Arlea

  • La maison de Bretagne

    Marie Sizun

    Décidée à vendre la maison du Finistère, où depuis l'enfance, elle passait ses vacances en famille, parce que restée seule, elle n'en a plus l'usage, et surtout parce que les souvenirs qu'elle garde de ce temps sont loin d'être heureux, Claire prend un congé d'une semaine de son bureau parisien pour régler l'affaire. Elle se rend sur place en voiture un dimanche d'octobre. Arrivée chez elle, une bien mauvaise surprise l'attend. Son projet va en être bouleversé. Cela pourrait être le début d'un roman policier. Il n'en est rien ou presque. L'enquête à laquelle la narratrice se voit soumise n'est que prétexte à une remontée des souvenirs attachés à cette maison autrement dramatique pour elle.
    Et si, à près de cinquante ans, elle faisait enfin le point sur elle-même et les siens ?

    Dans La Maison de Bretagne, Marie Sizun reprend le fil de sa trajectoire littéraire et retrouve le thème dans lequel elle excelle : les histoires de famille. Il suffit d'une maison, lieu de souvenirs s'il en est, pour que le passé non réglé refasse surface. L'énigme d'une mère, l'absence d'un père, les rapports houleux avec une soeur, voici la manière vivante de ce livre. Mais comme son titre l'indique, c'est aussi une déclaration d'amour à la Bretagne, à ses ciels chahutés et sa lumière grandiose, à l'ambiance hors du temps de ce village du bout des terres, face à l'Océan, où le sentiment de familiarité se mêle à l'étrangeté due à une longue absence.

  • Antigone

    Sophocle

    À la mort d'OEdipe, Étéocle et Polynice, ses deux fils, conviennent de régner à tour de rôle sur Thèbes. Mais, au moment voulu, Étéocle refuse de laisser le trône à son frère.
    Furieux, Polynice quitte Thèbes, va à Argos, y épouse une des filles du roi Adras, puis part en guerre contre Thèbes et son frère. L'armée d'Argos est défaite. Étéocle et Polynice s'entretuent. La pièce d'Antigone commence quand les deux filles d'OEdipe, Antigone et Ismène, apprennent que Créon, le roi de Thèbes, vient d'interdire l'enterrement de Polynice, leur frère, pour le punir d'avoir combattu contre sa patrie.
    Antigone transgresse le décret de Créon : elle veut enterrer son frère. Sa révolte n'est pas d'ordre seulement personnel et familial. Créon et Antigone incarnent deux idées de la communauté, deux conceptions de la loi, deux versions du sacré. Au coeur du conflit tragique, la vérité humaine et politique de la communauté est liée au sens que les vivants donnent à la mort et à la place qu'ils réservent aux morts. Apparue autour du VIIe siècle avant J.-C, la figure d'Antigone a traversé les siècles et les langues pour atteindre à l'universel.
    Sophocle a écrit environ cent vingt pièces (il nous en reste huit). Très attaché à sa ville, il passa les quatre-vingt-dix années de sa vie à Athènes. Athlète, musicien, chanteur et poète, Sophocle participa aussi au gouvernement, devint stratège (après le succès d'Antigone en 442 avant J.-C.), prit part à l'expédition de Samos avec Périclès et Thucydide. Les Athéniens, à sa mort, l'élevèrent au rang des dieux et lui consacrèrent un
    temple.

  • Suis-je orpheline de toi ou de l'absence de toi ? Tu vis désormais en moi comme le soleil de inuit, lactescent, éperdu de blancheur. Tu habites l'univers et mon arrière-monde. Je ne te cherche pas, tu es partout et introuvable. Tu es tapi dans le mohair des jours heureux. Tu es un lierre au feuillage persistant. La mort n'est pas une fin. Mon refus de ta disparition est tempéré par mon acceptation du monde.

    Cherchant à définir le lien qui l'unit à son père, Georges Wolinski, tué lors de l'attentat contre Charlie Hebdo, l'auteur revit les jours sombres de janvier 2015 et interroge les confins rouillés de sa mémoire, à travers une écriture qui revient inlassablement sur le motif. Entre refus et acceptation, l'adieu au père devient un chant d'amour et de consolation.

