Arfuyen

  • « Quelle vie doit-on mener ? La vie que l'on aime. J'aime écrire, j'aime le changement, j'aime lancer mon esprit dans les hauteurs et attendre de voir où il va retomber. » Virginia Woolf écrit ses lignes dans le monumental Journal qu'elle a commencé de rédiger lorsqu'elle avait 15 ans et qu'elle tiendra jusqu'à sa mort.
    Et dans une lettre à Horace Walpole ce qu'elle écrit poursuit même interrogation : « Je pense parfois que seule l'autobiographie relève de la littérature ; les romans sont les pelures que nous ôtons pour arriver enfin au coeur qui est vous ou moi, rien d'autre. » C'est la vie qui intéresse Virginia Woolf, et rien d'autre. Qui l'effraie aussi : « La vie, pour les deux sexes est ardue, difficile, une lutte perpétuelle. Qui demande un courage et une force gigantesques. » Ces lignes, elle les écrit dans un recueil de conférences intitulé Une chambre à soi.
    Dans ses journaux, lettres, essais, il n'est rien dont Virginia Woolf ne fasse l'objet de son écriture.
    Car écrire, pour elle, c'est avant tout se libérer :
    « Le premier devoir de la femme écrivain, c'est de tuer l'Ange du Foyer » (Journal). Il faut avoir lu, bien sûr, les géniaux romans de Virginia Woolf - Mrs Dalloway, Les Vagues etc. -, mais elle ne 'y trompait pas : c'est dans les écrits autobiogra- phiques que nous arrivons avec elle « au coeur » :
    Ce « coeur qui est vous ou moi, rien d'autre ».

  • Cahier de pivoines (un)

    Maximine

    • Arfuyen
    • 6 Mars 2002

    De nos jours, dans la filiation conjuguée de Louise Labé et d'Edith Piaf, se fait entendre une voix tour à tour passionnée ou plaintive, dont l'un des mérites est de se ficher éperdument des modes littéraires.
    Paul de Roux

  • Denise Desautels est aujourd'hui une des grandes voix de la littérature de langue française. Sa bibliographie imposante, la haute exigence dont témoigne son itinéraire, ainsi que les distinctions majeures qui lui ont été décernées devraient attirer l'attention sur son oeuvre. Mais voilà : elle vit au Québec, et la littérature d'outre-atlantique accède difficilement aux lecteurs de Vieille France. Il est vrai aussi que Denise Desautels n'a pas le goût de la publicité. Sa discrétion transparaît dans des notes biographiques extrêmement pudiques, alors que ses textes suggèrent tant de conflits et de blessures. Le ton de ses textes est âpre, rude, sans concession, mais toujours dans l'ellipse, la distance, la retenue. Pendant la mort ou Tombeau de Lou sont significatifs de cette démarche radicale, de cette attitude frontale face à l'interrogation ultime.
    Ce tout nouveau livre de Denise Desautels, L'angle noir de la joie, est publié en coédition avec les Éditions du Noroît (Québec) dans le cadre du Prix de Littérature francophone Jean Arp 2010. Denise Desautels est le troisième auteur non français à recevoir de ce Prix (après le Belge Marcel Moreau et la Luxembourgeoise Anise Koltz) et la deuxième femme (après Anise Koltz).
    Les créateurs littéraires sont confrontés aujourd'hui à une massification de la culture sans précédent dans l'Histoire. Elle s'exprime à travers la marchandisation du marché du livre et ses corollaires : la normalisation des produits et l'exigence d'un succès immédiat. Elle s'exprime également à travers une pression croissante des cultures dominantes de l'économie mondialisée, au préjudice des langues minoritaires, menacées de marginalisation et d'éviction du marché éditorial. Le Prix de Littérature Francophone Jean Arp veut mettre en avant le français comme langue choisie - cas d'un Beckett, d'un Ionesco ou d'un François Cheng -, et non pas comme langue subie. Comme langue de résistance à une mondialisation uniquement fondée sur la marchandisation et la massification.

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