P.o.l

  • Yoga

    Emmanuel Carrère

    C'est l'histoire d'un livre sur le yoga et la dépression.
    La méditation et le terrorisme. L'aspiration à l'unité et le trouble bipolaire.
    Des choses qui n'ont pas l'air d'aller ensemble, et pourtant : elles vont ensemble.

  • L'applatissement de la terre ; le monde et son contraire Nouv.

    Certains des textes regroupés dans L'Aplatissement de la Terre ont été écrits pendant la pandémie et le premier confinement en France, d'autres non, tous donnent des nouvelles du monde, monde souvent réduit, divisé, meurtri, mais où une parole peut toujours se déployer, raconter une histoire, et chercher à sa façon la rencontre.

  • La robe blanche

    Nathalie Léger

    • P.o.l
    • 23 Août 2018

    Il y a quelques années, Nathalie Léger découvre une histoire qui l'intrigue et la bouleverse : une jeune artiste qui avait décidé de se rendre en autostop de Milan à Jérusalem en robe de mariée, pour porter un message de paix dans les pays en conflit ou en guerre, est violée et assassinée par un homme qui l'avait prise en voiture au sud d'Istanbul. Artiste ou martyre ? Candeur ou sacrifice ? Elle voulait faire régner l'harmonie par sa seule présence en robe de mariée. Mais ce n'est ni la grâce ou la bêtise de cette intention qui captive la narratrice, c'est d'avoir voulu par son voyage réparer quelque chose de démesuré et qu'elle n'y soit pas arrivée. Et parce qu'elle découvre que cette histoire vraie qui la touche tant en accompagne ou en révèle une autre. Elle comprend que sa mère lui demande la même chose : pouvoir réparer sa propre histoire blessée en lui demandant de raconter son mariage, d'exposer l'injustice de son divorce. Le père, l'ayant quittée dans les années soixante-dix avec éclat pour une autre femme, avait réussi à faire prononcer leur divorce à ses torts exclusifs, à elle, l'épouse abandonnée. La mère demande à sa fille d'écrire l'ordinaire de ce qui s'est passé, l'échec, l'abandon, les larmes, l'injustice. Elle lui demande aussi d'écrire pour réparer. Mais si une robe de mariée ne suffit pas à racheter les souffrances de l'humanité, les mots pourront-ils suffire à rendre justice pour les larmes d'une mère ?

  • Lambeaux

    Charles Juliet

    Lambeaux est un récit autobiographique.

    Dans la première partie, l'auteur évoque sa mère qu'il n'a pas connue et qui a eu un destin tragique. après avoir vécu un amour malheureux, s'être mariée, avoir sombré dans une dépression consécutive à quatre maternités rapprochées, elle fut admise dans un hôpital qu'elle n'a plus quitté et où elle est morte huit ans plus tard.
    Dans la seconde partie, l'auteur nous relate son parcours: la famille adoptive, l'enfance paysanne, l'école d'enfants de troupe, puis les premières tentatives d'écriture, lesquelles vont progressivement déboucher sur une toute autre aventure: celle de la quête de soi.
    Une descente aux enfers sera le prix à payer pour qu'un jour puisse éclore la joie grave et libératrice de la seconde naissance.

