Littérature générale

  • Virginia Woolf a écrit tout au long de sa carrière de très nombreux articles littéraires, essentiellement pour le Times Literary Supplement, qui font d'elle un des plus importants et des plus brillants critiques du XXe siècle. Le choix des trente-cinq essais que nous proposons ici porte sur des écrivains anglais, américains et russes (James, Conrad, Hardy, Melville, Tourgueniev, Tchékhov, Tolstoï, Dostoïevski.) et s'y ajoutent des études générales sur les caractères nationaux de leurs littératures, sur l'art de la fiction,et, ce qui est sans doute encore plus symptomatique, sur l'art de la lecture, car, autant qu'une esthétique de la fiction,Virginia Woolf esquisse une esthétique de la lecture, selon laquelle une grande part de l'existence d'un livre tient à la capacité du lecteur de le faire sien, d'en faire « un livre à soi ».

  • Gloria

    Vilma Fuentes

    Teresa, jeune femme mexicaine établie à Paris, décide, à l'occasion d'un retour au pays natal, de ne pas repartir. Elle embarque, avec son ami et son ancien amant - celui-là même qu'elle pensait fuir en choisissant l'exil - sur une chaloupe du nom de Gloria qui les conduit sur les canaux de Mexico. Au cours de cette promenade, s'égrènent entre rires et larmes, alcools et victuailles, leurs souvenirs communs et leurs amours déçues. Teresa y dénoue les fils de sa vie entre passé et présent, Mexico et Paris, où l'attend Charles, son compagnon depuis neuf ans.

    Une promenade entre deux villes, Paris et Mexico, pour lesquelles la narratrice éprouve des sentiments entre attraction et répulsion.
    Des personnages déjantés, ivrognes, rêveurs, idéalistes... sur qui pèse le spectre de la révolte estudiantine de 1968 réprimée dans le sang par les autorités.

  • Camarade de Raoul Vaneigem et de Guy Debord, Emmanuelle K. a participé à l'aventure situationniste. Elle a exercé tous les métiers : musicienne, diseuse et chanteuse, metteur en scène et réalisatrice de films expérimentaux et documentaires - mais est avant tout poète. " La vie est une expérience poétique ", dit-elle.

    " Je pense que la voix des poètes est trop peu entendue. [...] Il y a dans l'oeuvre d'Emmanuelle K. cette authenticité qui tend désormais à disparaître... Nous sommes ici à contre-courant de la quête ordinaire d'une notoriété vide... " Raoul Vaneigem " La témérité de son engagement est plus que salutaire en ces temps de couardise revendiquée. Elle ouvre une voie d'écriture fertile, exigeante, réfléchie... Je pressens chez elle, en même temps qu'une force de caractère peu commune, une blessure profonde... " André Chenet " C'est d'une tension, d'une sensibilité, d'un tragique... qui témoigne d'un sens très sûr du mot, dans l'intensité la plus acérée, dans l'épure, dans une exigence de pensée singulière. " Joël Schmidt

  • " Noir ", c'est ainsi que les gens du village appellent l'homme venu du Sud qui s'est installé dans la ferme de Rofanello, au coeur de la campagne toscane.
    C'est un étranger qui, après la mort de sa femme et le départ de son fils, se retrouve seul, en butte à l'hostilité de tous. 1l aime les arbres et les bêtes qu'il défend contre les braconniers et les chasseurs auxquels il voue une haine tenace. Ainsi, quand une louve arrive dans la région, Noir la laisse vivre sur ses terres et tente de la protéger contre la violence des voisins qui veulent la voir mourir, si possible dans d'atroces souffrances.
    Epié et traqué, Noir le sera jusqu'au bout.

  • Après la guerre, à Montmorillon, petite ville de la Vienne, deux jeunes filles, Régine Deforges et Manon Abauzit, font leurs études, l'une chez les soeurs, l'autre au collège de la ville. Elles ont seize ans. Régine est rousse, pulpeuse et très belle. Manon est blonde et androgyne. Une liaison amoureuse se noue entre les deux. Un garçon jaloux les épie et vole le cahier du journal intime de Régine. Il le fait circuler parmi ses camarades. Le secret de leur amour est sur la place publique et le scandale éclate. Médisances, opprobre et rejet s'abattent sur les deux filles, particulièrement sur Régine, issue d'un milieu plus modeste qui ne sait pas se défendre. Elle est exclue de son école religieuse, et le collège où Manon suit ses cours refuse désormais de l'admettre.
    Régine et Manon témoignent aujourd'hui de la violence qui leur fut faite. Longtemps ce « Cahier volé » empêcha Régine d'écrire et longtemps Manon, que son milieu social protégeait davantage, se sentit coupable du rejet dont fut victime son amie.
    Leonardo Marcos fait parler les deux femmes sur cette blessure non cicatrisée et restitue par ses photographies l'atmosphère tendre et voluptueuse.

