Metailie

  • La vie d'une trans : un an de leur vie équivaut à sept années « normales ». Tante Encarna a 178 ans et porte tout son poids sur ses talons aiguilles au cours des nuits de la zone rouge du Parc Sarmiento, à Córdoba, en Argentine. La Tante - gourou, mère collective avec des seins gonflés d'huile de moteur d'avion - protège et partage sa vie avec d'autres membres de la communauté trans, sa sororité d'orphelines, résistant aux bottes des flics et des clients, entre échanges sur les dernières télénovelas brésiliennes, les rêves inavouables, amour, humour, tendresse, et aussi des souvenirs qui rentrent tous dans un petit sac à main en plastique bon marché. Une nuit, entre branches sèches et roseaux épineux, elles trouveront un bébé abandonné qu'elles adopteront clandestinement. Elles l'appelleront Éclat des Yeux.

    Premier roman fulgurant, sans misérabilisme, sans autocompassion, Les Vilaines est un geste esthétique et politique qui raconte la fureur et la fête d'être trans. Avec un langage luxuriant, ce livre est un conte de fées et de terreur, un portrait de groupe, une relecture de la littérature fantastique, un manifeste explosif qui nous fait ressentir la douleur et la force de survie d'un groupe de femmes qui auraient voulu devenir reines mais ont souvent fini dans un fossé. Un texte qu'on souhaite faire lire au monde entier.

  • À l'ouverture des archives de l'Union soviétique, Natascha Wodin, obsédée par le souvenir de sa mère qui s'est suicidée à 40 ans, entame des recherches pour reconstituer son histoire. Déportée d'Ukraine au cours de la Seconde Guerre mondiale, sa mère a été envoyée dans un camp de travail en Allemagne, pays où ses parents ont ensuite été contraints de rester sous peine d'être traités comme des collaborateurs du nazisme s'ils étaient retournés dans leur pays d'origine, sort rencontré par plus de 20 millions de personnes - non juives - exploitées comme esclaves par l'industrie et l'agriculture allemandes.
    Le récit suit le rythme des recherches de l'auteur et leurs difficultés. Il y a les fausses pistes, la lenteur administrative des services concernés en Ukraine et en Russie, les témoins disparus ou survivants, ceux qui ne savent pas mais sont prêts à inventer... L'auteur finit par reconstituer non seulement l'histoire de sa mère, mais aussi celle d'une famille entière sur tout un siècle. Les événements historiques sont présents, mais, dit-elle : « Je ne les raconte que s'ils avaient un rôle dans le destin de ma mère. Pour moi la littérature se trouve surtout dans les béances du destin, ces béances renferment le secret qui est à la fois l'objet de mon écriture et ce qui me fascine en elle. Le secret est la terre nourricière de la littérature. »

  • La septième croix

    Anna Seghers

    • Metailie
    • 23 Janvier 2020

    Sept Allemands opposants au nazisme se sont enfuis d'un camp. Un formidable appareil policier est mis en branle pour les retrouver. Un seul des sept, Georg Heisler, aidé par les efforts tâtonnants de ses amis de jeunesse, parvient à passer en Hollande grâce à l'organisation rudimentaire de la résistance et à la solidarité ouvrière mondiale. La septième croix qui l'attend au camp de concentration reste vide. Et c'est la brèche qui laisse un passage à d'immenses espoirs. Ce roman, dont l'action se déroule en Rhénanie, constitue une somme des expériences vécues par divers acteurs de toutes les classes de toute la société allemande des années 1930.

    Dans ce roman de l'Allemagne nazie écrit pendant son exil en France, Anna Seghers dresse une fresque polyphonique et dépeint une société dans laquelle le national-socialisme révèle en chacun les aspects profonds de son être : héroïsme insoupçonné d'un tel, lâcheté de tel autre, ou simple peur existentielle et fragilité face à un système conçu pour broyer toute résistance visant non seulement l'individu mais sa famille, ses proches. Solidarité, inconscience, constance ou reniement de l'idéal, toute une palette des comportements humains est présente.