  • Un trauma dans l'enfance, une petite fille abusée et la trace en elle indélébile qui l'empêche d'être une femme, d'être tout simplement heureuse. Peut-on survivre sans dommages à de telles violences ? L'oubli est impossible. Comment réparer ? Car c'est bien de réparation qu'il s'agit dans ce court et intense roman d'Hélène Veyssier.
    Bien sûr il faudra du temps et il y aura de la souffrance, mais Camille, devenue femme, trouvera le chemin de l'apaisement. Il suffira d'une rencontre, improbable, de l'évidence et de la force d'un amour, pour que la résilience se fasse.
    Il y aura aussi le souvenir apaisant d'un jardin et d'une maison d'enfance, la force maléfique d'un visage sur un tableau découvert par hasard, l'histoire tourmentée d'un peintre héritier du mouvement des Macchiaioli, groupe de jeunes artistes italiens révoltés dans les années 1860 considérés comme les précurseurs des impressionnistes, l'amour d'un frère. Il faudra tout cela pour que Camille trouve enfin le chemin de la réparation.

  • L'été 1953. Une femme fuit avec sa petite fille et se réfugie chez sa soeur, mère d'une fillette, épouse d'un soldat en guerre en Indochine. Un quatuor féminin dans une maison isolée du sud de la France tourmenté au quotidien par les maris/pères, absents mais d'une présence obsédante. Un huis clos familial et estival où s'entrecroisent mystères et rebondissements, amours et haines, espoirs et désespoirs, douleurs d'enfants et douleurs d'adultes, jeux et interdits. Un drame singulier dans un milieu modeste de l'Après-guerre reconstitué avec exactitude, un suspens familial où la mort s'invitera.
    Les Grandes Poupées est un roman sur l'amour filial intense et confisqué, l'amour paternel radié, l'amour maternel combatif. C'est aussi un roman sur les anxiétés conjugales, les ambiguïtés parentales, la pénibilité de l'existence. Tout s'entrelace dans les craintes, avec ici ou là, des joies d'enfant, des souvenirs heureux à jamais perdus. Avec en toile de fond, la guerre d'Indochine, l'alcool et les malfrats du milieu marseillais.
    Le style y est léger, dépouillé, le ton distancié.

    Céline Debayle s'est attachée à restituer sans pathos, sans débordement sentimental, les maux de ses personnages le temps d'un été. Elle ne juge pas mais raconte une histoire originale et cruelle puisée, en partie, dans sa propre vie.

  • Oscar, un écrivain mexicain dont je n'avais jamais entendu parler, m'a contacté via Internet pour une rencontre. Il a juste précisé que cela concernait mon père. J'étais intrigué car celui-ci est mort depuis plus de vingt ans. Notre rendez-vous eut lieu à l'angle de la rue du Temple et de la rue du Petit-Thouars. Voilà, me dit-il, j'ai découvert que votre père a eu une relation amoureuse avec Frida Khalo quand elle est venue à Paris en 1939. Je savais qu'elle et lui s'étaient connus et qu'elle lui avait offert un tableau intitulé Le Coeur, mais jamais il n'avait évoqué une quelconque liaison avec elle.

    Ainsi commence le livre de Marc Petitjean. Par une première rencontre qui le plonge soudain dans la vie tumultueuse de Frida Kahlo, artiste engagée, anticonformiste, bisexuelle, redécouverte par les féministes aux États-Unis et en Europe dans les années 80, devenant l'icône que l'on connaît aujourd'hui - mais aussi dans les zones secrètes de la vie de son propre père.

    Qui était ce curieux Michel Petitjean ? Quelle a été la relation entre lui et Frida durant les quelques semaines de son séjour en Europe, en compagnie d'André Breton, de Picasso de Dora Maar, de Marcel Duchamp ? Et pourquoi lui a-t-elle offert ce tableau énigmatique et si intime ?