  • " Jonglant avec différents vocabulaires, la littérature, la musique, le cinéma, la peinture mais aussi les événements les plus banals, les plus éloquents de la vie quotidienne, Alain Bosquet est à l'écoute de cette belle dame qui a su préserver son image en la cachant.
    On ne dit pas grand-chose, mais tout passe entre les mots. Comme Marlène, superbe, émouvante, surgit entre les lignes de ce livre. En sort-elle banalisée ? Oh non ! et c'est tant mieux. Le mystère reste entier, et d'ailleurs Alain Bosquet ne cherche pas à le dissiper. Ce qu'il veut, ce qu'il réussit, c'est évoquer Marlène assez pour que nous, lecteurs immobiles et rêveurs galopants, nous sentions sa présence, presque palpable, son parfum, son charme, son aura.
    " Jean-François Josselin, Le Nouvel Observateur

  • Le voyage qu'entreprend la narratrice pour rejoindre l'Algérie, où son père est né, est un pèlerinage et une quête de son identité. Ira-t-elle se recueillir sur la tombe de ce père dont la violence l'a révoltée ? Sur le bateau qui l'emmène de l'autre côté de la Méditerranée, les souvenirs se bousculent. Qui est-elle au milieu de ces hommes aux visages familiers dont elle ne parle pas la langue ? À Alger, c'est Mahmoud, un Algérien rencontré à Paris, qui l'accueille et la guide. Il a travaillé au Théâtre national dont le directeur a été assassiné. Au fil de ses haltes, au théâtre, au café, dans les rues, elle prend conscience de la misère, de la peur, du désespoir de ces jeunes gens sans avenir et pourtant si pleins de vie et hospitaliers. Avant de repartir, elle passera dix jours à Oran, chez Amina dont le mari a été tué et qui vit avec ses filles dans une cité.
    Visages de femmes, petits faits du quotidien, paysages, odeurs, intrusions brusques de la violence, réminiscences des attentats, du passé de la narratrice, tout s'interpénètre et frémit dans ce livre qui rend palpable la vie profuse et déchirée des gens chez qui s'exacerbent encore, comme une plaie qui ne se referme pas, espoirs et regrets.

  • Les cils de l'ange

    C'est le récit d'un dialogue muet entre un père et sa fille. L'histoire d'un amour. Lui est à l'hôpital empêché de parler parce qu'il a eu une " attaque " cérébrale. Elle, sachant qu'il va mourir, vient le voir et le veille. Dans les yeux bleus du père, elle lit l'histoire de sa vie. Une vie avec des femmes, des peurs, l'alcool et elle, son enfant, merveille des merveilles. Entre les visites, elle tâche d'échapper au chagrin de l'agonie du père. Elle sort dans la ville, essaye de se distraire, rencontre un homme, fait l'amour, se rappelle comment son père lui a appris à aimer. Livre bouleversant de simplicité, de justesse, d'intensité.

  • Tombeau d'akhnaton

    Tombeau d'Akhnaton entrelace en douze scansions - telles les douze portes de la nuit dans le Livre des morts de l'ancienne Égypte -, un récit doublement archéologique : celui d'Akhnaton avec son épouse Nefertiti, le Pharaon hérétique et visionnaire, architecte de la cité solaire ; et celui d'une généalogie de femmes de la vie ordinaire, en France, dans les événements du XXe siècle, historiques ou personnels.
    Récit de l'impossible, l'on y voit que le Livre est le seul tombeau où recueillir les traces du Pharaon sans tombeau et maudit ; et de garder mémoire des mères-aïeules de la narration que le mystère des albums de famille retient à des années lumière. Il faut aller loin pour trouver la langue qui approche le plus près de soi : au vif de la perte des êtres aimés. Avec l'écriture - " comme un désir de femme, immortelle et qui va ".

  • Cette anthologie d'essais de Virginia Woolf, pour la plupart inédits en français, veut briser l'icône d'une femme douloureuse, pionnière du féminisme, engagée dans une littérature d'avant-garde que sa fin tragique - elle se suicide en 1941 - contribua à propager.
    Les textes que les traductrices ont retenus et traduits ont été écrits entre 1905 et 1929. Il s'agit de billets, de comptes rendus de lecture, d'essais, précédés par une Lettre ouverte au titre évocateur : Le projet de loi sur les plumes d'oiseaux. Chacun d'eux projette un regard comique ou décalé sur le monde de son temps. Très jeune, elle devient experte en détournement des codes et écrit des comptes rendus qui confinent à l'absurde (cf. Du pantalon, 1905). Elle se moque, en vérité, du métier de critique et de la profession de journaliste qu'elle pratique pour gagner de l'argent mais qu'elle tire toujours plus du côté de l'essai littéraire destiné à un lecteur idéal qui lit pour son propre plaisir. Le rire, parce qu'il tord les traits et les textes, joue un rôle essentiel dans son appropriation de l'essai comme genre réservé, avant elle, à l'autorité de la gente masculine. La valeur du rire (1905), titre de l'un des essais traduits, court dans toute l'oeuvre de Virginia Woolf ; le rire est dérision, élan vital, protection contre l'esprit de sérieux, or pur par opposition à l'humour qui n'est que fausse monnaie. De texte en texte, les colorations du rire vont de l'ironie la plus subtile au retournement carnavalesque des valeurs.

