Epel

  • Chérir, plutôt qu'éradiquer la diversité des pratiques sexuelles, tel est le programme d'une théorie politique radicale de la sexualité selon Gayle Rubin.
    Sa mise en oeuvre s'est heurtée à la volonté permanente d'imposer une bonne sexualité : hétérosexuelle, monogame, conjugale, gratuite, intragénérationnelle, génitale, à deux, procréative, sans sex toys ni usage de pornographie. Gayle Rubin, féministe et lesbienne militante, est ainsi devenue la cible de la droite états-unienne comme de pans entiers des mouvements féministes et lesbiens. Écrivant sous forme d'articles clairs et décisifs, elle a ouvert la voie au développement d'outils d'analyse spécifiques pour comprendre les oppressions matérielles et symboliques subies par les hors-la-loi du sexe et a contribué à la fondation de la théorie féministe, des études de genre et de la théorie queer.
    Les réflexions de Michel Foucault sur l'éthique du sadomasochisme masculin se trouvent ici éclairées par celte qu'il appelle " notre amie Gayle Rubin ".

  • Alors que tous les cas, ou presque, publiés par Freud ont fait l'objet de recherches historiques ces vingt dernières années, la " jeune Homosexuelle " a été tenue à l'écart des investigations. La voici donc qui, post mortem, prend la parole, dit sa version de sa rencontre avec Freud, mais aussi sa vie mouvementée : scandale de son amour viennois d'une prostituée nobiliaire, juive exposée au national-socialisme avant de connaître un exil bientôt désargenté. Bien des questions, laissées sans réponse par le texte de Freud, se trouvent là résolues. Et Freud démenti sur certains points (dont le récit lui-même du passage à l'acte). Les analyses de Lacan et d'autres commentateurs en sont-elles affectées ? Ires Rieder et Diana Voigt ont personnellement connu Sidonie Csillag. S'étant de nombreuses fois entretenues avec cette femme dont l'âge n'avait pas entamé la débordante vitalité, elles brossent ici un magnifique portrait de sa vie si singulière. Sa biographie se lit comme un roman.

  • En 1986, le psychanalyste Didier Anzieu confirmait que sa mère avait été Aimée, cette femme dont Lacan écrivit la folie dans sa thèse. Par la grâce de cette identification, des noms pouvaient sortir comme de l'ombre, des lieux, des dates venaient prendre leur place ; ainsi s'ouvrait la possibilité d'une lecture enfin critique de la seule monographie clinique jamais écrite par Lacan.
    L'ouvrage comporte les documents d'époque. On y trouve aussi la correspondance Allouch/Anzieu qui accompagna l'écriture du livre. Le dernier mot revient à Anzieu en sa postface.


  • en récusant qu'elle soit une psychologie (avec ou sans profondeur), un art, une religion, une magie et même une science, lacan aurait-il laissé la psychanalyse comme flottant en l'air, ne sachant plus ce qu'elle est ni oú elle est ? jacques derrida la tenait pour un discours instable et insituable, mais " discours " ne va pas non plus.
    pourtant, en 1982, dans son cours sur " l'herméneutique du sujet ", michel foucault adressait aux psychanalystes une proposition effective. la psychanalyse n'a pas su, notait-il, se penser " dans le tranchant historique de l'existence de la spiritualité et de ses exigences ". partant, elle se serait faite oublieuse de cela même qu'elle est : une expérience spirituelle, par laquelle, via un autre, le sujet opère sur lui-même les transformations nécessaires pour accéder à sa vérité.
    seul lacan, ajoutait foucault, n'aurait pas participé de cet oubli. de là trois questions : y a-t-il lieu d'accréditer cette généalogie de la psychanalyse que bâtit foucault ? qu'en est-il de la spiritualité chez lacan ? et chez freud oe.

