité et qui lui raconte sa vie. Avant de mourir, sa vieille amie l'incite à écrire sa propre histoire.

    Fidèle à sa promesse, Marie entreprend alors le récit de son existence. Et le roman s'ouvre sur le grand large. Née à l'aube du XXe siècle, la jeune Mariotte quitte la Martinique après l'éruption de la montagne Pelée qui a détruit la ville de Saint-Pierre, en 1902. Son errance la conduit d'abord en Guyane, où elle s'éprend, dans des conditions rocambolesques, d'un ancien bagnard reconverti dans l'orpaillage et sur le point de quitter le pays. Il entraînera Mariotte avec lui, à New York, puis en Colombie, jusqu'à Bogotá, où il l'abandonnera. Livrée à elle-même, la jeune femme puisera dans sa vitalité faite de colère, de courage et de joie de vivre pour dire adieu à Bogota, se tourner vers un autre homme, et un autre continent.

    Rappelant l'oeuvre et les personnages de García Márquez, ce personnage qui arpente le monde et le temps ressemble aussi à André Schwarz-Bart : mêlé au monde et toujours en décalage, présent et en même temps ailleurs, étranger.

    Simone Schwarz-Bart a publié, seule ou avec son mari André, des romans et du théâtre. Depuis la disparition d'André Schwarz-Bart, en 2006, elle a repris et achevé le cycle des romans antillais commencé à quatre mains avec Un plat de porc aux bananes vertes (Seuil, 1964) : L'Ancêtre en Solitude (Seuil, 2015) et aujourd'hui Adieu Bogota.

  • Une femme se trouve aux prises avec l'ombre de sa mère disparue, qui la poursuit dans ses moindres faits et gestes, de jour comme de nuit, formant ainsi un double obscur. En cherchant à comprendre les raisons de ce phénomène, elle découvre qu'elle fait partie des Inutiles, un groupe social marginal très restreint. Pour gagner la confiance de cette famille d'appartenance, il lui faudra d'abord se débarrasser de l'ombre de sa mère.

    Entre les visites nocturnes des fantômes de ses tantes, la rencontre d'un jeune homme Inutile, d'une couturière cacochyme et d'un marin désabusé, elle va tenter de résoudre son épineux problème. Elle apprendra que les mouchoirs ont une âme et servent à effectuer des actes psychomagiques, que les tisanes d'herbes amères ne sont pas une solution efficace, et qu'il faut retourner aux racines pour se délester de son fardeau généalogique.

  • Ils s'appellent angèle, tarek, lamine, micha et anita.
    Ils viennent du nord et du sud de l'afrique, des philippines, de l'est de l'europe et cherchent à gagner un pays où la vie est meilleure. comme des milliers d'autres, ils rencontrent les pires difficultés pour atteindre leur but et ils n'y parviennent pas toujours. ils emportent les espoirs de leur famille et de leur village ou ils partent seuls, sans prévenir personne, ils ont parfois laissé des enfants.
    Ces cinq-là ont un nom, un visage, une histoire. angèle cherche honorine, sa petite fille qu'elle a perdue un soir, alors qu'elle fuyait leur pays en guerre. tarek embarque avec un copain à bord d'un cargo. lamine essaie toutes les voies possibles - le désert, la mer et jusqu'à la soute d'un avion. micha découvre les puissants réseaux mafieux. et anita, des années durant, reste entre deux pays, ni ici ni là-bas.
    Leurs parcours, souvent tragiques, parfois cocasses, croisent ceux d'autres migrants - ailleurs, partout, une ronde perpétuelle autour du monde: "vous ne voulez pas de nous, mais vous nous avez donné le goût du miel ", dit lamine.