    Anna Seghers, qui pour écrire son récit a longuement écouté et interrogé des compatriotes dont l'exil était plus récent que le sien, trace le portrait d'une humanité proche de nous : « Nous avons tous ressenti comment les événements extérieurs peuvent changer l'âme d'un être humain, de manière profonde et terrible. Mais nous avons également ressenti qu'au plus profond de nous il y avait aussi quelque chose d'insaisissable et d'inviolable. » Ce roman a été publié pour la première fois aux États-Unis en 1942 où il a connu un immense succès : une édition de poche faisait même partie du paquetage envoyé aux soldats américains partis libérer l'Europe. En France, il est publié dès 1947 dans une traduction que l'auteur avait refusée, reprise en poche en 1986, les ayants droit n'ont pu en interrompre la vente qu'en 2010. Nous présentons ici une nouvelle traduction totalement inédite et validée, accompagnée d'une postface de Christa Wolf.

  • À la fin du xixe siècle, le Mozambique est ravagé par les guerres de clans et contre les colonisateurs.

    Deux personnages de fiction, Germano, un soldat portugais exilé sans espoir de retour parce que républicain, et Imani, une jeune Africaine, trop belle et trop intelligente, son interprète, sont le fil rouge de ce roman où ils évoluent parmi des personnages historiques biens réels, comme l'empereur africain Ngungunyane et le flamboyant Mouzinho de Albuquerque, « pacificateur » du Mozambique.

    La puissance coloniale portugaise se heurte à Ngungunyane, en une valse-hésitation pilotée depuis Lisbonne. Germano découvre l'Afrique de l'Est en prenant son poste dans un village perdu. Sa mission est totalement vide de sens. Là, il fait la connaissance d'Imani. Dans ses rapports à sa hiérarchie, Germano raconte les transformations de la région mais surtout de son âme avec en toile de fond l'affrontement entre la monarchie coloniale et Ngungunyane ainsi que les guerres entre clans africains. Imani raconte les changements des destins et du pays. Elle décrit l'avancée de la colonisation, les structures familiales, les traditions qui cherchent à subsister, les migrations. Elle s'aperçoit aussi que ce qui la distingue, sa maîtrise du portugais, la sépare de ses voisins qui la voient différente, trop loin d'eux, tandis que les Portugais la considèrent trop proche. Liés par un amour ambigu, Imani et Germano partent sur le fleuve dans une itinérance chaotique et aventureuse qui les confronte à la réalité de la guerre. Ngungunyane, vaincu et humilié, est embarqué avec une partie de sa cour, dont Imani enceinte, vers Lisbonne puis exilé aux Açores.

  • Quatre personnages plongés dans l'apocalypse de la modernité d'une grande cité vont voir leurs destins se croiser. Un chauffeur de taxi veuf qui ne peut pas se consoler de la mort de sa femme, un médecin sans illusions perdu dans les espaces virtuels de Second Life, une prostituée africaine accrochée à la vie que protège son totem, un petit lézard, et une vieille scientifique alcoolique et pédagogue sont les héros de ce conte philosophique sur fond d'assassinats en série, de terrorisme et de petits prodiges.
    En raconteuse d'histoires étranges talentueuse, Rosa Montero nous parle des hasards et des coïncidences et écrit une histoire d'espérance, une tragicomédie entre humour et émotion. Un texte captivant qui nous montre que la vie est belle, folle et douloureuse. Une fable pour adultes pour profiter de la beauté, maîtriser la douleur et rire de cette incroyable folie.

  • Dans un jeu narratif plein de surprises, mêlant la littérature et la vie en un cocktail excitant de biographies d'écrivains et d'autobiographie vraie ou fausse, Rosa Montero entreprend avec le lecteur un voyage entre vérité
    et fiction sous la houlette de la folle du logis.
    A travers un panorama des folies et des faiblesses d'écrivains comme Melville, Goethe, Tolstoï ou M. Amis ou des mécanismes de la passion amoureuse, elle bouscule le lecteur ravi en proposant une analyse des peurs et des névroses des romanciers, mêlée au récit des aventures et des tours que sa propre imagination a joués à l'auteur elle-même et joue souvent au lecteur.
    Loin de toute analyse universitaire, voici un livre sur l'imagination et les rêves, sur la folie et la passion, les peurs et les doutes des écrivains, mais aussi des lecteurs. Et surtout une torride histoire d'amour et de salvation entre Rosa Montero, la passionnée, et son imagination.
    Une défense de l'écriture, de la lecture et du rêve comme derniers remparts contre la folie.
    Un livre curieux qui éveille la curiosité du lecteur.

