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  • Helsinki, 2016. Olenka, assise sur un banc dans un jardin public, observe un couple et leurs deux enfants en train de jouer avec leur chien. Une femme vient s'asseoir à ses côtés. Olenka sursaute : malgré les années, elle la reconnaîtrait entre mille. Après tout, Olenka n'a-t-elle pas ruiné la vie de cette femme, sa soi-disant amie ? Et cette dernière est sans doute ici pour lui rendre la pareille. Elle seule connaît la vérité sur ce qu'a fait Olenka, d'où elle vient et de qui elle se cache. Malgré tout, pendant un court instant, les voici à nouveau réunies, spectatrices impuissantes de la vie qu'elles auraient pu avoir, si elles avaient fait d'autres choix.

    Faisant alterner son récit entre la Finlande contemporaine et l'Ukraine aux premiers jours de la transition post-Soviétique, Sofi Oksanen raconte avec une acuité rare la trajectoire de ces deux femmes incapables de se libérer du passé. Leurs histoires d'amitié, d'amour, d'ambition et de trahison, résonnent douloureusement dans ce monde où le corps des femmes est souvent réduit à une marchandise.

  • Anaïs Nin ne pensait pas devoir sa célébrité à ses extraordinaires journaux intimes. Ils devaient simplement l'aider, selon elle, à prendre conscience de ce qu'elle était et de ce qu'elle souhaitait devenir : une écrivaine reconnue avec une oeuvre véritable, entre autres, une série de romans dont le titre serait Les Cités intérieures, celles qui se situent au-delà des apparences, de l'autre côté du miroir.

    Dans ces Cités intérieures, constituées de cinq romans - Les miroirs dans le jardin, Les enfants de l'albatros, Les chambres du coeur, Une espionne dans la maison de l'amour et La séduction du Minotaure -, elle met en scène trois femmes, trois amies, Lillian, Djuna et Sabina qui sont des reflets fictionnels de l'auteure.

    À travers ses héroïnes, Anaïs Nin tente de traiter les négations, le dédale et la complexité de la nature féminine : Djuna et ses amours passionnées, tempétueuses et qui se dégradent avec le temps dans Les enfants de l'albatros et Les chambres du coeur ; Sabina qui se veut libre mais se retrouve rongée par la culpabilité et l'angoisse dans Une espionne dans la maison de l'amour et Lilian qui, dans le dernier roman de ce cycle romanesque, tire le fil d'Ariane pour aller jusqu'au bout du labyrinthe de sa vie et y découvrir peut-être le Minotaure.

    Mais ces Cités intérieures sont surtout celles de l'auteure elle-même, dont la vie et les rencontres passionnées et passionnantes, telles qu'on les connaît grâce à ses journaux, constituent la matière première de ce cycle fictionnel.

  • Nous sommes en 2001, le soir d'une fête donnée en l'honneur de Melody et de ses seize ans, dans la maison familiale de Brooklyn. Couvée du regard par ses parents et amis, elle fait son entrée sur une musique de Prince, dans une robe blanche taillée sur mesure. Une tristesse flotte néanmoins dans l'atmosphère. Seize ans plus tôt, cette même robe fut cousue pour une autre jeune fille : Iris, la mère de Melody, pour fêter aussi son entrée dans l'âge adulte. Une célébration qui n'eut finalement jamais lieu. Iris était enceinte.

    Déroulant l'histoire de Melody, de son père, d'Iris et de ses parents - du massacre de Tulsa en 1921 au 11 septembre 2001 - pour comprendre comment ils en sont arrivés là, Jacqueline Woodson reconstitue non seulement leurs ambitions et leur fureur de vivre, mais aussi le prix qu'ils ont payé pour échapper à leur destin si profondément façonné par des décennies de racisme. En explorant le désir et l'identité sexuels, la maternité, l'éducation, la classe et le statut social, De feu et d'or décrit de façon magistrale la manière dont les jeunes doivent si souvent prendre des décisions irrévocables pour leur futur - avant même de savoir qui ils sont et ce qu'ils veulent devenir.

  • Aria

    Nazanine Hozar

    « Je vais t'appeler Aria, à cause de toutes les douleurs et de tous les amours du monde. ».