  • " je suis un peu bancale.
    Un peu, mais pas trop. c'est pour ça qu'ils m'ont amenée ici. pourtant, je sais que je n'ai rien à y faire. toutes ces mal foutues. rien à voir là-dedans. - ici tu verras, c'est le paradis des tortues !- le paradis des tortues ? j'ai demandé.
    - c'est ça "le paradis des tortues" ! et elles se sont esclaffées. hé les filles ! elles ont gueulé à la cantonade, vous saviez qu'ici, on était au paradis des tortues ! hé, les tortues ! vous entendez c'qu'a dit la p'tite ! ? " lorsque la petite débarque, un beau matin, dans cet hôpital, véritable cour des miracles, à la fois école et prison, elle a le sentiment d'entrer en enfer.
    Mais dans cet univers clos, derrière la laideur, les amitiés à la vie à la mort se nouent, les haines sévissent, les passions règnent. d'une plume vive, sans complaisance, emmanuelle marie peint les débuts de l'adolescence : l'égoïsme inconscient et féroce, les angoisses informulables, la cruauté, les rêves chimériques et grandioses, l'extrême sentiment d'impuissance. un très beau livre d'une surprenante maîtrise.

  • Le thème du dernier numéro de Présages n°18 était la prose. Présages n°19 a pour titre : "Comment est la poésie oe" Il est consacré à la poésie, à son côté secret, "caché", intime, lunaire. Chaque auteur fait précéder son texte poétique d'une introduction, clef pour la compréhension de sa poésie en particulier et de la poésie en général. Comme d'habitude, des auteurs français et étrangers participent au numéro : Michel Deguy et Jacques Izoard, Charles Dobzynski et Constantin Kedrov, Pierre Oster et Anca Vasiliu, des poètes de Bulgarie, du Canada, de Russie et de Roumanie.

  • Aliénor

    Richard Desjardins

    Dans un repli de cet étrange XIIe siècle, où les rois faisaient tout ce qu'ils voulaient, où les peuples vivaient dans la terreur religieuse, morts de peur ou de faim, Aliénor d'Aquitaine (1122-1204), cultivée et indépendante, épouse successivement le roi de France Louis VII, puis le futur roi d'Angleterre, Henri II, apportant ses possessions et titres à l'un puis à l'autre des deux souverains.
    En tenant une cour fastueuse sur ses terres d'Aquitaine, elle favorise l'expression poétique des troubadours. Contrastant avec cette vie royale, la violence, l'injustice et le malheur frappent les paysans. L'un d'eux, Gauthier sans Avoir, pauvre comme du sel, meurtri et profondément lésé, incapable de se faire entendre, entreprend de se faire justice. La scène se déroule à l'abbaye de Fontevraud, le 31 mars 1204.
    Aliénor se meurt.

  • Régine Deforges revisite un fait divers historique qui fit grand bruit : Aimée Millot, la bergère d'Ivry, assassinée à dix-neuf ans, le 25 mai 1827, par un amoureux éconduit. Pris de remords, Honoré Ulbach se rend à la police et est guillotiné le 10 septembre suivant. Cette histoire inspira Victor Hugo qui se trouvait parmi les témoins de l'exécution. Il commença aussitôt Le Dernier jour d'un condamné, qui parut en 1829, la même année que Notre-Dame de Paris, et marqua le début de son combat contre la peine de mort, un combat qui n'est jamais définitivement gagné.
    C'est la puissance créatrice du jeune Hugo (il a alors 25 ans) qui a passionné Régine Deforges, sans oublier son engagement contre le crime légal.
    La disparition soudaine de Régine, le 3 avril dernier, nous laisse un roman qui nous entraîne dans le Paris du XIXe siècle et nous permet de rencontrer, en plus de Victor Hugo, sa femme Adèle, Lamartine, Chateaubriand, Sainte-Beuve, Béranger, Daumier, La Fayette... Nous assistons même, avec Juliette Drouet, à la bataille d'Hernani.

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