  • Il est des hommes est un roman noir, au sens où il ambitionne de dire quelque chose du monde social, de sa dureté, de sa folie, de sa barbarie. Un roman qui se confronte aux forces du mal, qui raconte l'enfance dévastée, l'injustice, le sida, la drogue, la violence dans une cité de Marseille entre les années 80 et 2000.
    Le narrateur, Karel, est un garçon des quartiers Nord. Il grandit dans la cité Antonin Artaud, cité fictive adossée au massif de l'Etoile et flanquée d'un bidonville, « le passage 50 », habité par des gitans sédentarisés. Karel vit avec sa soeur Hendricka et son petit frère Mohand, infirme. Ils essaient de survivre à leur enfance, entre maltraitance, toxicomanie, pauvreté des parents, et indifférence des institutions.
    Le roman s'ouvre sur l'assassinat de leur père. Les trois enfants vont s'inventer chacun un destin. Karel s'interroge : « Qui a tué mon père ? » Et fantasme sur la vie qu'il aurait pu mener s'il était né sous une bonne étoile, s'il avait eu des parents moins déviants et moins maltraitants. Il se demande s'il n'a pas été contaminé par la violence, s'il n'est pas dépositaire d'un héritage à la fois tragique et minable, qui l'amènerait à abîmer les gens comme son père l'a fait. Il veille sur son petit frère et voit sa soeur réussir une carrière au cinéma.
    C'est aussi le roman de Marseille, d'avant le MUCEM et d'avant la disparition du marché de la Plaine, qui constitue la géographie sentimentale du livre. Et c'est une plongée romanesque dans toute une culture populaire dont l'auteure saisit l'énergie et les émotions à travers les chansons de l'époque, de Céline Dion à Michael Jackson, en passant par IAM , Cheb Hasni, Richard Cocciante ou Elton John.

  • Le jour baisse, dixième volume de mon journal, couvre quatre années, de 2009 à 2012. Dans les volumes précédents, je veillais à peu parler de moi. Ici, je m'exposedavantage, parle de ce que j'ai longtemps tu : mon épouse, sa famille, mes rapports avec celle-ci. Je relate ce que fut mon année préparatoire aux études de médecine, ma seconde session à cet examen. Une angoisse indicible. Échouer aurait été pour moi une tragédie. Arrêt des études et engagement dans l'armée.
    Pendant cette année, à mon école d'enfants de troupe, j'ai eu des rapports difficiles avec un capitaine. Plus le rugby, plus une ardente faim de vivre, plus des tentations, plus un grand désordre dans la tête et dans le coeur.
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  • Syngué sabour [sége sabur] n.f. (du perse syngue " pierre ", et sabour " patiente ") - pierre de patience - Dans la mythologie perse, il s'agit d'une pierre magique que l'on pose devant soi pour déverser sur elle ses malheurs, ses souffrances, ses douleurs, ses misères. on lui confie tout ce que l'on n'ose pas révéler aux autres. et la pierre écoute, absorbe comme une éponge tous les mots, tous les secrets jusqu'à ce qu'un beau jour elle éclate...
    Et ce jour-là on est délivré.

    Dans un contexte de guerre, un homme a reçu une balle dans la nuque et se retrouve immobilisé. Sa femme est auprès de lui, lui parle, et exprime ses émotions sans retenue, sans savoir si son mari l'entend et la comprend. Cette confession la libère de l'oppression conjugale, sociale et religieuse, l'incitant à révéler ses secrets dans le contexte d'un pays semblable à l'Afghanistan.

  • « Il faut que je raconte cette histoire. Il faut que j'essaie de comprendre en mettant les choses bout à bout. En rameutant les morceaux. Parce que ça ne va pas. C'est pas bon, là, tout ça. Pas bon du tout. » Ces mots sont parmi les premiers du nouveau roman de Marie Darrieussecq (roman qui s'est imposé à elle alors qu'elle travaillait sur un autre projet et qu'elle a écrit d'une seule traite, comme poussée par une nécessité impérieuse). De ce roman, ils indiquent la tonalité et le mode narratif.
    C'est un roman à la première personne, où l'héroïne découvre au fur et à mesure qu'elle la raconte toutes les causes et les conséquences de son histoire.
    Nous sommes donc dans une forêt (« nous » car la manière dont le livre est écrit impose une identification du lecteur). Le personnage principal, une femme qui fut autrefois psychothérapeute, s'y cache avec d'autres. D'autres ? Des compagnons de fuite, loin d'un monde qu'on devine menaçant pour eux et qui les traque. Mais aussi avec des êtres étranges, comme flottants, mais qui leur ressemblent de manière frappante, des sosies ? Leurs clones, en fait qu'ils ont emmenés avec eux dans leur fuite.
    Cette dystopsie, qui se situe dans la postérité de Le meilleur des mondes, comme dans celle de 1984 ou de Fahrenheit 451, nous raconte une histoire de trafic d'organes, de gérontocratie, de totalitarisme sanitaire et politique.
    Marie Darrieussecq, avec ce personnage très légèrement en retard sur les événements, et à ce titre bouleversant, renoue avec la veine de Truismes.