    Téhéran, 1953. Par une nuit enneigée, Behrouz, humble chauffeur de l'armée, entend des pleurs monter d'une ruelle. Au pied d'un mûrier, il découvre une petite fille aux yeux bleus, âgée de quelques jours. Malgré la croyance populaire qui veut que les yeux clairs soient le signe du diable, il décide de la ramener chez lui, modifiant à jamais son destin et celui de l'enfant, qu'il nomme Aria.

    Alors que l'Iran, pays puissant et prospère, sombre peu à peu dans les divisions sociales et religieuses, trois figures maternelles vont croiser la route d'Aria et l'accompagner dans les différentes étapes de sa vie : la cruelle Zahra - femme de Behrouz -, qui la rejette et la maltraite, la riche veuve Fereshteh qui l'adopte et lui offre un avenir, et la mystérieuse Mehri, qui détient les clefs de son passé.

    À l'heure où le vent du changement commence à souffler sur l'Iran, Aria, désormais étudiante, tombe amoureuse de Hamlet, un jeune Arménien. Mais, lorsque la Révolution éclate, les espoirs des Iraniens sont rapidement balayés par l'arrivée au pouvoir de l'Ayatollah Khomeini et la vie d'Aria, comme celle du pays tout entier, s'en trouve à jamais bouleversée.

  • Du début de la pandémie de coronavirus qui bouleverse nos vies, nous ne savons rien. Fang Fang, écrivaine reconnue et habitante de Wuhan, écrit son journal sur les réseaux sociaux chinois.

    Pendant plus de 60 jours de strict confinement, ses écrits sont devenus indispensables à des dizaines de millions de lecteurs. Car l'écrivaine parle avec une irrésistible sincérité. Elle raconte la peur, l'espoir et le chagrin dans une ville de 9 millions de personnes. Elle raconte la mort et le traumatisme, la solidarité des habitants, le chaos du début, le courage des lanceurs d'alerte, la débrouille pour acheter à manger, les plaisanteries et la colère qui circulent, le printemps qui vient dans une ville qu'elle aime et la maladie qui n'en part pas.

    Fang Fang refuse le simplisme de la glorification ou du blâme. Témoin et écrivain, elle pleure les morts, salue le courage des humbles, et cherche des responsables à la catastrophe. Pourquoi avoir maintenu le silence sur les dates de début de l'épidémie ? pourquoi avoir assuré pendant vingt jours - dramatiquement précieux - que la maladie ne se transmettait pas d'homme à homme ? Qu'est-ce qui empêche la voix des lanceurs d'alerte d'être entendue ? Ces questions nous concernent, nous qui sommes touchés par cette même catastrophe.

    Dans une époque aveuglée par la peur, entre la censure régulière de son journal et les attaques des ultranationalistes, la voix de Fang Fang résonne. Elle nous rappelle, avec chaleur et honnêteté, à nos premiers devoirs face à la catastrophe et au silence politique : l'indépendance d'esprit et l'humanité.

  • À 39 ans, Frances Jellico s'apprête à vivre son premier été de liberté. Enfin délivrée de son tyran de mère, Frances a été missionnée pour faire l'état des lieux du domaine de Lyntons. Jadis somptueuse propriété au coeur de la campagne anglaise, Lyntons est désormais un manoir délabré qui peine à se relever des années de guerre.
    Dès son arrivée, Frances réalise qu'elle n'est pas la seule occupante des lieux : Peter et Cara, un couple aussi séduisant que mystérieux, sont déjà installés. Lorsqu'elle découvre un judas dans le plancher de sa chambre - qui lui offre une vue plongeante sur leur salle de bains - sa fascination pour eux ne connaît plus de limites.
    Ses voisins se montrent très amicaux, et plus les jours passent, plus Frances se rapproche d'eux. À mesure que l'été se consume, que les bouteilles de vin se vident et que les cendres de cigarettes se répandent sur le vieux mobilier, Frances commence à entrevoir le passé tourmenté de Cara et Peter. La vérité laisse place au mensonge, les langues se délient, les souvenirs ressurgissent, au risque de faire basculer cet été 1969.

  • Six voix nous donnent en plusieurs récits les clés de ce roman qui, au travers d'une réécriture de l'histoire antique, fustige l'establishment allemand et en fait le procès. Mais en revisitant ici l'histoire légendaire de la magicienne Médée, Christa Wolf affronte aussi son propre passé avec une bouleversante sincérité.