  • Une romancière (Dominique Desanti) l'a dit : psychanalyser est un métier de chien.
    Et un psychanalyste (Jacques Lacan) l'a approuvée publiquement, allant jusqu'à écrire, dans Le Monde : " Cléo [l'héroïne de Un métier de chien] livre sans choquer ce qui serait autrement impossible à dire, ce que jamais les vraies psychanalystes dans la vie ne révéleront : la vérité d'une femme sur l'amour. " Qu'est-ce donc qu'aimer en chien ? qu'aimer un chien ? que l'amour chien ? que la chiennerie amoureuse ? Sidonie Csillag (ladite " jeune homosexuelle " chez Freud), décédée en 1999, exemplifia, dans sa vie, cet amour chien.
    Son enseignement est ici pris en compte. En résulte un curieux chassé-croisé entre discours psychanalytique et discours lesbien, où s'éclaire, mais en creux, un point resté des plus opaques dans la psychanalyse : l'amour de transfert. Ce nouvel amour relèverait-il de la chiennerie amoureuse ?.

  • Le choix de l'homosexualité

    B Perreau

    • Epel
    • 26 Mars 2007

    Dans la foulée du séminaire " Sociologie des homosexualités " (1998-2004) dirigé par Françoise Gaspard et Didier Eribon, une nouvelle génération de chercheuses et chercheurs s'est engagée avec résolution sur la voie des études gays et lesbiennes.
    Par son choix de l'homosexualité, elle confronte les sciences humaines et sociales à leurs impensés catégoriels et plaide pour " une autre dimension de connaissance " (Monique Wittig). Aux côtés de quelques-uns des meilleurs spécialistes français et étrangers, ces jeunes universitaires donnent l'occasion de découvrir des terrains aussi divers que fascinants : de l'amitié chrétienne médiévale au lesbianisme dans le mouvement des Femmes en noir en Israël, du cinéma militant des années soixante-dix au vécu des familles homoparentales, des catégories sexuelles antiques à la géographie commerciale parisienne, des comportements sexuels masculins dans le contexte du VIH aux modalités d'enregistrement du Pacs, etc.

  • Quid pro quo t.5

    Collectif

    • Epel
    • 9 Juin 2010

    Le numéro 5 de la revue Quid pro quo vient de paraître. Il comporte trois petits livres. Le premier porte sur l'ouvrage collectif Génération MLF 1968-2008. Ce Mouvement passe, le plus souvent encore aujourd'hui, pour l'incarnation du féminisme. Croisant une version de la psychanalyse, la parrêsia antique dont Michel Foucault fit grand cas, et de multiples références, Marie-Hélène Devoisin montre dans un texte aux allures de Manifeste, qu'il n'en est rien.

    Il y a quelques années de cela, le linguiste Jean-claude Milner se demandait tranquillement si il existait encore une vie intellectuelle en France. La réponse était dans la question. À l'occasion de son dernier livre, lecture peu commune de ce que fut l'aventure de la Gauche prolétarienne à laquelle il appartint, son signataire se demande si ce livre peut être tenu pour le dernier volet d'un triptyque, avec deux de ses livres antérieurs, Les Penchants criminels de l'Europe démocratique (2003) et Le Juif de savoir (2006). Dans une lecture qui déborde aussi ces trois livres, relisant Milner, Laurent Cornaz prend la balle au bond, interrogeant le statut de L'avenir. Une inattendue figure émerge de cette lecture critique.

    De son côté, Hyacintha Lofé se saisit de la publication du livre de Tobie Nathan, À qui j'appartiens ? pour revisiter le parcours de T. Nathan au-delà de ces vingt dernières années, sa proximité puis finalement sa rupture d'avec la psychanalyse. Qu'en est-il de son prolongement de "l'éthnopsychiatrie" proposée par son maître Georges Devereux, avec qui finalement il rompit un samedi soir de 1981. Pour une Autre appartenance.

    Ces trois essais montrent aussi, selon des voies multiples, comment la psychanalyse, si pressente aujourd'hui dans la culture, n'en réduit pas pour autant le malaise ; faisant l'objet de refus pas toujours bruyants.

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