Belles Lettres

  • Sages et sagaces, parfois téméraires, ces femmes de toutes les conditions et de toutes les époques de la Renaissance à nos jours ont pour point commun leur engagement en faveur des lettres anciennes. Pionnières de l'émancipation féminine, héroïnes du latin et du grec, elles ont préféré aux travaux d'aiguille les travaux de plume. Femmes de leur temps et femmes d'exceptions, intellectuelles dotées d'un esprit aussi curieux que passionné, ces grandes dames du temps jadis et de naguère donnent un visage nouveau à l'humanisme, un visage admirable, et féminin.
    Loin de tout militantisme, ce volume offre l'occasion inédite de voir vivre ces 12 femmes flamboyantes que leur condition a eu tendance à pousser dans l'ombre.
    Dans cette galerie de portraits à la fois classiques et atypiques, le lecteur fera la connaissance de Perrette Bade, de Julie Favre ou de Catherine Desroche partagera le courage et l'acharnement de Juliette Ernst, l'originalité et l'éclectisme de Marie Delcourt, la liberté de Mme du Châtelet et de Marguerite Yourcenar et la constance et la clarté idéales de Jacqueline de Romilly.
    À travers ces visages attachants, se dessine l'histoire de la condition féminine où il a été si difficile, si peu naturel d'être reconnue pour ses qualités intellectuelles. Des femmes savantes il est bien agréable d'en rire, il l'est tout autant de les admirer.

  • Qu'est-ce qui distingue le journal qu'a tenu Virginia Woolf de tant d'autres journaux intimes ? On le lit comme un roman, car il est bien écrit. Comme un roman policier, car le suspense est là : année par année, on assiste en direct à la naissance de ses livres. À partir de quelques mots...
    Père, et Mère, et l'enfant dans le jardin : la mort. Presque rien. Une phalène pénètre dans la pièce. Ensuite, on l'accompagne dans la plus belle des aventures artistiques.
    Jusqu'au dénouement, Oh, quel soulagement, se réveiller et se dire : « j'ai terminé ». Comme dans une série, on est déçus que ça se termine et on a envie de vivre le prochain épisode. Heureusement il y en a. La Chambre de Jacob, Mrs Dalloway, Vers le Phare, Orlando... De plus on n'est jamais lassés car Virginia Woolf en dit beaucoup - et on a l'impression que c'est à nous, lecteurs, qu'elle le dit - sur elle, ses hésitations, sa confiance dans les mots, les bonheurs qu'elle sait nous faire partager, son angoisse au moment de la publication, qui la rend littéralement malade.
    Et en parallèle, elle a écrit des centaines de lettres où là encore, elle a inlassablement dévoilé les secrets de son travail. C'est le journal d'un écrivain et plus encore, le journal d'une vie. Qu'elle a poursuivi jusqu'au mot fin de cette vie. Tout mon travail d'écrivain se lit aussi comme un livre d'aventure.

  • Pour Virginia Woolf, si les livres doivent tenir tout seuls sur leurs pieds, c'est qu'ils n'ont pas besoin de préface ou d'introduction pour exister. Heureusement qu'elle n'a pas suivi ses propres conseils ! Nous n'aurions pas eu la chance de lire ces 22 essais ou critiques qui nous montrent, entre autres, Thomas Hardy, Katherine Mansfield, Jane Austen, Thoreau ou Conrad, comme nous ne les avions jamais vus.
    Quelques mots suffisent à l'auteur de Mrs Dalloway pour définir Tchekhov : « s'il n'est pas au niveau des génies inspirés devant lesquels on s'incline, c'est parce qu'il est à notre niveau. » Et quelques phrases pour Defoe : « alors qu'il n'y a rien de métaphysique dans le récit par Daniel Defoe du séjour de Robinson Crusoé dans son île déserte, pourquoi réussit-il à en faire un chef d'oeuvre, alors qu'il n'y a pas de solitude, pas d'âme, qu'une chose à laquelle nous faisons face, un grand pot en terre cuite ? » Ces pages nous font découvrir également l'insolence de Virginia Woolf (lorsqu'elle plaide pour que la littérature ne soit pas réservée aux « gens en perruque et en robe » mais offerte à tous ceux qui « mettent l'accent au mauvais endroit » pour qu'ils « piétinent les pelouses vénérables »), ou son humour (« pour transposer aujourd'hui la légende d'Achille, imaginons Tennyson tué sur les marches de St Paul par un aigle - non c'est trop fantastique - imaginons-le tué par un taxi »).