    Le mystère de cette relation, à l'image de Frida Kahlo, est d'une telle force qu'elle traverse tout le livre comme un trait de lumière.

  • Paris 1944. Une fillette de quatre ans vit seule avec sa mère, femme fantasque qu'elle adore. Lorsque le père - qu'elle n'a jamais vu - rentre de sa captivité en Allemagne, l'existence de celle qu'on appelle « la petite » est bouleversée. Elle éprouve d'abord pour cet « intrus » de la haine, puis elle se met à l'aimer d'un amour absolu. Mais elle sera à l'origine d'un drame familial, dont l'ombre se dessinait dès les premières pages du livre.

    Qu'est-ce qu'un père ? C'est la question qui court tout au long de cette remontée de souvenirs, poignants mais distanciés, écrits à la troisième personne et dans une grande économie de style. La réponse, lumineuse, nous sera donnée dans les tout derniers mots du texte.

  • Traduit et présenté par Claude Terreaux, à qui l'on doit, chez Arléa, des traductions d'Ésope, de Sénèque, de Plutarque et de Cicéron, et surtout la très ludique grammaire latine Vous reprendrez bien un peu de latin, qui fut un vrai succès de librairie (14 400 exemplaires), le Mulierum virtute (" la vertu des femmes ") - que nous publions sous le titre De l'excellence des femmes - n'est pas un traité de morale.
    En fait, Plutarque entend prouver ici que " l'excellence de l'homme et de la femme sont une seule et même chose ". Il rassemble à cet effet une collection de récits dont les femmes sont les héroïnes, laissant au lecteur le soin de faire la comparaison avec les personnages masculins de son choix.
    Plutarque montre que certaines femmes, refusant de subir un sort qui ne leur convient pas, prennent en main leur destin et, parfois, parviennent à changer le cours de l'Histoire. Dans la plupart de ces textes, on est frappé par leur liberté à la fois de parole et d'action. Peut-être Plutarque embellit-il la réalité, en tout cas, il présente ces récits comme authentiques - et d'ailleurs beaucoup sont historiquement datables.
    Si les femmes - autant à Rome qu'à Athènes - étaient soumises à toutes sortes de règles et de contraintes, cela ne faisait pas d'elles des esclaves, ni des êtres de catégorie inférieure. C'est à l'évidence ce dont Plutarque témoigne à travers ces historiettes.

  • éclats d'enfance

    Marie Sizun

    • Arlea
    • 3 Septembre 2009

    Il est toujours étrange et parfois douloureux de retrouver le cadre de son enfance.
    Soucieuse d'éviter " l'immeuble de briques rouges " du huis clos familial, avec ses secrets et ses drames, Marie Sizun nous mène par les rues, pour elle si familières, du XXe arrondissement de Paris, de la porte des Lilas à la place des Fêtes. Surgissent alors les souvenirs en autant d'éclats lumineux, qui ressuscitent le Paris des années 1950 et disent les émotions et les rêves qui font passer de l'enfance à l'adolescence et orientent définitivement les choix de l'adulte.
    Ce récit authentique et poignant, mais toujours retenu, Marie Sizun l'a conçu comme un roman, et il se lit comme un roman.

  • Qu'est-ce que l'expérience du temps ? Qu'est-ce que l'expérience du temps au prisme de la matérialité du corps féminin, à celui de la jeunesse ou de la vieillesse ?

    Celle qui se pose - et nous pose - ces questions est une femme italienne de plus de quarante ans (Nel mezzo del camin di nostra vita) qui, progressivement, a vu se détourner d'elle le regard des hommes, qui a renoncé à l'espoir d'avoir un jour des enfants, qui voit son corps subir les outrages du temps, qui se retourne sur sa jeunesse, si proche, si présente mais à jamais perdue, et qui ne renonce ni à sa féminité, ni à sa liberté.

    Ce n'est pas un regard nostalgique ; il s'agit d'une méditation sur le temps considéré comme unité de mesure, mais aussi lien de l'âme et du corps, et de cet étrange équilibre - ou déséquilibre - qui nous accompagne toute la vie dans nos peurs comme dans nos amours.