  • Que signifie disparaître ? Un homme, Maurice Gil, disparaît sur une île des Antilles. Qui était-il ? Pour Lucie, sa petite fille, qui ne connaît de lui que ce qu'on a bien voulu lui en dire, c'est tout à la fois un héros et un déserteur. Une icône floue et ambiguë. Quand, presque à son insu, elle en retrouve soudain la trace sur l'île de Marie-Galante, toute son existence en est rétrospectivement bouleversée. Pour Isabelle, la fille de Maurice, c'est une autre affaire. Elle l'a laissé s'enfuir dans son exil tropical, et a trop longtemps fermé ses beaux yeux indigo - de ce bleu si particulier que lui a donné son père et qu'elle a légué à Lucie. Elle n'a pas voulu voir l'immensité des sentiments de cet homme, de son amour, de son dépit, de sa colère. Pour elle, c'est l'histoire d'un deuil impossible. Quand au troisième narrateur de ce roman, ami du disparu, il raconte avec une rare émotion la fin flamboyante d'un homme révolté, déchu, et enfin libre. Michèle Gazier, critique littéraire et romancière, a publié presque tous ses romans au Seuil. On citera parmi eux, Le Merle bleu, Le Fil de soie, Les Garçons d'en face, Mont-Perdu.

  • Ninaa Vidrovitch est peintre. Anny Duperey, comédienne et écrivain. C'est en 1993, à un tournant de leur existence, que s'établit entre elles une correspondance qui dure encore. Elles s'y livrent telles qu'elles sont, avec une honnêteté et un naturel qui les rendent immédiatement proches du lecteur. Leurs vies et les valeurs qui les soutiennent sont présentes à chaque ligne. On partage avec elles les récits et les réflexions sur leur art, la façon dont elles le pratiquent et dont elles cherchent à l'approfondir. Elles se jugent sans complaisance et observent, parfois avec admiration, souvent avec férocité, toujours avec drôlerie, les gens du métier. Dans leur quotidien, les plantes, les fleurs, les animaux tiennent une grande place. Il y a aussi, bien sûr, les enfants, la famille et les hommes. Tous les couples devraient lire ces lettres pour découvrir, à travers les expériences de Nina et d'Anny, et la franchise avec laquelle elles en parlent, l'aventure qu'est la vie à deux, ses merveilles, ses pièges, ses difficultés. Il est beau, bon et réconfortant d'être témoin du courage, de l'humilité, de l'intelligence, de l'humour, de l'exigence que les deux amies déploient pour rester elles-mêmes, entières, comme femmes et comme artistes. Les lire, c'est prendre une leçon de vie.

  • C'est une journée particulière.
    Marta, ancienne violoniste célèbre, fête ce soir ses quatre-vingt-dix ans. sa fille, cécile, prépare la réception et sa petite fille de trente ans, esther, s'apprête à donner un solo de violon pour l'occasion. au fil des heures, alors que la soirée approche, les trois femmes replongent dans leurs souvenirs. vie flamboyante ou égarée, abandon, trahison, plaisir et chagrin... à travers ces regards croisés se révèlent progressivement trois cheminements dont la singularité vient se briser sur un même secret.
    Et sur la même histoire. dans ce roman de la transmission familiale, maryse wolinski brosse le portrait de trois générations de femmes éprises de liberté qui, chacune à sa façon, consacrent l'amour absolu

  • Un soldat britannique, membre des SAS, attend sa mission du jour dans la chaleur de Bagdad. À Marseille, un homme s'apprête à commettre un infanticide sur son fils de quelques mois. Dans le sud de la France, une romancière écrit sur sa vie chahutée par sa relation houleuse avec l'enfant qu'elle a adopté et sur celle de ces deux hommes. Le point commun entre ces trois personnages ? Une seule et même journée, et les détails qui la composent, ces événements, mineurs ou essentiels, qui, mis bout à bout, construisent un quotidien, une existence, et font « la corpulence du monde ». Trois histoires apparemment aux antipodes et qui, pourtant, s'articulent avec une grande maîtrise. C'est là la force et le talent de Dominique Sigaud : nous confronter au monde, en passant par le singulier et l'intime, par le détail pointilliste ; nous en montrer l'épaisseur, la chair, dans ce qu'elle a de plus lumineux comme de plus sombre. On est happé par ce roman puissant et âpre, à la vérité entêtante, parfois bouleversante.

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