  • Maquisarde pendant la Seconde Guerre Mondiale, journaliste et essayiste, Oriana Fallaci a compté au nombre des grands reporters internationaux.
    Italienne, elle a été attachée à l'Europeo de Milan et a travaillé pour les principaux hebdomadaires et magazines d'Europe et d'Amérique. Ses interviews avec de nombreux chefs d'État et des personnalités internationales sont devenues célèbre. Le livre que voici, récit d'une année de sa vie, elle l'a écrit pour répondre à la question d'une enfant : « La vie qu'est-ce que c'est ? ».

  • Pendant plus de cent ans, les physiciens ont pris pour parole d'évangile l'affirmation de John Keat selon laquelle la « beauté est vérité ».
    Qu'ils soient en train d'évaluer l'existence des trous noirs ou qu'ils prédisent de nouvelles découvertes au CNES, les physiciens croient que les meilleures théories sont belles, naturelles et élégantes. Ce standard sépare les théories popularisées des théories bonnes à jeter. Malheureusement, comme le démontre Sabine Hossenfelder, ce standard a également fait obstacle à toute avancée théorique majeure en physique depuis plus de quarante ans.
    Dans Lost in Maths, Sabine Hossenfelder explore comment cette préoccupation moderne pour la beauté nous aveugle et nous empêche de voir le monde naturel tel qu'il est. Aiguillés par le seul critère esthétique, les physiciens ont conçu de nouvelles théories ahurissantes, inventé une douzaine de nouvelles particules et déclaré que les lieux éloignés dans l'espace sont connectés par des vortex. Mais l'observation scientifique a été incapable de confirmer presque toutes ces idées - en fait, la plupart ne peuvent même pas être testées. Pour échapper à ce cul-de-sac théorique, les physiciens doivent repenser leurs méthodes d'analyse. Lost in maths nous rappelle que ce n'est qu'en embrassant la réalité telle qu'elle est, sans essayer de l'enjoliver ou de la structurer a priori, que la science peut déchiffrer l'univers.

  • En Grèce ancienne et dans la Rome antique, on ne parle pas d'« homosexuels » ni d'« hétérosexuels » car ces catégories n'ont pas cours à ces époques. Les pratiques sexuelles ne sont pas passées sous silence pour autant, mais elles sont perçues et évaluées selon des critères qui engagent la citoyenneté, la maîtrise de soi, ou encore l'âge ou les modalités du rapport érotique. Certaines de ces pratiques, cependant, échappent à ces critères et ont été peu étudiées jusqu'à présent : il s'agit des relations sexuelles entre femmes.

    Loin de ce que l'on imagine aujourd'hui de l'« Amazone » ou de la femme débauchée et adonnée à la luxure, loin également des images d'Épinal des amours saphiques et éthérées, la littérature et les documents figurés se font l'écho d'attitudes et de représentations que Sandra Boehringer entreprend ici de recenser, de déchiffrer et d'analyser.

    Ce faisant, elle esquisse la cartographie d'un système antique de genre, révélant une organisation sociale fortement codifiée. Dans le monde grec et romain, les lois du désir sont très différentes des nôtres, et l'érotisme s'invente là où l'on ne l'attend pas.

  • Lévi-Strauss

    Olivier Dekens

    Claude Lévi-Strauss (1908-2009), père de l'anthropologie structurale, est le plus célèbre des inconnus. Célèbre pour avoir, par sa longévité et l'ampleur de son oeuvre, marqué l'ensemble de la vie intellectuelle du XXe siècle, il nous est devenu inconnu, par l'oubli dans lequel nous sommes tombés des grands axes qui l'ont organisée.
    Comment comprendre la singularité des thèses de Lévi-Strauss sans avoir une idée de ce qu'est le structuralisme ? Comment saisir la spécificité de son oeuvre sans disposer d'une connaissance des disciplines et courants avec lesquelles elle entre en débat : la philosophie, la linguistique, la psychanalyse, le marxisme ou l'existentialisme ? Comment, enfin, donner toute sa portée aux prétentions scientifiques de l'anthropologie structurale quand on réduit les sciences humaines à une perception de la réalité sociale ?
    L'ambition de cet ouvrage est de répondre à ces questions par une traversée des textes de Lévi-Strauss, des Structures élémentaires de la Parenté à La Potière jalouse en passant par Tristes tropiques, La Pensée sauvage, Le Cru et le Cuit et Le Regard éloigné.
    Il s'agira de comprendre finalement pourquoi Claude Lévi-Strauss peut-être considéré comme philosophe malgré lui, en tant que scientifique produisant de la philosophie par les moyens qu'il met en place pour mieux s'en écarter.

