Gallimard

  • Ce livre invite à déconstruire l'idée contemporaine d'identité nationale à partir de l'Antiquité romaine.
    Pourquoi revenir à l'Antiquité ? L'Antiquité sert à conforter les penseurs contemporains qui s'y projettent, ayant le sentiment confortable que leurs idées ont toujours été là. L'anthropologie historique vise à bousculer ce confort intellectuel grâce au fameux « regard éloigné ». Pourquoi Rome et non Athènes? Athènes était une cité refermée sur elle-même. L'Athénien était citoyen de père et de mère, en fils ; le peuple d'Athènes n'accordait que rarement la citoyenneté à des étrangers.
    Rome appliquait une politique contraire. Dès les premiers temps, elle donnait largement la citoyenneté aux ennemis vaincus et aux affranchis qui, intégrés, lui ont fourni des armées innombrables et une élite sans cesse renouvelée. A partir de là, il était tentant d'aller voir quelle conception de la citoyenneté et de l'identité romaine avaient permis cette société ouverte (multiculturelle ou métissée ?) qui était celle de « nos ancêtres les Romains ».
    Or non seulement la citoyenneté romaine était un statut juridique sans contenu racial, ethnique ou culturel mais encore elle reposait sur l'origo, notion juridique complexe qui impliquait que tout citoyen romain d'une façon ou d'une autre venait d'ailleurs. Tous des étrangers : ce qu'illustre l'Enéide, poème de l'origo qui célèbre Énée, le « père » des Romains et figure de l'altérité : le héros venu d'ailleurs et qui n'a pas fondé Rome.

  • A la fin du XIXe siècle, dans le haut Limousin, territoire disgracié de la France rurale, un jeune homme, fils naturel d'une simple d'esprit et d'un inconnu, affligé d'un pied bot, pauvre de surcroît, découvre les gestes et la technique qui feront de lui un photographe ambulant. Il est né en 1866 et se suicide en 1910. Retrouvées dans le grenier de la mairie d'Aix-la-Marsalouse, ses plaques témoignent d'un singulier souci de donner à voir ce qui n'avait pour ainsi dire pas d'image une population appelée à disparaître dans les décennies à venir. L'art du bref n'est pas une biographie d'Antoine Coudert, ce photographe dont on ne sait presque rien et dont l'existence tragique a quelque chose des héros de Faulkner. Parler de lui, c'est se vouer peu ou prou à la fiction. C'est entrer dans un songe noir pour y chercher de la clarté. C'est enfin réfléchir sur la photographie, laquelle n'est peut-être pas un art - ou alors un art par défaut, un art modeste, un art du bref. R.M.

  • Le 22 novembre 1906, la jeune Virginia Stephen adresse quelques lignes respectueuses à un ami de son frère (" Cher Mr. Strachey, nous aimerions tant vous voir, si vous pouviez nous rendre visite un jour prochain. Dimanche qui vient vous conviendrait-il, vers six heures du soir ? Vanessa va beaucoup mieux et aimerait vous parler. "). Vingt-cinq ans plus tard - l'arc de temps que couvre le présent volume -, ils sont l'un et l'autre célèbres, et à la tête d'oeuvres qui marquent déjà l'époque. Il est le démystificateur féroce du siècle de Victoria, et l'auteur d'essais lumineux sur la littérature, le théâtre et l'histoire ; elle a déjà publié plusieurs de ses oeuvres majeures, de La Chambre de Jacob à Mrs. Dalloway et La Promenade au phare. Ils s'entrelisent, se complimentent, se critiquent, évoquent leur quotidien, moquent les ridicules de l'infortunée Ottoline Morrell et disent tout le bien, et le mal, qu'ils pensent de ceux qui les entourent - de Roger Fry à E. M. Forster, via Keynes, Clive Bell ou Duncan Grant. Publié à l'origine dans une version largement censurée, pour ménager les susceptibilités de certains protagonistes, par Leonard Woolf et James Strachey, cet échange entre deux esprits aigus, et " pas toujours charitables ", offre une chronique fascinante du cercle de Bloomsbury, et paraît ici pour la première fois dans son intégralité, augmenté de lettres retrouvées depuis l'édition originale.

