Des Femmes

  • Douze femmes dans Kanater a été écrit en prison, alors que l'auteure avait été arrêtée en septembre 1981, lors des rafles qui ont marqué la fin du mandat de Sadate en Égypte. Prisonnières de tous bords se retrouvent, contraintes de vivre dans la même salle commune, après une vague d'arrestations immotivées. La présence, parmi elles, d'une femme indépendante et digne va remettre en question tous les préjugés qui étayaient jusque-là leurs certitudes.

  • Dans un entretien avec El Hassar Benali, journaliste-écrivain, qui, réalisé en 1972, fut censuré et est demeuré inédit jusqu'à présent, Kateb Yacine explique l'importance de la mémoire des peuples dans la lutte pour leur libération, mémoire dont les femmes sont porteuses. Il parle de son expérience vivante et chaleureuse : « La question des femmes algériennes dans l'histoire m'a toujours frappé. Depuis mon plus jeune âge, elle m'a semblé primordiale. Tout ce que j'ai vécu, tout ce que j'ai fait jusqu'à présent a toujours eu pour source première ma mère [...] s'agissant notamment de la langue, s'agissant de l'éveil d'une conscience, c'est la mère qui fait prononcer les premiers mots à l'enfant, c'est elle qui construit son monde. » Il explique également qu'il a choisi le théâtre afin de « toucher un public qui n'a pas accès aux sources historique ». L'ouvrage nous fait découvrir ensuite trois oeuvres théâtrales, dont deux inédites, l'autre ayant été jouée une seule fois en Algérie.

  • Freshwater

    Virginia Woolf

    Écrite par en 1935 pour amuser amis et neveux, cette pièce est un petit chef-d'oeuvre d'humour et d'intelligence. Virginia Woolf y met en scène des personnages aussi authentiques que pittoresques. Les Cameron, qui ne veulent pas partir aux Indes sans leurs cercueils, attendent ceux-ci d'une minute à l'autre... depuis des mois. Mrs Cameron se hâte de faire encore quelques photographies, tandis que leur ami Tennyson se hâte de leur déclamer une dernière fois ses poèmes. Pendant ce temps, Ellen Terry, fatiguée de poser éternellement pour son mari, grand spécialiste des allégories, s'échappe et va retrouver sur la plage le bel officier de marine avec lequel elle s'enfuira. Sur un rythme trépidant, les répliques fusent, les actions se catapultent. Nous avons là un exemple étonnant de ce que pouvait être cet humour que Virginia Woolf affectionnait tant dans la vie, ce rire « déboutonné » qui filtre si rarement entre les lignes de ses romans.

  • L'escalier du bonheur a été créé au Théâtre de Rennes, en février 1981.

    Fifine a des peines sentimentales. Dans l'escalier où elle essaie de vendre ses encyclopédies, les portes restent fermées. Alors sur le palier désert, elle pense à sa vie, tout haut...
    Puis elle entend des bruits derrière la porte. Des bruits mal identifiables. Elle commence à imaginer un drame qui se noue, là, et ressemble au sien. Alors, elle parle, parle. D'abord, pour elle seule, ensuite pour sauver cet autre personnage qu'elle se représente derrière cette porte. Désespérée au début, elle retrouve la force lorsqu'il s'agit de venir en aide à l'autre. Parti pris d'optimisme qui veut agir même au travers d'une porte fermée.

    « Quand on touche à cette limite du chagrin suprême, tant de choses, tout à coup, s'éclairent autrement!... L'instant où l'on quitte un amour est comme une aube... Vous aimez l'aube ?... Quelquefois je mets le réveil à sonner pour voir l'aube venir à bout de la nuit... » V. T.

  • Cher maître

    Peter Eyre

    D'après la correspondance de George Sand et Gustave Flaubert Chère Maître a été représenté en 2004 au Théâtre de la Gaité Montparnasse dans une mise en scène de Sandrine Dumas avec Marie-France Pisier et Thierry Fortineau. Une lecture par les deux acteurs a été enregistrée dans la Bibliothèque des voix en 2005.

    « Chère Maître », c'est en ces termes que Gustave Flaubert s'adresse à George Sand. Au fil de la correspondance qu'ils échangèrent de 1866 à 1876, se révèlent deux conceptions du monde, deux esthétiques, deux tempéraments. La générosité et l'attention aux autres de George Sand et l'esprit torturé et solitaire de Gustave Flaubert. L'amitié forte et durable qui les unira ne sera interrompue que par la mort de George Sand. Cette correspondance, belle d'intelligence, pose sur la société du XIXe siècle, un regard d'une grande pertinence.

  • Un parcours-spectacle-livre dans l'espace d'un musée, remontée dans le temps, le XIXe siècle, moment de l'alliance de l'aristocratie et de la bourgeoisie d'argent, de la naissance du capitalisme français. En six salles, un siècle vécu, un silence rêvé, celui d'une famille bourgeoise de province à travers ses objets et documents, dont aucun n'est très rare, ni extraordinaire : meubles, portraits, canivets et ouvrages de dames, dessins et croquis de promenades, souvenirs de voyage ou de cure... Lettres et confidences, journaux intimes, cahiers de compte et de raison, les femmes tracent tout au long des lignes de leur modestie, de leur résignation silencieuses. « Je ne sais rien, je connais peu de choses mais je devine par le sentiment, voilà toute ma science »... femmes pour qui écrire, pour n'être surtout pas lues, donne la force de la dignité. Un travail de la mémoire pour le public-lecteur, une ambiance de maison hantée, voyage au pays des ombres.

  • Apparences

    Simone Benmussa

    Les apparences sont trompeuses, dit-on, sauf si l'ultime réalité de chaque individu, comme la plus profonde vérité des rapports sociaux, n'est que jeu, convention tacite, système d'illusions. Vie privée de Henry James constitue le départ : quelques personnages de la vie publique anglaise sont en vacances dans un hôtel suisse, un puissant lord anglais disparaît, un écrivain se dédouble. Henry James devenu personnage de la pièce est aidé dans sa découverte progressive de ces phénomènes, également suspects, d'inconsistance et d'ubiquité, par une actrice à la recherche d'un nouveau rôle, qui reste à l'état de possible et avec lequel cependant, elle ne fait déjà qu'un. Pièce sur le théâtre d'abord, sur la transparence impitoyable du métier, de la vie peut-être de ceux qui se vouent à la scène, mais, au-delà de cette constatation, Apparences montre, sans doute, que le monde n'est qu'un spectacle. Le théâtre, alors, prenant conscience de soi, manifesterait l'illusion qui constitue toute vie.

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