  • Derrida

    Salanskis J-M.

    Jacques Derrida (1930-2004) n'est pas seulement un membre de la génération subversive des années 60-70, il a en quelque sorte régné sur ce moment philosophique. Sa manière était plus austère, son propos moins exaltant, mais il passait pour le plus brillant, s'avérait comme le plus fécond et devançait les autres dans la reconnaissance internationale. Les adeptes de chacun des autres le connaissaient et reconnaissaient ; il les réunissait, en un sens. Il fut compté, d'ailleurs, comme le plus exaspérant par tous ceux qui sentaient dans ce moment un jeu trouble à l'égard de la rationalité.
    Il est encore trop proche de nos vies pour que l'on puisse prétendre rendre entièrement justice aux milliers de lignes de son oeuvre. Avec le présent ouvrage, on entend seulement offrir aux "amateurs" une introduction à une pensée difficile, accomplir un premier repérage de ce qu'elle a fait, de la manière dont elle nous a marqués et dont elle peut nous inspirer.
    On commence par exposer la pensée centrale de Derrida, celle dont le mot déconstruction signigie le programme. On raconte ensuite quelque chose du parcours de Derrida, du voyage de son écriture parmi les pays et les enjeux de la culture. Puis on décrit Derrida dans l'activité chez lui fondamentale de la lecture des philosophes, en prenant l'exemple de ses discussions de Husserl, Levinas et Heidegger. Enfin, on évoque sa postérité et les prolongements que sa pensée pourraient connaître.

  • Voici quelques vies qui s'ouvrent l'une sur l'autre comme une fenêtre sur une autre fenêtre sur une autre fenêtre encore. Un groupe de cas très singuliers, certains même extraordinaires, renvoient chacun à sa façon à une question douce et tenace que nous partageons tous. Pourquoi un tel besoin de nous sentir regardés pour nous sentir exister ? Pourquoi cette sourde passion d'être vus ? D'où ce désir de recevoir d'en face, dans d'autres yeux, confirmation, jugement ou certitude ? On appelle cela la vanité, mais le terme juge trop vite et saute à cloche-pied sur ce dont il s'agit.
    Tous les personnages, célèbres ou moins connus sont réels, mais leur vie tient du roman d'aventures : parmi ces "vieilles reines" et ces rois sans lendemain, sur lesquels l'auteur pose un regard doux, curieux et pénétrant, le lecteur se retrouvent face à Gertrude Duby-Blom (1901-1993), photographe et ethnologue à la défense des derniers Indiens Lacandon au Mexique, Alexandra David-Neel (1868-1969), orientaliste et grande voyageuse, exploratrice du Tibet, Goethe (1749-1959) figé dans l'interminable durée de Weimar, Bernard Berenson (1865-1959), qui voulait être Goethe et se retrouve immobilisé dans sa réputation d'expert et d'historien de l'art près de Florence, ou encore B. Traven, l'écrivain aventurier à l'identité mystérieuse, le plus célèbre des auteurs en fuite. Des figures secondaires les accompagnent brièvement, comme Tina Modotti (1896-1942), Florence Nightingale (1820-1910), Mae West (1906-1975), Joséphine Baker (1906-1975) ou Tolstoï (1828-1910).

  • L'Inde est le pays de l'initiation : dans l'Antiquité, connaissance et éducation tenaient une place centrale. Le premier propos était de cultiver une profondeur sans laquelle l'homme se sent étranger à lui-même. L'enfant était initié à l'écriture, l'étudiant aux études supérieures et à la découverte de soi, le disciple à la réalisation de l'Absolu.
    La vie sociale avait pour base une culture unifiante où chacun avait sa place et son rôle- son dharma : communautés, castes, tribus et nomades participaient au fonctionnement de ce vaste corps de l'Inde. Une société abondamment créatrice et prospère jusqu'à la colonisation britannique, qui pilla le pays et coupa l'éducation indienne de ses racines culturelles.
    Cet essai puise dans une connaissance intime de la société indienne, mais aussi dans les inscriptions de l'Inde ancienne et dans les écritures sacrées, telles que le Rig-Véda et les Upanishads. Surgissent enfants, femmes et yogis, dont les voix résonnant à travers les âges nous permettent de comprendre les sources vivantes de l'Inde et les fondements de cette unique culture de l'être.

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