    Dans ce récit à la fois philosophique et singulier, romanesque et méditatif, Antonella aborde tous les âges de la vie avec une franchise toute napolitaine ! Le livre a remporté le Premio Napoli 2006 (prestigieuse récompense littéraire de la péninsule).

  • La décolonisation est la forme la plus instinctive et la plus avancée de la liberté. Elle est l'avant-garde de toutes les libertés. Mais elle est la plus malheureuse de toutes, car elle n'a pas tenu ses promesses. J'avais annoncé que je ferais mieux que les Européens mais, un demi-siècle après, je ne sais toujours pas où j'en suis, si j'avance ou si je recule, si je suis un primitif ou un moderne, un sauvage ou un civilisé, si j'aime la patrie ou si je l'exècre. Suis-je encore le jouet de forces extérieures qui me dépassent ? Ou bien est-ce moi qui précipite ma perte par mes erreurs et mes aveuglements ? Mais j'ai beau me chercher des excuses, elles ne me convainquent pas. Quoi, encore victime, moi ? Non, c'est trop facile. Je ne suis plus cet objet hébété, inconscient, subissant les effets sans être pour rien dans les causes, dépouillé de ses facultés de penser et d'agir. Je ne suis plus sous tutelle. Je suis souverain.
    D'emblée, Hélé Béji donne le ton : " liberté " est le maître mot de sa brillante analyse sur la fin du colonialisme, l'Indépendance et la démocratie dans son pays, la Tunisie - qui est ici parangon de tous les jeunes États ayant gagné leur indépendance de haute lutte dans les années 1950-1960. Si, parmi les causes des errements et des incuries des " jeunes pays ", elle n'oublie pas les crimes et les injustices des ex-puissances coloniales, ce sont surtout les responsabilités de ces jeunes nations qu'elle entend stigmatiser dans cet essai.
    Comparant l'état actuel de son pays avec les rêves et les espoirs qui ont alimenté les diverses luttes anticoloniales, Hélé Béji constate à quel point les ambitions des " combattants de la liberté " ont été déçues.
    Après son remarquable travail sur la place de la femme dans le monde musulman moderne (Une force qui demeure, Arléa, 2006), Hélé Béji prend de la hauteur et étend son analyse à l'ensemble des jeunes États, refusant de voir une fatalité dans leurs dysfonctionnements. Elle met ainsi en évidence les responsabilités des intellectuels et des politiques, et, entre la maîtrise d'un passé assumé, une pratique tolérante de la religion, l'instauration d'une " laïcité " originale et réellement démocratique, elle ouvre la voie à quelques perspectives capables d'apporter des solutions aux problèmes de ces jeunes nations.
    Quoi que nous fassions ou que nous pensions, nous, décolonisés, la liberté est désormais l'air invisible que nous respirons sans nous en rendre compte. Maladive ou vigoureuse, elle est déjà en nous, même si nous ne la voyons pas. Fantôme insaisissable sorti d'un monde devant lequel nous nous sentons impuissants et chétifs, elle exige un courage dont il faudra bien que nous trouvions un jour la force. Elle est là, même si nous détournons le regard pour ne pas la voir. Elle est un devoir dont nous nous acquitterons vis-à-vis de nos enfants, même si nous ne l'avons pas reçue de nos ancêtres. L'héritage n'est pas seulement quelque chose qui remonte du passé, c'est un bien qui dévale du futur.

  • Le roman de Marina

    Dominique Desanti

    • Arlea
    • 1 Octobre 2009

    Evocation de la poétesse russe Marina Tsvetaeva (1892-1941). Ayant suivi son mari Serge Efron en exil à Berlin, Prague et Paris, elle devient une figure de la vie littéraire et fréquente Pasternak, Rilke, etc. Elle est de retour en URSS en 1939, mais quand son mari est arrêté et condamné elle se suicide. Prix Femina de l'essai en 1994.