  • Toni tout court

    Shane Haddad

    « Aujourd'hui, Toni a vingt ans. Elle se regarde dans la glace. J'ai vingt ans. Elle n'a pas l'impression d'avoir vingt ans. C'est son anniversaire et c'est jour de match. ».
    C'est l'histoire de Toni. Elle se lève un matin, s'habille, déjeune, ferme la porte et s'en va pour la journée. La journée de son anniversaire et d'un match de foot. Le match de son équipe, la sienne, celle qu'elle aime, qu'elle suit, celle à laquelle elle pense à chaque moment de son errance quotidienne. Ce soir, c'est match et toute la journée est une attente. Toute la journée est une projection de son entrée dans le stade, son entrée dans la tribune où déjà les supporters chantent son arrivée. Le tambour, l'épaisseur des fumigènes, la foule de tous ces inconnus. C'est dans cette tribune remplie d'hommes qu'elle trouvera sinon une place, du moins un espace où vivre pour un temps. Parce que la tribune est à la fois un espace qui n'imagine pas une présence féminine et à la fois un espace hétérogène, multiple, indéfinissable. C'est pour cela que Toni est un personnage qui ne veut pas se définir. Elle est entre première personne et troisième personne du singulier, entre deux âges, entre deux temporalités, entre existence et disparition, entre marche décisive et errance sans fond, entre rêve et conscience, entre tumulte et silence, entre femme et homme.
    Cette narration, à l'apparence minimaliste, est tendue comme un drame. Shane Haddad invente une voix, dans une adresse directe presque sans interruption, pour faire apparaître le portrait d'une jeune femme insoumise et perdue, banale et porteuse d'une colère intime qui traverse le corps féminin.

  • Ethan Frome

    Edith Wharton

    • P.o.l
    • 6 Mars 2014

    Les montagnes du Massachusetts à la fin du XIXe siècle. Ethan Frome est un jeune homme pauvre qui aime les livres et rêve de voyages. Il a hérité d'une ferme et d'une scierie qui ne rapportent rien, épousé une vieille cousine hypocondriaque. Et, sans comprendre ce qui lui arrive, il tombe amoureux pour la première fois. En trois jours, sa vie va basculer. Même la mort ne voudra pas des héros de cette tragédie rurale, chef-d'oeuvre atypique d'Edith Wharton.

  • Le soleil est battu

    Rochelle Fack

    Le soleil est battu est le roman à la première personne d'une rencontre amoureuse, d'une passion émaillée de scènes sensuelles, crues, érotiques, mais qui naît et se nourrit d'une relation troublante à la mort. Doris est infirmière en unité de soins palliatifs à Fréjus. Le roman nous fait découvrir le sud de la France sous un jour inquiétant. Le Var sans son tourisme, ses vacances et ses plages.
    La passion amoureuse se construit au contact vivant de la mort, de son inquiétante sensualité, qu'il faut à la fois connaître, apprivoiser, pour travailler, et fuir si l'on veut aimer. Doris quittera son mari, son travail, sa région. Le roman prendra la forme d'une cavale amoureuse sans mobile autre que la nécessité pour Doris de mettre la mort à distance, et mieux la contempler.
    Pour écrire ce roman, Rochelle Fack a mené une enquête précise auprès de professionnels de la mort (garçon d'anatomie, opérateur funéraire, médecins et soignants, assistants sexuels en milieu hospitalier).
    Le livre se concentre sur leurs affects (face aux mourants, aux différents statuts des corps sans vie), et leurs gestes (toilette mortuaire, autopsie, mise en scène des morts pour les proches, dialogue avec les agonisants et leurs familles). Dans sa fuite, Doris se rendra jusqu'en Italie, de périphéries urbaines en lieux abandonnés, et parfois, interlopes : ZAC, motels, mobile-home, ancien site de maisons témoins, le quartier de Garbatella, à Rome.