  • Dans sa vieillesse - elle est âgée de plus de quatre-vingts ans - la mère du révérend Jôjin apprend un jour que son fils, éminent religieux lui-même sexagénaire, a décidé d'aller faire pèlerinage en Chine.
    L'expérience d'une telle séparation, qu'elle juge " sans exemple au monde ", l'incite à prendre la plume pendant près de trois ans (de 1071 à 1073), jusqu'à ses derniers moments sans doute, elle va tenir son journal et noter les épisodes qui marquent les adieux, puis le départ de Jôjin, les étapes successives du voyage de celui-ci vers le continent, mais surtout ses propres sentiments : douleur, révolte, ressentiment, espoir de le retrouver en ce monde ou dans l'autre.
    Parmi les écrits autobiographiques qu'ont laissés les femmes du Japon ancien, celui-ci est unique par son thème : l'amour maternel, avec sa violence et ses ambiguïtés.

  • rassemblant plus de quatre cents lettres, cartes postales, billets et télégrammes, la publication de la correspondance entre louise de vilmorin et duff et diana cooper, couple diplomatique en poste à paris après la seconde guerre mondiale, apporte un éclairage nouveau sur la relation originale, " à trois ", qu'ils ont entretenue à partir de 1944, date à laquelle, invité à verrières-le-buisson par louise de vilmorin, duff cooper " l'embrassa et tomba amoureux d'elle ".
    son épouse ne tarda pas elle non plus à se dire " subjuguée par son charme ". cet extraordinaire échange épistolaire est presque entièrement inédit. il est d'ailleurs rare qu'une correspondance croisée soit aussi bien conservée ; le don ou le dépôt dans des institutions publiques, plutôt qu'une dispersion dans le marché de l'autographe y est pour beaucoup. l'intérêt de ces lettres est considérable, en ce qu'elles font apparaître le réseau des relations sociales de la romancière et du couple britannique, qu'elles donnent à voir les dessous de la vie politique et littéraire des années 1940-1950 et qu'elles livrent obliquement, mais sous un jour inattendu, un témoignage sur les faits marquants de cette époque.
    c'est surtout l'expression d'une formidable et fulgurante histoire d'amour qui ne cessera véritablement qu'à la mort de l'ambassadeur, en 1954.

  • Extraordinaire créatrice de bijoux, qui a travaillé pour Balenciaga, Schiaparelli, les Windsor ou Leonor Fini, parmi tant d'autres, Lina Baretti, disparue en 1994, ne s'adressa qu'à un cercle de happy few, ce qui contribua à son total effacement de la mémoire de la mode.
    Stupéfiants d'invention et de beauté formelle, ses bijoux se distinguent par le choix résolu de matériaux « pauvres » - liège, mica, velours « sabrés », cannetille, perles - et par un esprit proche de celui de Fulco di Verdura ou de Jean Schlumberger.Les formes naturelles de son enfance en Corse - coquillages, élytres de scarabées, ancolies, pommes de pin, écailles de poissons - soutiennent son inspiration tout au long de son trajet, jusque dans les années 1970. Précises et fragiles, scintillantes et minutieuses, ces découpes de fines feuilles de métal aux surfaces chatoyantes ont la légèreté et la souplesse des vrilles de la vigne.
    Première monographie consacrée à cette créatrice singulière, ce livre est une véritable révélation, rassemblant ses bijoux et parures les plus remarquables, en même temps qu'il offre un nouvel aperçu sur les cercles artistiques et mondains d'après-guerre.

  • Lucien Lelong

    Demornex Jacque

    Figure centrale de la mode des années vingt aux années cinquante, aujourd'hui méconnu, Lucien Lelong fut à bien des égards le précurseur de la mode dans ses formes et ses développements les plus actuels. Partisan dès 1925 d'une silhouette « kinétique », c'est-à-dire d'une ligne souple, moderne, dynamique, il fut aussi le premier à imaginer, une dizaine d'années plus tard, le prêt-à-porter de luxe et à penser l'unité d'une production, du vêtement aux accessoires et aux parfums, considérant la mode autant dans sa dimension esthétique qu'industrielle et commerciale. Il concevait ses modèles comme des épures d'architecte, épousant le corps pour mieux le libérer. Ses drapés sont aussi fluides et sculpturaux - en quoi ils inspirèrent les plus grands photographes, de Horst à Beaton - que ceux d'une Madeleine Vionnet ou d'une Madame Grès.
    Premier ouvrage entièrement consacré au couturier, riche d'une iconographie fascinante et souvent inédite, le livre de Jacqueline Demornex offre en même temps la chronique d'une période et de ses acteurs, artistes et créateurs célèbres, de Chanel à Serge Lifar, et de Cocteau à l'énigmatique, la solaire Nathalie Paley, objet de la folle passion du poète, mais qui choisit d'épouser Lelong, et d'en devenir la muse.

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