  • A la fois journaliste, traductrice et romancière, Gabrielle Rolin a été critique littéraire au Monde, à L'Express et au magazine Lire. Parmi les nombreux ouvrages qu'elle a publiés, citons Le Secret des autres (Gallimard, 1970), Le Mot de la fin (Gallimard, 1972), Chères Menteuses (Stock, 1978), L'Innocence même (Mercure de France, 1980), Souriez, ne bougez plus (Flammarion, 1990), Sorties de secours (Flammarion, 1990), et En dernière analyse (NIL, 1996). Gabrielle Rolin est également appréciée comme traductrice (anglais/américain) de grands auteurs étrangers (Henry James entre autres). Elle est une haute figure des lettres françaises, où elle se distingue par sa
    verve, sa culture littéraire tous azimuts, et ses amitiés dans le monde la culture.
    Avec Rappels à l'ordre, elle signe un recueil de nouvelles alertes, enlevées, où sa manière s'exprime avec son brio habituel, mais, sous l'humour toujours exactement dosé et à propos, cheminent au long de ces pages une émotion puissante, une nostalgie de la vraie vie, un effroi lucide devant le temps qui passe, l'intolérable solitude, la bêtise humaine, mais aussi une vraie foi
    dans la tendresse, dans l'amour des bêtes. Les titres des nouvelles donnent le ton général de l'ouvrage : La Vocation, Rappels à l'ordre, Motus, Maternité, Le Lit, Le Dernier Chien, Crime parfait et Coup de vieux. Est jointe à cette fiche le texte complet de La Vocation, la nouvelle qui ouvre le recueil, tout entière
    tirée du monde des lettres et des rapports auteur/éditeur. C'est un modèle du genre, comme, d'ailleurs, la prière d'insérer, ci-dessous, qui accompagnait le manuscrit de Gabrielle Rolin : Comment aimez-vous l'humour ? Bien noir et serré comme un express ? Assaisonné de sourires ambigus ? Dégonflant l'adversaire en trois coups de griffes ? À chacun sa manière de se défendre.
    Contre qui ? La vie, bien sûr. Si elle file doux, ouvrez l'oeil, elle a un poignard dans la manche. La victoire lui appartient par votre faute : vous l'aimez trop. Mais tant qu'elle se trouve à votre portée, libre à vous de brouiller les cartes et de la mener en bateau. Comme des petits cailloux blancs, ces nouvelles vous guideront ailleurs ; peut-être à votre propre rencontre...

  • Longtemps on nous a dit que le savoir n'avait qu'un sexe. Longtemps on a oublié que l'art de la conversation était oeuvre commune. Et longtemps, enfin, on a oublié de traduire les textes latins de l'âge classique français. L'Histoire des femmes philosophes, parue en 1690, répare une injustice. Enfin traduit en français, ce livre révèle un continent perdu. En savant et en homme du monde éclairé, Ménage consacre une ou deux pages à chacune des femmes, pour la plupart inconnues, qui firent profession de penser par elles-mêmes depuis l'Antiquité classique jusqu'au Haut-Moyen-Âge, démontrant par là, avec Alexandre Vialatte, que la femme philosophe remonte à la plus Haute-
    Antiquité !
    Pour la petite histoire, rappelons que c'est à la fréquentation et à la lecture de Gilles Ménage que Madame de Lafayette, avec La Princesse de Clèves, fonda le roman français et en fit, d'emblée, une arme légère et indémodable.

  • Le monde de la petite marion vacille.
    Elle aime sa mère, fanny, mais une dissonance s'installe dans leur relation. une voix un peu trop haute, des emportements inexplicables, un silence embarrassé à propos de ce père allemand dont marion ne sait rien ou presque. avec le temps, marion apprend : fanny est maniaco-dépressive. les rôles s'inversent alors. l'adolescente endosse cette raison qui doucement quitte sa mère. elle la protège, la couvre en taisant ses excès.
    Mais l'amour ne suffit pas pour terrasser la folie. nous retrouvons dans ce texte magnifique et douloureux le talent que marie sizun a déployé dans le père de la petite pour dire avec émotion et pudeur l'amour qui rapproche et sépare les êtres.
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  • Une force qui demeure