  • L'exposition

    Nathalie Léger

    À l'occasion d'un projet d'exposition sur La Ruine, la narratrice relate sa rencontre inopinée avec une héroïne oubliée du second Empire, la comtesse de Castiglione, dont elle tente de retracer l'existence à partir d'un recueil de photographies retrouvées dans sa bibliothèque. Cette femme, célèbre pour sa grande beauté, sa fatuité, sa fin lamentable, a entretenu un rapport très étrange avec son image : plus encore qu'aucun de ses contemporains, plus encore que Montesquiou, le modèle du Charlus de Proust.
    La Castiglione a confié le sens de son existence à la photographie. Ancêtre des héros modernes de l'autoportrait, cette beauté fatale se rendait chez le photographe comme certains vont au coffre y placer leur bien. Et pourtant, la beauté semble avoir déserté ces clichés ; ne subsiste qu'une tristesse et une solitude effroyables. Croyant exposer sa seule beauté, elle demanda à la photographie de l'accompagner dans le ravissement comme dans l'abjection et surexposa l'effondrement de son existence.
    Sous les bibelots d'un Empire à son apogée, la narratrice croise quelques questions toutes contem- poraines : l'effroi de son propre corps, la peur du regard de l'autre, l'attachement à quelques vestiges qui rassurent. Une image en fait surgir une autre, une femme en rappelle d'autres : l'autre femme, cruelle ou désirable. L'écriture, comme la photographie, permet de s'avancer au seuil de l'ombre, à la recherche de la mère tant aimée et de l'enfant qu'elle fut.

  • Meta donna

    Suzanne Doppelt

    Dans la petite ville de Galatina, dans les Pouilles, on peut assister à un curieux rituel de dépossession autour de l'araignée et sa morsure. Un exorcisme dansé et chanté, sur plusieurs jours, qui permet une forme de régulation de l'ordre social, de redonner un sens au désordre, de soulager les conflits individuels et collectifs. Le pseudo poison circule entre l'araignée, les musiciens, la famille et les villageois rassemblés pour la circonstance. Il faut s'identifier à l'araignée, danser comme elle le ferait puisqu'elle se déplace en dansant, pense-t-on, sur une musique effrénée puisque sa morsure est musicale. Il est question de pauvreté, de grande fatigue, d'ennui mortel, de conflits irrésolus, et de poison donc, d'envoûtement et de désenvoûtement.
    Suzanne Doppelt s'inspire de l'extraordinaire petit film en noir et blanc de Gian Franco Mingozzi, Tarantula, tourné en 1961 dans le Salento, au sud de l'Italie. À sa manière, par des textes en prose poétique et quelques images qui jouent librement avec ces différents aspects, Suzanne Doppelt tisse une toile pour rendre hommage à cette cérémonie cathartique, ce rituel joué et symbolisé dont elle se fait l'écho aujourd'hui. Elle réinvente dans sa propre écriture ce théâtre arachnéen, magnétique au plus haut point, qui représente l'un des derniers cultes de possession en Europe.

  • Dans ma chambre

    Guillaume Dustan

    • P.o.l
    • 24 Janvier 2019

    « Guillaume Dustan était l'un des écrivains les plus forts de la littérature contemporaine, celle qui prend des risques parce qu'elle n'est pas formatée. » (Thomas Clerc) Dans ma chambre est le premier livre de Guillaume Dustan, paru en 1996. Il est publié pour la pre- mière fois en édition de poche.
    La chambre ici, est d'abord celle du narrateur, où tout généralement se résout en étreintes répé- tées, violentes ou non, heureuses ou pas, nulles, tragiques, qu'importe. C'est aussi le milieu homosexuel, la vie dans le ghetto à suivre les nuits et les petits matins d'un jeune parisien à la recherche désespérée de « la baise du siècle ». Sorte d'introspection pornographique, radicale mais pas sans ironie, cette chronique crépusculaire ne tait rien, n'épargne rien ni personne et encore moins son auteur.
    Peut-on faire de sa vie la matière de son art ? Peut-on le faire avec cette impudeur ? C'est en fait la question de la liberté de la littérature que pose Dans ma chambre.