  • Depuis son exil, Samar Yazbek est retournée clandestinement trois fois en Syrie en s'infiltrant par une brèche à la frontière turque. Au-delà du besoin de retrouver son peuple et son pays, Samar Yazbek ressent l'urgence de témoigner. Elle est le seul auteur syrien à se rendre dans la région d'Idib (au nord-ouest du pays) où elle est accueillie par une famille dont on suit le destin.
    À chacune de ses visites, elle vit de l'intérieur l'horreur de la révolution, la montée du jihadisme, puis l'afflux croissant des jihadistes étrangers qui viennent littéralement voler aux Syriens leur révolution. Au mépris du danger, elle multiplie les rencontres : femmes, enfants, rebelles, civils en armes mais aussi jihadistes. Chacun a une histoire unique à raconter, leurs destins croisés forment peu à peu la toile de fond de ce récit.
    Au coeur de cette folie, Samar Yazbek découvre aussi la réalité profonde de l'exil : ce n'est pas simplement être « dehors », c'est être nulle part. Et, chaque fois que vient l'heure du départ, Samar sent monter l'angoisse d'abandonner ses amis derrière elle. Ils l'encouragent pourtant à partir. « Ne meurs pas ici », lui dit une femme, « pars tant que tu le peux et demeure ce fil qui nous relie au monde ».

  • « 19 femmes est le fruit d'une série d'entretiens que j'ai menés avec des Syriennes dans leurs pays d'asile, ainsi qu'à l'intérieur du territoire syrien. À chacune j'ai demandé de me raconter "leur" révolution et "leur" guerre. Toutes m'ont décrit le terrible calvaire qu'elles ont vécu.
    Je suis hantée par le devoir de constituer une mémoire des événements qui contrerait le récit qui s'emploie à justifier les crimes commis, une mémoire qui, s'appuyant sur des faits incontestables, apporterait la preuve de la justesse de notre cause. Ce livre est ma façon de résister. » SAMAR YAZBEK.

    Avec ce document unique, capital, sur le rôle des femmes dans la révolution, Samar Yazbek rend leur voix aux Syriennes, la voix de la résistance, la voix de l'espoir.

  • La marcheuse

    Samar Yazbek

    Rima aime les livres, surtout Le Petit Prince et Alice au pays des merveilles, le dessin et... marcher. La jeune fille, qui ne parle pas, souffre d'une étrange maladie : ses jambes fonctionnent indépendamment de sa volonté, dès qu'elle se met à marcher elle ne peut plus s'arrêter.
    Un jour d'août 2013, alors qu'elle traverse Damas en bus, un soldat ouvre le feu à un check-point. Sa mère succombe sous les balles et Rima, blessée, est emmenée dans un hôpital pénitencier avant que son frère ne la conduise dans la zone assiégée de la Ghouta. Et c'est là, dans cet enfer sur terre, que Rima écrit son histoire.
    À travers la déambulation vive et poétique de cette adolescente singulière dans l'horreur de la guerre, Samar Yazbek continue son combat pour exposer aux yeux du monde la souffrance du peuple syrien.

    Traduit de l'arabe (Syrie) par Khaled Osman

  • Grande, efflanquée mais redoutablement musclée, Miss Amelia Evans inspire le respect de ses concitoyens : on apprécie autant l'alcool qu'elle distille clandestinement que ses talents de guérisseuse. Mais elle est aussi bien mystérieuse...
    Pourquoi a-t-elle chassé de chez elle l'homme qu'elle avait épousé seulement quinze jours plus tôt ? Et quel rôle tient auprès d'elle ce cousin bossu venu de nulle part ?
    Dans ce recueil de nouvelles que Tennessee Williams qualifia de « chef-d'oeuvre », Carson McCullers montre toute l'étendue de son incroyable talent.

    Traduit de l'anglais (États-Unis) par Jacques Tournier préface d'Eva Ionesco.