    Hélé Béji

    • Arlea
    • 19 Janvier 2006

    À travers ce livre qui est à la fois récit et réflexion autobiographique, l'auteur a voulu réhabiliter l'expérience de la femme archaïque, non comme une effigie médiévale, mais comme une expérience de pensée. Née et élevée dans une société musulmane, elle a pu, grâce à l'intelligence et à la tolérance de ses parents, observer les traditions, sans en subir les contraintes ni les interdits. Elle y a découvert un monde spirituel où s'est forgé l'itinéraire de sa liberté.
    Que nous dit l'auteur ? Que la femme occidentale n'est pas si éloignée qu'elle croit de la femme musulmane, car l'orientalité est une composante de la féminité, et l'occidentalité une composante intime de la liberté. L'expérience qu'elle a eu de la femme « archaïque » lui a révélé avec plus de lucidité le malaise de la femme moderne. C'est en effet la femme traditionnelle, gardienne de la demeure, qui fait découvrir le trésor perdu du quotidien. La destruction du quotidien, la perte du sens de la demeure est la blessure inguérissable de la femme moderne.
    Au XXIe siècle, dans le déracinement de la modernité, la femme saura-t-elle se construire une nouvelle demeure, à la mesure de sa vitalité créatrice ? Elle a conquis sa place dans la société, mais elle a peut-être perdu sa relation au monde. A-t-elle dit tout ce qu'elle avait à dire, non pas son identité féminine, mais son humanité féminine ? C'est à ces questions cruciales et souvent
    écartées du débat féministe, que l'auteur nous invite à réfléchir, prenant appui sur son expérience personnelle, l'itinéraire d'une femme née et vivant en Tunisie, et se tenant avec intelligence à la frontière de la tradition et de la modernité.

  • Le corps incertain

    Gault Vanessa

    • Arlea
    • 7 Septembre 2006

    Le Corps incertain est le récit à la première personne d'une jeune femme qui apprend à brûlepourpoint, au détour d'une phrase, qu'elle est atteinte d'une sclérose en plaques. Elle décide alors de raconter son parcours dans les dédales de l'hôpital et les affres de la maladie, ses tentatives de
    négocier avec le destin, sa faiblesse cachée derrière une apparente désinvolture, ses ruses pour demeurer dans la vie de tous les jours.
    La première partie, «le mal secret», nous aide à mieux comprendre cette maladie aux symptômes imprécis, peu spécifiques et si fluctuants qu'on a du mal à admettre qu'on en est atteint. Elle nous dit la déshumanisation qui menace tout être humain qui, malade, découvre le monde de l'hôpital. Nous sommes brutalement confrontés à l'institution hospitalière, où se succèdent les
    praticiens «au beau geste» et les autres. Elle pose aussi la question, toujours irrésolue, de la responsabilité du vaccin de l'hépatite B dans le déclenchement de la sclérose en plaques. Puis, lorsque les séquelles accumulées l'obligent à marcher avec une canne et que la maladie devient visible, c'est la seconde partie : «le corps exposé». La curiosité ou l'angoisse des badauds
    devant son handicap donnent lieu à des anecdotes absurdes, tragiques ou drôles, affligeantes souvent, pleines d'humour et parfois poétiques. Elle touche alors à une autre question, qui est en train de devenir un fait de société : celle du handicap et de sa place dans la société. Vanessa Gault a trente-deux ans. Elle enseigne l'anglais à l'Université et envisage de devenir un jour psychanalyste. Parisienne de naissance, adepte du tai-chi-chuan et du développement personnel, elle se trouve confrontée à l'expérience inattendue de la maladie. Le sujet s'impose à elle ; il est la matière de son premier livre.