  • Emma découvre qu'elle est la fille du jeune frère de son père, chassé par la famille et dont elle ne connaît que les dessins d'oiseaux qui jalonnent ses voyages à travers le monde.
    Elle va aimer passionnément ce père étrange qui lui a donné sa couverture de soldat et son revolver. puis, adolescente, elle assiste à la lente destruction par la famille de l'image de l'absent. lydia jorge écrit ici un roman poignant, direct, limpide, d'une force incroyable, qui vous tient prisonnier bien au-delà de sa lecture. un livre exceptionnel.

  • Lorsque le chasseur Arcanjo Baleiro arrive à Kulumani pour tuer les lions mangeurs d'hommes qui ravagent la région, il se trouve pris dans des relations complexes et énigmatiques, où se mêlent faits, légendes et mythes. Une jeune femme du village, Mariamar, a sa théorie sur l'origine et la nature des attaques des bêtes. Sa soeur, Silência, en a été la dernière victime. L'aventure est racontée par ces deux voix, le chasseur et la jeune fille, au fil des pages on découvre leurs histoires respectives. La rencontre avec les bêtes sauvages amène tous les personnages à se confronter avec eux-mêmes, avec leurs fantasmes et leurs fautes. La crise met à nu les contradictions de la communauté, les rapports de pouvoir, tout autant que la force, parfois libératrice, parfois oppressive, de leurs traditions et de leurs croyances. L'auteur a vécu cette situation de très près lors d'un de ses chantiers. Ses fréquentes visites sur le théâtre du drame lui ont suggéré l'histoire inspirée de faits et de personnages réels qu'il rapporte ici. Clair, rapide, déconcertant, Mia Couto montre à travers ses personnages forts et complexes la domination impitoyable sur les femmes, la misère des hommes, la dureté de la pénurie et des paysages. Un grand roman dans la lignée de L'Accordeur de silences.

  • Betty Mindlin est arrivée en mai 1979 chez les Suruí, le long de la BR-364 qui relie Cuiabá à Porto-Velho, alors qu'ils conservaient encore intactes leurs coutumes et leur système traditionnel. Lors de ce premier séjour, elle a rencontré un paradis.
    On pourrait dire que les habitants du paradis l'ont trouvée à leur goût. Pas un jour où elle ne fut demandée en mariage malgré la protection et la prude affection du chaman Náraxar. C'est là, à l'abri des ocas, grandes maisons communautaires, entre les corps invitants de l'intérieur et les fantômes de l'extérieur, enveloppée par un choeur de rires amicaux, entre invites, jalousie, menace, cajoleries et petits travaux de la vie quotidienne, qu'elle apprend tout de ses hôtes et se découvre dans sa vérité de femme blanche et de mère éloignée des siens. Au long de sept voyages, elle connaît avec eux la guerre contre les trafiquants de diamants, la modernisation et la découverte du travail salarié...
    Ces carnets, qui couvrent ses séjours entre 1979 et 1983, même et surtout parce qu'ils ont été revisités, retravaillés pour mettre en scène les gens et les mythes, sont soutenus par des observations anthropologiques rigoureuses mais jamais encombrantes dont la pertinence s'impose au regard de cette ethnologue enjouée, choisie et adoptée par "ses Indiens préférés".
    Betty Mindlin, curieuse et gourmande, fait du lecteur son compagnon de voyage et nous raconte ce monde différent avec une simplicité, une vitalité et une acceptation de l'autre exceptionnelles.