  • C'est à Londres, en 1922, que Virginia Woolf rencontra pour la première fois, au cours d'un dîner, Vita Sackville- West qui allait être pour de nombreuses années une des deux ou trois personnes les plus importantes de sa vie. Après avoir lu leur correspondance qui se poursuit sur plus de dix-huit ans, on ne pourra plus douter de la profondeur de la passion qui lia ces deux femmes exceptionnelles - une passion qui, en dépit des orages de la jalousie et parfois de la fureur, leur apporta, jusqu'à la mort tragique de Virginia, le bonheur d'une tendresse et d'une réciprocité de désirs qui renaissaient, crise après crise, de leurs cendres indestructibles.
    Vita-Sackville West excellait dans l'art de la correspondance. Qu'elle dépeigne des jardins anglais ou les steppes de la Prusse, les montagnes de la Perse ou les déserts de l'Arizona, sa démarche est alerte, imagée, avec un rien de malice dans la satire mondaine. Ses lettres nous transportent dans une époque où Gide et Proust choquaient, où un procès en obscénité était intenté à une romancière accusée de saphisme ; une période aussi où la littérature de langue anglaise, entraînée par de grands novateurs, continuait d'accorder la prééminence aux techniques de la fiction.
    Virginia Woolf, pour sa part, n'allait cesser de se débattre dans les affres de l'enfantement de « sa » vérité de l'écriture qui, peu à peu, l'acculerait au seuil de la folie. Mais au coeur de cette recherche torturante allait jaillir, avec une fraîcheur de fontaine, Orlando, dédié à Vita.
    À travers cette correspondance, c'est un nouvel aspect du fascinant et multiple visage de Virginia Woolf que nous apprenons à mieux connaître encore.

  • Voici le septième et dernier tome du célèbre Journal dont Henry Miller disait qu'il " prendra place entre Les Confessions de saint Augustin, Abélard, Jean-Jacques Rousseau et Proust. " Ultime étape d'une vie exceptionnelle, d'un itinéraire psychologique et sentimental qui a fait d'Anaïs Nin, en même temps qu'un exemple de femme libérée, l'un des auteurs dont l'oeuvre aura incontestablement marqué son époque, ce volume offre aussi de merveilleux voyages au sens propre du mot. La gloire vaut à Anaïs Nin de multiples invitations à l'étranger : le Journal est traduit partout. Et c'est un ravissement, à la fois enchanteur et instructif, que d'aller au Japon, au Cambodge, en Thaïlande, à Tahiti et au Maroc en sa compagnie, pour aboutir à Bali où, se sachant condamnée, elle écrit : " J'ai fait un voeu : permettez-moi de croire, comme les Balinais, que la mort est un envol vers une autre vie, une heureuse métamorphose, une libération de notre esprit telle qu'il peut enfin rejoindre toutes les autres vies. " Anaïs Nin est née à Paris en 1903. Elle est morte à Los Angeles en janvier 1977.

  • Instants de vie

    Woolf-V

    Instants de vie est composé de cinq textes distincts, tous autobiographiques. Avec verve, avec fureur, avec humour, avec âpreté, Virginia Woolf écrit, à plusieurs époques de sa vie, la crudité, la sauvagerie d'une existence en apparence très civilisée. À vingt-cinq ans dans Réminiscences (1908), à cinquante-huit ans dans Une esquisse du passé (1939), elle raconte une même histoire, celle de son enfance, de sa jeunesse, et crie la même plainte. Virginia parle de sa défunte mère, Julia Stephen, dynamique et rêveuse, à la beauté ensorcelante, qui laisse derrière elle un vide irréparable. De sa soeur Stella, qui mourra quelque temps après sa mère. Et enfin du père, Leslie Stephen, prêtre défroqué, philosophe médiocre, qui impose à ses filles et à son épouse son autorité étouffante, toute victorienne. Un père qui, à la mort de son épouse, transforme la maison, jusqu'alors lumineuse et radieuse, en un lieu glauque, poisseux, où tout est prétexte à de froides agressions. Mais Instants de vie rend compte également des années heureuses, en particulier à Saint Ives en Cornouailles, où la famille passait les vacances du vivant de Julia Stephens. Et la drôlerie irrésistible de Virginia Woolf se révèle dans les trois textes qui closent le recueil, dans lesquels l'auteur revisite son passé avec distance et humour devant ses amis du groupe de Bloomsbury. Rires, larmes et mélancolie, c'est une Virginia Woolf passionnée, ravagée par le passé qui se découvre ici. Instants de vie remet en question toute la lecture d'une oeuvre inépuisable et permet de mieux pénétrer une vie impérissable.

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