  • Never(s)

    Frédérique Berthet

    Ce livre raconte une histoire d'amour épistolaire. Pendant six années (1943 - 1950), Etiennette et Georges ne sont quasiment jamais ensemble, séparés par des mers, des continents. Leur correspondance est le seul moyen qu'ils trouvent pour se bâtir un autre lieu de rencontre, pour ne jamais (never) être l'un sans l'autre.
    Etiennette, la grand-mère de l'auteure, lui a confié avant de mourir une valise de lettres dont elle n'avait jamais (never) parlé à personne. Ces lettres portent sur une période bien précise de sa vie. Les deux très jeunes époux, mariés en 1943 à Casablanca, sont immédiatement séparés par la guerre. Ils vont s'inventer un présent commun en s'écrivant. Georges est mobilisé à la Libération, puis envoyé en Indochine. Ils n'eurent donc jamais (never) « la vie d'un mariage normal ».
    Etiennette a dû quitter le soleil de Casablanca pour Saint-Benin-des-Bois, près de Nevers, où elle est accueillie en étrangère avec ses deux enfants. Elle se rend parfois à Nevers à bicyclette où l'auteure imagine alors une brève rencontre avec « la fille de Nevers » (Emmanuelle Riva dans Hiroshima mon amour, de Duras).
    Ce livre raconte un moment de l'Histoire que l'on connaît peu : la fin de la Deuxième guerre mondiale.
    La guerre se poursuit, se déplace jusqu'aux confins de l'Empire, sur un autre continent dont on ne sait pas grandchose non plus, l'Indochine. C'est l'histoire d'une très jeune mère qui se retrouve à élever seule ses deux jeunes enfants loin de sa ville natale. Le couple séparé comprend aussi qu'un de ses enfants n'est pas comme les autres (infirme).
    C'est enfin un livre sur la place de l'écriture dans la vie silencieuse d'une femme qui aura écrit pour essayer de faire survivre quelque chose de l'amour en l'absence de l'aimé, et dans un monde instable.

  • « J'ai commencé à écrire Le chant du poulet sous vide comme un conte, de la même manière que le marketing crée des contes, jusqu'à nous faire croire que les animaux que nous mangeons sont d'adorables bêtes, saines et dévouées, avec lesquelles nous avons une relation. ».
    La mère est morte. Sa fille, Paule, revient à la ferme et à son élevage de poulets. Citadine, elle se retrouve à devoir s'occuper d'eux, les tuer et les vendre au marché. Quitte à devoir négliger son mari architecte.
    Mais en mettant à mort les poulets, Paule renouvelle sans cesse le deuil de sa mère. D'autant qu'elle s'attache à eux et ne parvient à les sacrifier qu'en leur rendant hommage, en écrivant leur biographie, en leur créant des stèles. Le roman est ainsi ponctué de biographies de poulet qui deviennent de plus en plus funestes. Paule trouve pour chaque petite bête un caractère. Ces biographies précèdent de peu la mise à mort. Ecrire devient à Paule aussi nécessaire que tuer.
    Mais Paule entend améliorer l'existence des poulets. Elle retourne en ville avec un projet d'exploitation révolutionnaire. Le passage à l'échelle industrielle n'est pas sans risque, Paule commence à douter d'elle-même. Prise à son propre piège d'humaniser la viande à consommer, d'écrire des fictions sur les poulets. Le conte que Paule s'est inventé vire à l'absurde. Les personnages principaux du livre deviennent les poulets. Et l'humanité déraille doucement, victime de ses compromis entre son désir fou de consommation et de ses stratégies de dénégation d'une réalité sanglante.