  • L'indifférent

    Laure Protat

    La vie se scinde en deux. Un jour d'été, dans une villa du sud de la France, un homme met fin à ses jours. S'arrête alors le temps du bonheur. Commence celui des questions déchirantes. Car il n'a rien laissé derrière lui : ni lettre, ni explications. Seulement un vide terrible qui dévaste ceux qu'il a choisi de quitter : une femme, deux enfants, dont une fille de quatorze ans. Comment vivre avec ça ? Comment continuer, se construire ? Quelle place donner à l'absent ? Et d'abord qui était-il vraiment ?
    « Je ne sais pas qui est mort, je ne sais pas où est passé mon père, ce qu'est devenu mon père, mais mon père ne s'est pas tué, mon père n'était pas homme à se tuer, cet homme-là est un inconnu.» Le temps a passé mais les obsédantes questions demeurent. Et c'est pour les rendre plus supportables que la narratrice entreprend ce travail de mémoire et d'enquête. Remonter le temps, précautionneusement, revivre ces journées terribles, dire au plus juste l'anéantissement de cet été-là, la stupéfiante douleur et la colère aussi. Habiller de mots l'absence impensable, puis chercher un sens à cet abandon. Alors, et alors seulement parviendra-t-elle à s'approcher, ne serait-ce qu'un peu, de cet inconnu. Car elle le sait, c'est à elle qu'incombe la tâche si difficile de tenter de trouver un sens à tout ça. Elle qui lui ressemble tant, partageant avec lui l'amour des livres et le tourment de l'écriture.

  • Le berger et le chacal

    Jean de La Fontaine

    • Arlea
    • 21 Novembre 1997

    Côté arabe, ce sont des animaux : le lion et le chacal. Côté français, des hommes : le berger et le roi. Et pour tous un même complot. Ouvrage à manipuler avec astuce !

  • Avril 1945.
    Cinq mille femmes sont lancées sur les routes par les SS qui fuient l'approche de l'armée américaine. Dans cette colonne, il y aura peu de rescapées ; la plupart mourront de faim, de froid et d'épuisement, les autres seront abattues. Le récit de Suzanne Maudet n'est pas celui de cette tragédie, mais le journal de l'évasion de neuf jeunes déportées, unies par l'amitié, la jeunesse, et une formidable envie de vivre.
    Malgré l'épuisement et la peur, elles profitent d'un moment d'inattention de leurs gardiens, s'échappent par un sentier de campagne et se retrouvent étrangement libres en terre allemande. Commence alors, à neuf, dans les rires et dans l'audace, un voyage à travers champs et villages, en quête de nourriture, mais aussi dans l'ivresse de la liberté retrouvée.

  • Fille de Jean-François Revel, soeur de Matthieu Ricard, Ève Ricard est atteinte depuis douze ans de la maladie de Parkinson. Refusant de se soumettre à la fatalité, elle se bat contre les atteintes dégénératives, évolutives
    et définitives de son mal. Elle réussit même ce qui représente un exploit dans la thérapie de cette maladie cérébrale à se passer de Dopamine, seul édicament censé bloquer la dégénérescence des tissus, et qu'on ne peut prendre que pendant dix années.
    Dans ce texte, où est à l'oeuvre une force peu courante face à ce fléau redouté, Ève Ricard affirme que si «elle n'appartient plus depuis longtemps à la famille des gens normaux, elle n'appartient pas plus à celle des parkinsoniens, et ne vit pas comme eux».
    Pour elle, «parler de la maladie n'est pas témoigner d'un malheur, mais dire qu'elle n'est pas un malheur serait une tromperie». D'ailleurs son frère Matthieu, que tout le monde connaît grâce à sa place auprès du Dalaï-Lama, précise, en bouddhiste convaincu, dans sa préface : «Le bonheur ne nous est pas donné, ni le malheur imposé. Nous sommes à chaque instant à une croisée de chemins, et il nous appartient de choisir la direction à prendre.»
    Il ne fait aucun doute, à la lecture de ce texte à la fois douloureux et fécond d'espoirs, que nous sommes en présence d'un sauvetage par l'art, et que ces quelques pages, qui rendent visible l'invisible, sont le cri d'un poète. «La nuit, je souffre, mais, au petit matin, je suis encore là. Ma vie est sauve. Chaque nuit me fait accoucher de la vie.»

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