  • La ronde de nuit

    Agustina Bessa Luis

    • Metailie
    • 18 Septembre 2008

    A Porto, depuis des générations, La Ronde de nuit de Rembrandt, quoique non signée, orne un mur du salon de la famille Nebasco. Les ambiguïtés du tableau permettent à Martinho, le dernier descendant, de faire des parallèles avec sa vie et celle de ses ancêtres. Cette représentation d'un événement sur le point de se produire devient source d'interrogations. Et une fois réinterprétées à la lumière du regard de l'autre et de celui - non dit, mais toujours présent - de l'auteur, ces interrogations deviennent des états de roman à travers les ébauches de réponse sur l'autorité, la loi, la vie publique et la vie intime.
    Le tableau sera détruit par une femme jalouse, par des aléas de la vraie vie, et Martinho mourra d'avoir perdu la source de sur-vie qui éclairait son être. Le roman se définit ici comme un rapport entre ce que Rembrandt a peint, et qui dépasse la commande du tableau, et ce que Martinho déchiffre, et qui finalement le dépasse lui-même.
    C'est en observant minutieusement le tableau, en le rêvant aussi, qu'Agustina Bessa-Luís crée un roman, qui, lui aussi, dépasse ce rapport.
    Ce texte est le dernier roman de l'un des auteurs européens les plus brillants et les plus lucides de notre époque.
    Agustina Bessa-Luís vit à Porto. Auteur de 70 romans dont beaucoup sont traduits en Allemagne, en Italie et en Espagne, elle est aussi scénariste des derniers films de Manoel de Oliveira. Elle a reçu le Prix Camões pour l'ensemble de son oeuvre. Parmi ses oeuvres : Le Principe de l'incertitude et L'Ame des riches.

  • Merete est venue retrouver Andreas dans un hôtel de luxe à Durban pour lui annoncer la mort de son père. Ils se sont séparés quelque temps auparavant, car Merete aime un autre homme.

    Des années plus tard, Merete écrit leur histoire.

    Le roman se déroule sur ces deux temporalités, deux perspectives se confrontent : celle de l'oralité pendant la nuit à Durban, et celle de l'écriture, de la réflexion, de la mémoire.

    Andreas vient d'une famille aux origines multiples qui s'est fixée en Engadine. Les grands-parents paternels sont des émigrés italiens qui toute leur vie n'ont rêvé que d'une chose : émigrer plus loin encore et aller s'installer dans l'Ohio.

    La famille maternelle, elle, vient d'Allemagne et fait partie de ces réfugiés qui ont dû quitter les territoires donnés à la Pologne. Tous cultivent la mémoire de leurs racines, au point d'étouffer littéralement la troisième génération, celle d'Andreas.

    Merete a découvert le jour où elle a rencontré Andreas qu'elle était une enfant trouvée. Elle n'a pas d'histoire, pas de mémoire, pas de racines.

    Ensemble ils ont découvert que le trop-plein de mémoire tout comme l'absence totale de mémoire étouffent la vie.

    Le récit brillant suit les associations, les évocations, les flash-back, les bégaiements, les hésitations et les fausses pistes d'une mémoire tantôt trop pleine, tantôt désespérément vide.

  • Tant que nous vivons

    Maruja Torres

    En ce jour de la toussaint, judit marche dans barcelone vers son rendez-vous avec regina dalmau, la célèbre romancière qu'elle admire de façon obsessionnelle.
    Avec l'ingénuité de ses, vingt ans, elle est persuadée que celle-ci va reconnaître son talent littéraire et l'aider à fuir sa banlieue populaire. judit ignore que regina, à l'approche de la cinquantaine, se pose des questions sur son succès et le sens de ce qu'elle écrit. judit est engagée comme secrétaire. sa présence va obliger regina à affronter les véritables raisons de la crise qu'elle traverse et à chercher, dans un passé qu'elle a mis sous clef, le souvenir de celle qui a guidé ses pas d'écrivain.
    Dans cette histoire d'admiration, de jalousie, de vérité et de mensonge, de haine et d'amour, trois femmes sont à la recherche de leur identité et de leur place dans le monde. maruja torres décrit avec subtilité et justesse les liens qui se tissent entre les femmes à travers les générations et au-delà des liens du sang, ainsi que la façon dont se transmettent les expériences vitales les plus fondatrices.
    Prix planeta 2000, ce roman a eu un très grand succès en espagne.

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