  • Au tréfonds de l'être, une plaie suinte, que maintiennent à vif maintes de ces questions auxquelles il n'est jamais facile de fournir une réponse : vivre, le faut-il ? Et ce mot, vivre, comment le comprendre ? Quelles significations lui attribuer ? Et que doit-on faire de sa vie ? Quel sens lui donner - ou en recevoir ? Et s'il semble rigoureusement indispensable de se connaître, cet être que je suis, quel est-il ? Dois-je le subir dans tout ce qu'il est ? Ou bien puis-je le transformer ? Mais alors dans quel but, quelle intention ? Vais-je savoir brûler ce qui m'encombre, désenfouir mon noyau, ne garder en moi que ce qui procède de l'élémentaire, l'originel ? Et cet autrui dont je viens de vérifier à quel point il est mon semblable, vais-je savoir le rejoindre ? Et si je cède à ce désir de me connaître, comment dissoudre l'angoisse qu'il suscite ? Comment vaincre la peur de la vie ? La peur de la mort ?..
    Mais quand ces questions le taraudent, l'être n'est pas à même de se les formuler. Elles ne sont tout d'abord qu'un malaise, un désarroi, une lancinante sensation d'exil, l'âpre nostalgie de ce que l'on ne saurait nommer, une infranchissable solitude. Et c'est à son insu que l'être se trouve progressivement engagé dans une aventure dont il ne soupçonne ni en quoi elle réside, ni où elle est susceptible de le mener.
    Les notes rassemblées dans ce Journal sont les traces laissées par un homme embarqué dans une telle aventure, et qui, des années plus tard, devra s'avouer qu'en se scrutant la plume à la main, il n'a fait qu'obéir à un urgent besoin de se révéler à soi-même, se clarifier, s'unifier, à l'impérieuse nécessité d'accéder à la liberté, la connaissance, une ineffable lumière.

  • Gratitude

    Charles Juliet

    Ce nouveau « Journal » de Charles Juliet couvre les années 2004 à 2008.
    Il est dans la veine des précédents, plein de sagesse, d'expériences, d'ouverture au monde et, surtout, aux autres. Des rencontres, beaucoup de rencontres qui sont autant d'occasions de récits de vie brefs, souvent bouleversants car la personnalité de Charles Juliet est telle que l'on se confie volontiers à lui qui est toujours à l'écoute, aux aguets de l'humain.
    Beaucoup de lectures et de relectures (notamment Camus, ici), des voyages (surtout en France, à l'occasion de manifestations autour de l'auteur), de peinture, et de cinéma.
    Et toujours cette écriture précise et sensible, prête à tout accueillir de l'expérience inté- rieure comme des choses de la vie.
    Le précédent volume de son journal : Apaisement est paru en 2013.

  • Le bébé

    Marie Darrieussecq

    qu'est-ce qu'un bébé ? pourquoi si peu de bébés dans la littérature ? que faire des discours qui les entourent ? pourquoi dit-on " bébé " et pas " le bébé " ? qu'est-ce qu'une mère ? et pourquoi les femmes plutôt que les hommes oe

  • Ce journal VI couvre les années 1993-94-95-96. Pendant ces années, Charles Juliet a publié Accueils, le cinquième tome de son Journal, Carnets de Saorge, et Lambeaux, le récit sur ses deux mères. Dans le même temps, il a composé les poèmes d'A voix basse, paru en 1997. Au cours de cette même période il effectue plusieurs voyages. Avec un couple ami, il se rend en Thaïlande et au Laos, et il est invité dans plusieurs villes d'Allemagne, au Québec, au Mexique et au Japon.
    Dans Lumières d'automne, avec une grande maîtrise et une écriture soignée, il aborde de nombreux sujets, parle de ses rencontres, du décès de sa mère adoptive, de ses lectures, revient sur son enfance, approfondit sa réflexion sur la connaissance de soi, la condition humaine, la vie en général...

  • La recherche de soi est un long chemin.
    Au début, il n'est d'ailleurs pas de chemin. Seule règne une profonde ténèbre.
    Une ténèbre faite d'interrogations, de doutes, de fatigue, de haine de soi, de difficulté à vivre... Mais un travail d'élucidation et de clarification parvient à le repousser, à y faire naître une faible lueur. Alors des entraves commencent à tomber, des obstacles à disparaître, et un chemin finit par s'ouvrir.
    Il permettra à celui qui l'empruntera de se connaître et de vivre en bonne intelligence avec lui-même, les autres et le monde. Au long des trois premiers volumes de son Journal, Charles Juliet a relaté son cheminement. Dans ce quatrième tome, il poursuit sa quête. Mais la sérénité lui est venue, et ces notes où alternent instants de vie, rencontres, plongées intérieures, marquent un indéniable accomplissement.

  • Le psychanalyste

    Leslie Kaplan

    Simon est psychanalyste.
    Il est vif, joueur, ouvert au hasard. Avec lui, dans son cabinet, les analysants, leurs histoires tragiques, comiques, leurs questions, ce qui se passe pendant les séances, et ce qui se passe dehors. En contrepoint, une femme, Eva, qui, elle, essaie de penser le monde et la vie à travers la lecture et la relecture de Kafka. Car dans l'un et l'autre cas, c'est de cela qu'il s'agit : penser. Vivre et penser, ne pas vivre sans penser.
    Tous les personnages de ce livre sont des héros parce qu'ils affrontent le conflit entre leur désir de vérité et leur passion pour l'ignorance : ils sont des héros par la pensée, des héros de la pensée. En même temps ils sont tout le monde, chacun de nous.
    Si on pense on est vivant, on change, on peut changer. Alors, évidemment, il arrive plein de choses : le récit est toujours en train de se faire, comme l'identité, jamais donnée, car c'est dans chaque détail que tient le sens et le sens est lié à chaque détail.
    C'est pour ça que le dernier mot est au monde, cette accumulation innombrable de détails et de possibles.

  • Crâne chaud

    Nathalie Quintane

    La littérature pas plus que la philosophie ne sont déprofessionnalisées, pas plus que la connaissance sexuelle : si la connaissance sexuelle étaient enfin totalement déprofessionnalisée, Brigitte ne s'acharnerait pas deux heures par jour tous les jours sauf le week-end. Oui mais la littérature peut être lue par tous et non par un, et tous écoutent l'émission et comprennent.

    Crâne chaud parle d'amour, non au sens de j'aime les vacances ou j'aime mon chat, mais au sens plus précis de sentiment sexuel.

    Comme le genre n'est jamais simple à dire, on pourrait avancer que ce livre est une fantaisie, ou plutôt une fantaisie réaliste, ou encore une fantaisie réaliste critique.

  • Forêt noire

    Valérie Mréjen

    C'est un livre sur les fantômes qui habitent la mémoire.
    Le texte est un inventaire incomplet de quelques histoires et récits de disparitions qui reviennent avec familiarité, et une certaine régularité, des gens que Valérie Mréjen a connus ou dont on lui a parlé. Il y a aussi une promenade en compagnie d'une revenante dans les rues de son quartier, mais les retrouvailles s'avèrent impossibles à cause du temps passé et du trop grand décalage entre elles. Valérie Mréjen a écrit ce texte en se référant notamment aux débuts d'épisodes de la série "Six Feet Under" (qui est d'ailleurs citée à un moment) et aussi à une phrase de Mirelle Havet dans son journal de 1918, "et je suis pleine de morts comme une crypte, pleine de souvenirs et de rêves" "Forêt noire" s'inscrit dans la continuité des précédents livres de Valérie Mréjen, avec peut-être une tendance à aller plus vers le roman.

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